Qu’est-ce qui pourrait mettre en péril l’objectif climatique 2040 de l’UE ? Dans une publication diffusée jeudi 3 octobre, le centre de réflexion ('think tank') Bruegel livre une analyse détaillée des enjeux technologiques, économiques et sociaux auxquels l'UE devra faire face pour atteindre une réduction de 90% de ses émissions de gaz à effet de serre par rapport aux niveaux de 1990, un objectif proposé par la Commission européenne en février (EUROPE 13344/1).
Cet objectif 2040 s'inscrit dans une trajectoire plus large, définie par la loi climat européenne de 2021, visant la neutralité carbone d'ici 2050. Il constitue une étape intermédiaire entre la réduction de 55% des émissions, prévue pour 2030, et la quasi-élimination des émissions d'ici 2050.
Comme le rappelle la note d'orientation, les émissions de gaz à effet de serre ont déjà diminué de 33% par rapport à 1990, et des technologies comme le solaire et l'éolien sont désormais moins chères que les alternatives fossiles.
Aussi, en 2023, l'Union européenne a enregistré une réduction supplémentaire de 8% de ses émissions de CO2, avec une baisse de 47% dans les secteurs couverts par le système d'échange de quotas d'émission (ETS) depuis 2005.
Si, au regard de ce constat, de celui des politiques ambitieuses déjà mises en place, Bruegel affirme que cette transition est techniquement faisable, grâce notamment à des avancées dans les technologies propres, quatre risques majeurs menacent toutefois ces objectifs, selon le 'think tank'.
Ainsi, l'instabilité géoéconomique pourrait perturber les chaînes d'approvisionnement en technologies vertes, notamment en raison des tensions commerciales mondiales.
De plus, les incertitudes technologiques liées aux innovations non encore éprouvées à grande échelle, comme la capture et le stockage du carbone, pourraient ralentir les progrès. Le rapport met également en garde contre le risque que les politiques climatiques aggravent les inégalités sociales, si elles ne sont pas accompagnées de mesures de redistribution adaptées.
Enfin, si l'UE ne respecte pas ses engagements intermédiaires d'ici 2030, le cap de 2040 pourrait s'éloigner.
Pour faire face à ces problématiques, Bruegel recommande de renforcer la coopération au sein des marchés européens de l'électricité, de surveiller de près l'évolution des coûts des technologies clés et d'intégrer des mécanismes de redistribution pour protéger les ménages vulnérables.
L'UE devra également maintenir la confiance des investisseurs grâce à des politiques crédibles et durables.
Lire l'analyse : https://aeur.eu/f/dou (Nithya Paquiry)