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Bulletin Quotidien Europe N° 13652
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DROITS FONDAMENTAUX - SOCIÉTÉ / Droits des femmes

Précarité menstruelle - Saskia Bricmont, Mélissa Camara et Diana Riba i Giner objectivent le phénomène et le portent sur la place publique

Apporter des données tangibles pour contrer politiquement un phénomène qui peine à être connu. Tel a été l’objectif de la présentation lors d'un événement au Parlement européen, mardi 3 juin, d’une étude inédite sur la précarité menstruelle en Europe.

Ce document publié à l'occasion de la journée dédiée du 25 mai, sous l’impulsion de trois eurodéputées du groupe Verts/ALE - Saskia Bricmont (belge), Mélissa Camara (française) et Diana Riba i Giner (espagnole) - et mené par les chercheuses Maria Carmen Punzi et Nicole Spohr et la militante de l'association 'Règles Élémentaires', Justine Okolodkoff, offre ainsi pour la première fois un panorama européen du difficile accès aux protections hygiéniques et aux infrastructures sanitaires adéquates.

Aussi, l’étude questionne-t-elle le poids des tabous et du manque d’éducation liés aux règles menstruelles.

Une articulation nécessaire tant l’un induit l’autre et explique le peu de considération politique à l'égard de problématiques qui concernent une part non négligeable de la population. 

Selon l'étude, dans tous les pays européens pour lesquels des données sont disponibles, les personnes menstruées - 26% des habitants de l'UE - sont confrontées à la précarité menstruelle. Les taux varient de 10 à 50%.

« Ce qu'on a voulu faire, c'est objectiver la situation. Et l'une des révélations, c'est qu'on manque cruellement de données », a déclaré Saskia Bricmont à Agence Europe. À l'image de la Belgique, où 31% des personnes menstruées seraient en situation de précarité, la réalité est méconnue, sous-documentée, et pourtant répandue. 

Toutefois, la précarité menstruelle n'est pas le simple fait d'une impossibilité à acheter des produits d’hygiène.

Elle se retrouve également dans le manque d'accès à des équipements propres, à l’intimité, mais aussi à une éducation menstruelle et sexuelle appropriée, comme nous l'a détaillé l'eurodéputée belge.

Ainsi qu'elle nous l'a rappelé, selon le rapport, 50% des jeunes Belges interrogées déclarent ne pas avoir su quoi faire lors de leurs premières règles.

« Les règles sont encore perçues comme une affaire privée, individuelle, alors qu’elles relèvent de la santé publique, de la dignité humaine et de l’égalité », a encore affirmé l'élue.

Par ailleurs, cette dernière voit une autre limite structurelle et culturelle dans la sous-implication des hommes dans les débats politiques sur ces questions. Un constat que nous avons pu également tirer lors de l'événement, qui n'a rassemblé que des femmes et au cours duquel nous avons pu entendre se murmurer, non sans ironie, « on dirait une réunion en non-mixité ».

Pour répondre à ces constats, les recommandations sont claires, comme l'ont rappelé les intervenantes, eurodéputées et expertes. La collecte de données harmonisées dans chaque État membre, l'accès gratuit ou subventionné aux produits menstruels, la suppression de la TVA sur les produits d'hygiène menstruelle, des infrastructures sanitaires adaptées dans les écoles, des lieux publics et les espaces de travail et une éducation inclusive pour lutter contre la stigmatisation et la honte qui l'accompagne, sont ainsi préconisés.

Avec la résolution du Parlement européen de 2019 pour l’élimination de la 'taxe tampon', celle de 2021 en faveur de l’accès universel aux produits menstruels et d’une éducation non stigmatisante, ou encore, en 2025, les questions formelles à la Commission par 50 eurodéputés pour une stratégie européenne intégrée de santé menstruelle, ces sujets émergent au sein de l'UE.

« Nous demandons a minima un cadre européen, une grande campagne de sensibilisation et une harmonisation des normes », nous a expliqué Saskia Bricmont.

Si des initiatives existent déjà à l'échelle nationale, comme en Catalogne avec la distribution gratuite des produits menstruels dans les pharmacies, ou en Belgique avec l’association BruZelle, le manque de soutien des pouvoirs publics reste criant.

Selon les mots de Diana Riba i Giner, qui a ouvert l'événement en s’adressant aux différentes parties prenantes, notamment du milieu associatif, « il est temps d’intégrer pleinement cette question dans les politiques d’égalité, de santé, d’éducation et d’inclusion sociale. Ce ne doit plus être une note de bas de page ».

Mélissa Camara, quant à elle, a appelé à « mettre fin à la dépendance aux initiatives citoyennes. C’est aux États, avec le soutien de l’UE, de prendre le relais ».

La cheffe adjointe de l'unité 'Égalité des genres' au sein de la Direction générale de la Justice et des consommateurs de la Commission européenne, Katja Lenzing, a salué le travail des eurodéputées et des ONG.

Elle a affirmé que l’importance de garantir l’accès à des produits menstruels abordables figurait désormais dans la 'feuille de route' pour les droits des femmes présentée en mars (EUROPE 13595/1). Le document ne mentionne pas ces produits de manière explicite, mais évoque plus largement l’accessibilité des services et produits liés à la santé sexuelle et reproductive.

Par ailleurs, Katja Lenzing a rappelé l’ouverture d’un appel à contributions concernant la prochaine stratégie pour l’égalité, invitant à une participation des parties prenantes (https://aeur.eu/f/h5p ).

L'étude : https://aeur.eu/f/h5q  (Nithya Paquiry)

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