Le commissaire à la Défense et l’Espace, Andrius Kubilius, le directeur général de l’Agence Spatiale européenne (ESA), Josef Aschbacher, et le président d’ASD-eurospace, Marco Fuchs, ont plaidé, mardi 28 janvier, pour un renforcement du financement du secteur spatial européen, lors de la 17e Conférence européenne de l’espace, à Bruxelles.
Estimant que l’UE se trouvait à un « tournant décisif » et qu’elle devait prendre des mesures « audacieuses et décisives » si elle voulait conserver son avance dans l'espace, le commissaire a estimé que les dépenses publiques dans l’espace « étaient trop faibles et également fragmentées ». « Cela rend les grands projets ambitieux à long terme très difficiles », a-t-il mis en garde.
M. Kubilius a précisé qu’il voulait s’assurer que le prochain cadre financier pluriannuel correspondrait aux ambitions spatiales européennes, « tant pour les besoins civils que pour ceux de la défense », d'autant plus qu'il faut « davantage de capacités spatiales pour la défense ».
Selon le directeur général de l’ESA, afin de réaliser le potentiel spatial européen, il faut « une augmentation significative du financement, tant au niveau de l’ESA que de l’UE ». Aucun montant n’a été mentionné.
M. Aschbacher a rappelé que la part de l’Europe dans le financement public mondial de l’espace (soit environ 12 milliards d’euros) représentait 11% du total mondial et diminuait, quand les États-Unis investissaient plus de 65 milliards d’euros et représentaient 64% du total mondial. La part de l’Europe dans l’investissement privé mondial est de 16% (environ 980 millions d’euros), contre 60% (environ 3,6 milliards d’euros) pour les États-Unis.
Ainsi, selon M. Aschbacher, sans augmentation « significative » des financements lors de la réunion ministérielle de l'ESA en novembre à Brême, « nous risquons de perdre notre expertise, nos entreprises, nos talents, notre autonomie et notre énergie innovante ».
Il a précisé que l'ESA et l’UE devaient travailler main dans la main sur ces questions de financement, un avis partagé par le commissaire. « Nous devons veiller à ce que nos investissements soutiennent les mêmes objectifs. Investissements européens, investissements privés, investissements nationaux ou investissements par l’intermédiaire de l’Agence spatiale européenne », a ajouté M. Kubilius.
Au-delà du financement public, qui « est absolument nécessaire et fournit le cadre de programmes audacieux et attrayants, nous devons attirer des financements du secteur privé tels que des sociétés de capital-risque, des banques, des 'business angels' ou des particuliers », a ajouté le directeur général de l’Agence spatiale européenne.
De son côté, Marco Fuchs a plaidé pour le développement d’une politique industrielle spatiale au niveau européen afin d’avoir une base industrielle spatiale. Selon lui, la situation économique du secteur est difficile, et pour « maintenir en vie » l’industrie spatiale, il est nécessaire de créer davantage de programmes institutionnels. Il a aussi plaidé pour l'élaboration rapide d'une stratégie industrielle pour l'espace qui s'attaquera au problème de la fragmentation de la demande et de l'offre.
M. Kubilius a reconnu que, pour que l’UE soit une puissance spatiale compétitive, il faut une industrie spatiale européenne « forte, innovante et compétitive ». Il a annoncé que la Commission allait proposer une loi spatiale européenne « qui créera un marché unique de l’espace », qui, selon lui, attirera davantage d’investissements privés. « Cela donnera également à notre industrie la sécurité juridique dont elle a besoin pour se développer et contribuera au développement de nouveaux marchés. Cela établira des normes importantes en matière de sûreté, de sécurité et de durabilité », a expliqué le commissaire.
Il a ajouté que l’UE lancerait une stratégie industrielle spatiale européenne pour soutenir l'industrie dans la recherche et l’innovation, pour rétablir les chaînes d’approvisionnement et renforcer les marchés d’exportation, soutenir la commercialisation de l’espace et l’adoption des données et services spatiaux.
Concernant l'accès autonome à l'espace, « nous devons dire : 'achetez européen'. Et nous devons dire : 'achetez en gros' », a lancé M. Kubilius, ajoutant que l’industrie avait besoin de commandes claires. Le commissaire a annoncé qu’au cours des deux prochaines années, une plateforme d’agrégation pour partager des informations et soutenir l’agrégation de la demande de services de lancement en Europe serait mise en place.
Être les leaders de la révolution spatiale. Au-delà du financement, M. Kubilius a souhaité que les Européens deviennent les « leaders de (la) révolution spatiale ». « L’avenir appartient à l’espace. Qui contrôle l’espace contrôle l’avenir », a-t-il ajouté.
Expliquant que d’ici 10 ans, l’économie spatiale mondiale pourrait tripler de taille, M. Kubilius a prévenu qu’il voulait que l’UE soit en première ligne dans cette « énorme » économie spatiale. Mais pour cela, « nous devons agir », sinon « nous risquons de prendre du retard », a-t-il mis en garde. (Camille-Cerise Gessant)