Le ministre des Affaires étrangères polonais, Radosław Sikorski, a estimé, mercredi 19 février, qu’il fallait dépenser plus en défense pour avoir le respect des Américains, « nos amis ».
« Si vous souhaitez le respect des États-Unis, il faut dépenser de l’argent dans la défense. Si on dépense, si on est pertinent sur le plan militaire, on sera des partenaires sur lesquels compter », a-t-il expliqué lors de la présentation des priorités de la Présidence polonaise du Conseil de l’UE devant la commission des affaires étrangères (AFET) du Parlement européen.
M. Sikorski a insisté sur la nécessité de renforcer la sécurité et la résilience de l’Union européenne et de ses partenaires.
La sécurité est le mot d’ordre de la Présidence polonaise, déclinée dans différents domaines, notamment dans sa dimension externe, qui revient notamment à maximiser le soutien à l’Ukraine et à garantir une paix permanente et juste pour que la Russie ne puisse pas relancer ses attaques. « La Russie comprend le langage de la force. L’accord ne sera valable que si la Russie voit les autres comme forts. C’est pourquoi nous avons besoin d’une Europe militairement forte », a-t-il expliqué.
Alors que son pays dépensera 4,7% de son PIB en défense en 2025, M. Sikorski a rappelé qu’il fallait dépenser plus d’argent pour la défense. « La 'boussole stratégique', l’Europe géopolitique - il y a plein de bons slogans mais ce qui compte c’est l’argent. Il n’y a pas de défense à bas coût, il faut trouver des fonds », a insisté le ministre, citant soit des contributions en hausse, soit l’utilisation de fonds non utilisés, soit une dette commune ou encore l’idée d’une banque du réarmement (EUROPE 13574/1).
Des membres éminents du PE appellent à des mesures d’urgence. À l’issue de la rencontre avec M. Sikorski, les présidents de la commission AFET du PE, David McAllister, des délégations à la commission parlementaire d’association UE-Ukraine, pour les relations avec les États-Unis et à la commission de coopération parlementaire UE-Russie, Pekka Toveri, Brando Benifei et Ville Niinistö, et les rapporteurs permanents d’AFET sur l’Ukraine, Michael Gahler, sur les États-Unis, Michał Szczerba, et sur la Russie, Sandra Kalniete, ont appelé les dirigeants européens à adopter d’urgence des mesures « politiques, sécuritaires et financières audacieuses, courageuses et globales pour garantir que l’avenir de l’Europe se façonne en Europe ».
« L’architecture de sécurité de l’Europe ne peut être discutée sans la participation active de l’UE et de ses États membres », soulignent-ils dans une déclaration commune, rappelant que le soutien fourni par l’UE et ses États membres à l’Ukraine « dépasse celui de tout autre pays, ce qui reflète l’engagement sans précédent de l’Union en faveur de la défense et de la résilience de l’Ukraine et, par conséquent, de la sécurité de l’Europe ».
« Le rôle de l’UE dans toute négociation ayant un impact sur la sécurité de l’Europe doit donc être proportionnel à son poids politique et économique », plaident-ils encore.
Selon eux, les derniers développements géopolitiques montrent que les Européens ne peuvent plus compter entièrement sur les États-Unis pour défendre leurs valeurs et leurs intérêts communs. Ils estiment donc que l’UE et les États membres doivent prendre en main leur défense et leur sécurité. et que cela nécessite des mesures urgentes pour accroître les dépenses et la préparation militaires.
Voir la déclaration : https://aeur.eu/f/fkx
Les Européens poursuivent leurs consultations. Après une rencontre lundi avec certains dirigeants européens et de l’OTAN (EUROPE 13581/1), mercredi dans l’après-midi, le président français, Emmanuel Macron, a organisé, en format hybride, une nouvelle réunion avec des dirigeants européens (Luxembourg, Roumanie, Lituanie, Chypre, Finlande, Belgique, Bulgarie, Croatie, Estonie, Grèce, Irlande, Islande, Lettonie, Norvège, Portugal, Suède, Slovénie et République tchèque) et canadien, pour discuter de l’Ukraine et de la sécurité européenne.
De son côté, s’il ne prévoit pas, pour le moment, d’organiser un sommet extraordinaire, le président du Conseil européen, António Costa, a lancé un processus « systématique et structuré » de consultations avec les dirigeants, « basé sur des questions centrées autour de deux thèmes : le soutien de l'UE à l'Ukraine et les garanties de sécurité », a expliqué un responsable européen.
La décision sur les prochaines étapes sera prise sur la base de ces consultations. (Camille-Cerise Gessant)