login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 13301
REPÈRES / Repères

Lettre ouverte à Viktor Orbán (1/2)

Monsieur le Premier ministre,

Au moment où seront publiées ces lignes, vous aurez reçu, à Budapest, Charles Michel, le Président du Conseil européen. Bien que ce dernier soit représentatif de cette Union européenne que vous fustigez dans vos déclarations publiques, je veux croire que vos conversations auront été fructueuses, car l’enjeu est d’une importance majeure.

Si je prends la liberté de vous écrire, c’est, d’une part, parce que jusqu’ici, aucune de mes chroniques n’a été spécialement consacrée à la Hongrie, que vous incarnez et, d’autre part, parce que je vous vois désormais un peu seul au sein de l’Union (et plus que vous le pensez). Votre allié fidèle (sauf à propos de l’Ukraine), le gouvernement conservateur polonais, a perdu sa majorité lors des dernières élections. La Pologne, c’est près de 37 millions d’habitants, la Slovaquie, 5,4 millions : ce n’est pas le nouveau Premier ministre, Robert Fico, votre ami notoirement prorusse, qui compensera politiquement cette perte. Sans doute l’extrême droite est-elle arrivée largement en tête aux élections néerlandaises (à la grande joie de la télévision russe et de vous-même), mais il y a loin de la coupe aux lèvres : Geert Wilders aura des difficultés à devenir chef de gouvernement. Quant aux autres membres du Conseil européen, vous avez compris qu’ils jouent le jeu de la loyauté à l’Union, y compris en politique étrangère, même s’ils sont du même bord politique.

J’ai de la considération et même de la sympathie pour l’homme que vous avez été. Vous vous souvenez sûrement de cette réunion vespérale du 30 mars 1988 organisée par ces étudiants en droit, dont vous étiez, au dortoir Bibo de votre université de Budapest, au cours de laquelle fut décidée la création de l’Alliance des jeunes démocrates, le Fidesz.

Vous payez de votre personne, arrêté par la police en juin. Un an plus tard, un discours appelant à l’organisation d’élections libres et au départ des troupes soviétiques vous rend célèbre. Les migrations vers l’Occident ont commencé par la frontière austro-hongroise, alors ouverte.

Quelques jours après la chute du Mur de Berlin, l’Europe des Communautés décide un vaste programme d’assistance nommé PHARE (Pologne, Hongrie : Assistance à la Restructuration des Économies). Ce programme s’élèvera, pour la période 1990-1999, à 10 milliards d’écus. Sans doute avez-vous oublié ce grand geste de solidarité. La Hongrie aura été aussi l’un des premiers bénéficiaires du programme TEMPUS en faveur des universités.

Député dès 1990, vous gagnez les élections de 1998 et devenez le plus jeune Premier ministre d’Europe : votre politique économique est un succès, vous soutenez la culture, réformez l’administration, rejoignez l’OTAN. Après les élections de 2002, vous devez quitter le pouvoir pour huit ans. Durant cette période, votre pays devient membre de l’Union européenne, après un referendum positif à plus de 83% des voix. De hauts fonctionnaires provenant des nouveaux États membres sont nommés à la Commission européenne : les Hongrois sont parmi les plus brillants, je m’en souviens très bien.

Ce sont les élections européennes de 2009 qui permettent un rebond majeur de votre parti. L’année suivante, vous triomphez aux élections législatives, avec la majorité des deux tiers à l’Assemblée. La foule euphorique est avec vous.

Êtes-vous alors le même homme que le jeune démocrate de jadis ? Je ne le pense pas. Le gouvernement précédent et la crise financière de 2008 avaient mené le pays à la banqueroute. Des prêts de sauvetage avaient été accordés par le FMI, la Banque mondiale et l’Union européenne : vous rejetez la dernière tranche de prêt au nom de l’indépendance nationale, instaurez une taxe de crise, réduisez les dépenses publiques et payez vos dettes. Surtout, à peine élu, vous veillez à ce que le Fidesz truste les trois plus hautes fonctions de l’État (présidences de la République et de l’Assemblée nationale et poste de Premier ministre) et faites voter une loi sur le contrôle des médias.

En 2011, fort de votre majorité des deux tiers, vous réussissez à faire approuver une nouvelle constitution, qui restreint le droit de grève, supprime le principe de l’égalité de salaire entre hommes et femmes et se réfère aux racines chrétiennes du pays. Puis vous faites adopter une loi électorale réduisant drastiquement le nombre de députés ainsi que des circonscriptions, de telle sorte que les villes soient rattachées aux villages, qui vous sont plus fidèles.

À l’extérieur, l’on commence à s’émouvoir. Une énorme manifestation de soutien à votre régime a lieu en janvier 2012 ; pour la première fois apparaissent des pancartes ‘Union européenne = Union soviétique’. Une nouvelle modification de la loi fondamentale, en 2013, diminue le pouvoir de la Cour constitutionnelle et valide la possibilité d’expulser les sans-abri des lieux publics et de leur infliger des amendes. Vous gagnez largement les élections de 2014.

Le Fidesz étant membre du Parti populaire européen, vous n’avez pas trop de souci à vous faire, puisque vous lui avez rapporté des sièges au Parlement européen. Durant la législature 2014-2019, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker (auquel vous aviez préféré David Cameron), vous accueille aux réunions en ces termes « Salut, dictateur ! ».

Vient la crise migratoire de 2015, qui vous rend plus célèbre encore. Vous faites ériger une barrière de 4 mètres de haut, avec des barbelés coupants, à la frontière serbe, puis à celle de la Croatie. Vous renforcez les pouvoirs répressifs de l’armée et de la police à l’égard des migrants, critiquez la politique d’accueil de la chancelière allemande, Angela Merkel, et refusez le ‘plan Juncker’ de relocalisation des migrants entre États membres (qui, grâce à vos alliés, sera un échec). En fin d’année, votre popularité en Hongrie est passée de 32 à 48%. (À suivre)

Renaud Denuit

Sommaire

REPÈRES
DROITS FONDAMENTAUX - SOCIÉTÉ
SOCIAL - EMPLOI
POLITIQUES SECTORIELLES
ACTION EXTÉRIEURE
SÉCURITÉ - DÉFENSE
ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES
INSTITUTIONNEL
CONSEIL DE L'EUROPE
BRÈVES
Kiosque