Le directeur général de l’Agence spatiale européenne, Josef Aschbacher, a espéré, mardi 13 mai, que la nouvelle législation de l'UE sur l'espace ('Space Act'), qui pourrait être présentée le 25 juin, ne compliquera pas le travail du secteur spatial.
En janvier, le commissaire européen Andrius Kubilius avait annoncé que la Commission allait proposer une telle législation, qui, selon lui, créera un marché unique de l’espace et permettra d’établir des normes importantes en matière de sûreté, de sécurité et de durabilité.
Bien qu’il ait répété avoir une très bonne coopération avec M. Kubilius et son équipe, M. Aschbacher n’a pas vu le 'Space Act' et n’a pas été consulté pour sa rédaction. « Ce nouveau texte doit pouvoir renforcer le domaine spatial au niveau européen. Il faut renforcer le secteur, que l’industrie soit dans une meilleure posture sur le plan concurrentiel par rapport aux grands acteurs », a-t-il expliqué lors d’une audition au Parlement européen. Plus tôt dans la journée, il avait dit espérer, auprès d'Agence Europe, que cette législation rendrait « l'espace plus efficace et non plus complexe, car il existe un risque qu'une réglementation plus stricte complexifie le travail ».
Selon lui, il est essentiel de veiller à ce qu'en matière de normalisation, il y ait un « processus unique, et non deux ou trois ». « Sinon, nous imposerons un fardeau à notre industrie, ce que la Commission, j'en suis sûr, ne souhaite pas », a-t-il ajouté. Le directeur général a rappelé qu’il fallait une coordination, une cohérence entre cette législation au niveau européen et les lois nationales existantes dans une dizaine d’États membres de l’UE.
M. Aschbacher a également promis qu’il veillerait à ce que les rôles des différents acteurs spatiaux soient clairement décrits et respectés, expliquant qu’il faudrait parler de l'Agence spatiale européenne comme de l'agence de mise en œuvre de tous les programmes spatiaux de l'UE.
Interrogé sur la possible baisse du budget de la NASA (EUROPE 13634/22), le directeur général a appelé à ne pas spéculer et a rappelé que les décisions américaines seraient prises au cours du prochain mois. « Nous travaillons avec les États-Unis sur de nombreux projets, et tout impact sur le budget américain aura un impact sur nous », en particulier sur l’exploration, a-t-il reconnu, ajoutant que si quelque chose changeait, il faudrait certainement s’adapter en conséquence. Il a cependant précisé que 90 à 95% environ des activités menées avec les États membres de l'ESA sont des projets menés seuls, tels que Copernicus, Galileo ou Euclid, etc.
Quelles que soient les décisions prises aux États-Unis, les Européens devaient optimiser l'utilisation de leurs investissements actuels et futurs, selon M. Aschbacher. Et d'ajouter que, de manière générale, l'Europe a besoin de renforcer son autonomie et son indépendance en matière de développements technologiques.
Renforcer le budget de l'ESA et les dépenses spatiales. Alors que le nouveau budget trisannuel de son agence doit être décidé lors de la réunion ministérielle de novembre prochain, à Brême, le directeur général a plaidé une nouvelle fois pour une augmentation « significative » (EUROPE 13567/18). Il a précisé préparer une proposition budgétaire allant au-delà de 20 milliards d’euros pour trois ans. Le budget pour 2023-2025 est de 16,9 milliards d'euros.
« L’Europe est reconnue comme un centre d’excellence, mais elle est petite en termes de financements et elle est fragile », a souligné M. Aschbacher, estimant qu’il fallait faire attention à ne pas perdre des industries ou des talents.
« L'espace est un domaine stratégiquement et économiquement important. L’économie spatiale, c’est environ 500 milliards d'euros, et elle devrait atteindre 1,8 billion au cours de la prochaine décennie. En extrapolant, c’est environ 10% de croissance par an », a-t-il expliqué. Et si l’espace est « déjà un élément clé de notre économie », il est aussi « de plus en plus un atout stratégique », car de plus en plus crucial pour la sécurité et la défense, a-t-il ajouté.
« Aujourd'hui, il y a un budget spatial d’environ 100 milliards d'euros de par le monde pour l’espace, 60% sont dépensés aux USA, 15% en Chine et 10% en Europe », a-t-il expliqué, précisant que 50% du budget spatial aux États-Unis, au Japon, en Chine ou encore en Inde était dépensé pour la défense, contre 15% pour l'Europe. Mais la situation évolue. Ainsi, en mars, « de nombreux » États membres de l’ESA, selon M. Aschbacher, lui ont demandé de proposer un nouveau programme appelé 'ERS' ('European resilience for space programme'), développé en collaboration avec la Commission européenne et avec pour objectif une adoption lors de la ministérielle de novembre. (Camille-Cerise Gessant)