La Première ministre serbe, Ana Brnabić, a estimé, jeudi 26 octobre à Bruxelles, que l’échéance annoncée par le Président du Conseil européen, Charles Michel, d’un élargissement de l’UE d’ici 2030 était « très optimiste » (EUROPE 13237/8). Elle a également jugé que l’UE devrait se réformer en interne pour se préparer à l’intégration de nouveaux États membres.
« L’UE doit mener des réformes internes pour être prête à l’élargissement. Si j'étais un État membre, je ne suis pas certaine que je serais en faveur d'un élargissement. Pour les États membres, ça n’a pas trop de sens, avec un commissaire par pays, de la bureaucratie, ce n’est pas tenable. D’ici 2030, l’UE doit se réformer, ce serait le meilleur signal pour montrer que l’UE est prête », a-t-elle déclaré.
« L’élargissement est revenu à l’agenda de manière importante, mais je ne pense pas que ça arrivera en 2030, c’est très optimiste », a-t-elle complété, précisant qu’elle estimait que son pays pourrait être « prêt » à cette échéance.
Toutefois, avant de parvenir à l’adhésion, Belgrade devra encore régler un certain nombre de questions, à commencer par la relation qu’elle entretient avec son voisin kosovar. Déjà compliquées, ces dernières se sont considérablement tendues depuis le 24 septembre dernier, lorsqu'un policier kosovar a été tué par un groupe d'hommes armés serbes (EUROPE 13257/21).
Bien que déplorant l'incident, la Première ministre a estimé toutefois que la responsabilité concernant les rapports exécrables qu'entretiennent Belgrade et Pristina repose en partie sur le Premier ministre kosovar, Albin Kurti, et sur la mise en œuvre de l’accord de Bruxelles de 2013, qui comprend, entre autres, la création de l’association des municipalités à majorité serbe au Kosovo.
« Lors des rencontres que M. Vučić aura aujourd’hui (en marge du sommet, voir autres nouvelles, NDLR) (EUROPE 13279/4), nous montrerons que nous sommes toujours prêts à dialoguer. Pristina a été plus réticente. Les anciens accords doivent être mis en œuvre. À cette heure-ci, il n’y a toujours pas d’association des municipalités et M. Kurti dit que l’accord n’existe pas pour lui », a-t-elle déclaré.
L’association des municipalités a été érigée en priorité par Belgrade lors de la dernière rencontre, à Bruxelles, le 14 septembre, entre Aleksandar Vučić et le Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères, Josep Borrell. Le même jour, le Premier ministre kosovar estimait que la reconnaissance des documents officiels kosovars et autres symboles nationaux devait primer sur toute autre chose. Les rencontres, menées séparément, n’avaient abouti à aucun résultat (EUROPE 13251/4).
Depuis l’accord de Bruxelles, d’autres textes ont vu le jour, comme les accords d’Ohrid, que les deux pays ont acceptés verbalement, mais n’ont toujours pas formellement signés depuis le 27 février 2023. Le texte doit permettre de parvenir à la normalisation des rapports entre la Serbie et le Kosovo, mais la Première ministre n'en démord pas : « L’accord d’Ohrid, oui, mais le premier point du texte souligne que tous les accords précédents doivent être mis en œuvre », incluant donc, selon elle, les accords de Bruxelles. (Thomas Mangin)