Les ministres des Affaires étrangères des États membres de l'Union européenne ont demandé, mardi 20 mai, à la Haute Représentante de l'UE, également vice-présidente de la Commission européenne, Kaja Kallas, d'examiner si Israël respecte les termes de son accord d'association avec l'UE, en vertu de l'article 2 lié au respect des droits de l'homme.
« Il existe une forte majorité en faveur de la révision de l’article 2 de notre accord d’association avec Israël. Donc nous allons lancer cet exercice », a-t-elle annoncé à la fin du Conseil des Affaires étrangères, lors duquel les États membres ont discuté de l'initiative initiée par les Néerlandais sur cette révision. Selon un diplomate européen, 17 États membres se sont prononcés pour, la Lettonie s'est dite neutre et 9 s'y sont opposés (l'Allemagne, la Croatie, la Hongrie, la République tchèque, l'Italie, la Lituanie, la Bulgarie, la Grèce et Chypre).
Si celle-ci devait conclure à un manquement d'Israël au respect de l'article 2 de l'accord d'association, une suspension de ce dernier pourrait être alors décidée, a expliqué le ministre belge, Maxime Prévot, précisant avoir « le sentiment personnel que la violation des droits humains ne fait aucun doute ».
« Il faut dire aux Israéliens qu’il y a des situations où on ne trouve plus de mots, plus de justifications, plus d’excuses, et c’est pour cela que l'on doit faire l'analyse de l’accord d’association, que la Commission européenne puisse vérifier si les droits de l’homme sont encore respectés. On ne peut plus fermer les yeux. On a de l’aide humanitaire qui ne rentre plus. Si les gens ne meurent pas d’une bombe, ils meurent de faim ou de manque de soins », avait résumé le ministre luxembourgeois, Xavier Bettel, à son arrivée au Conseil.
Si l'UE lance cette révision, « en attendant, c'est à Israël de débloquer l'aide humanitaire. Sauver des vies doit être notre priorité absolue », a rappelé Mme Kallas. Et d'expliquer : « La situation à Gaza est catastrophique ; l’aide apportée n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan. L’aide humanitaire doit parvenir immédiatement. Une pression urgente et soutenue est essentielle pour provoquer un changement réel ».
« Il y a des milliers de camions bloqués derrière les frontières en attente. Ce sont des fonds européens qui ont financé cette aide humanitaire et elle doit parvenir aux populations », a-t-elle ajouté.
À l'entame de la réunion, d’un ton affirmé, le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, avait dénoncé une situation qu’il a qualifiée d’« insoutenable, insupportable, inhumaine ». « L’UE doit tout mettre en œuvre pour y mettre un terme », a-t-il déclaré devant la presse.
Et son homologue néerlandais, Caspar Veldkamp, d'évoquer une inquiétude « largement partagée dans l'UE ». « L’évolution actuelle est préoccupante », a souligné de son côté le ministre de la Défense du Danemark, Troels Lund Poulsen.
Lundi, 23 pays, dont le Japon, le Royaume-Uni, l'Australie ou encore le Canada, et 16 États membres de l'UE avaient accentué la pression sur Israël, exigeant, dans une déclaration conjointe, la reprise complète et immédiate de l’acheminement de l'aide vers Gaza.
Vers une reprise du pont aérien ? « S’il devient possible de reprendre les largages humanitaires à Gaza, nous le ferons, absolument », a assuré le ministre belge de la Défense, Théo Francken, devant la presse, mardi matin. Un pont aérien avait été mis en place par l’UE dès novembre 2023 (EUROPE 13290/14) et plusieurs pays européens avaient effectué des largages, dont la Belgique.
« C’est depuis la Jordanie que nous opérons, mais pour être très clair, Israël devra donner son feu vert. (...) Le jour où ils diront oui, nous aiderons immédiatement la population de Gaza, grâce à notre A400M, un avion européen venant de Jordanie », a-t-il précisé.
En juin 2024, plus de 50 vols transportant des fournitures vitales fournies par les partenaires humanitaires et les États membres de l'UE avaient été organisés par la Commission européenne (EUROPE 13441/12).
Cisjordanie. Mme Kallas a également annoncé qu'un État membre - la Hongrie, selon une source - avait bloqué des sanctions contre des colons violents.
Nouveau Représentant spécial. Mardi, le Conseil de l’UE a nommé le diplomate français Christophe Bigot nouveau Représentant spécial de l’UE (RSUE) pour le processus de paix au Moyen-Orient. Son mandat consistera à contribuer à l’objectif de l’UE d’une paix « juste, durable et globale au Moyen-Orient, fondée sur la coexistence de deux États (...), conformément aux résolutions pertinentes du Conseil de sécurité des Nations Unies », a précisé le Conseil dans un communiqué. M. Bigot, spécialiste du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord, prendra ses fonctions le 2 juin prochain, pour une période de 12 mois. Il remplacera l’Italien Luigi Di Maio, en poste depuis le 1er mars dernier. (Camille-Cerise Gessant & Bernard Denuit)