Le Conseil européen a appelé, jeudi 26 octobre, à des pauses et des couloirs humanitaires dans le conflit à Gaza afin de permettre à l’aide humanitaire d’entrer dans l’enclave palestinienne.
« Extrêmement préoccupé par la détérioration de la situation humanitaire à Gaza », le Conseil européen, dans les conclusions adoptées, demande que l'aide humanitaire continue d'être acheminée « rapidement, en toute sécurité et sans entrave, et qu'elle parvienne à ceux qui en ont besoin par le biais de toutes les mesures nécessaires, y compris des couloirs et les pauses pour répondre aux besoins humanitaires ».
Le Conseil européen s’engage aussi à ce que l’UE travaille en étroite collaboration avec ses partenaires dans la région pour protéger les civils, fournir une assistance et faciliter l'accès à la nourriture, à l'eau, aux soins médicaux, au carburant et aux abris, « en veillant à ce que cette assistance ne soit pas détournée par des organisations terroristes ».
« Nous nous engageons à apporter un soutien humanitaire aux citoyens de Gaza, qui sont également des victimes du Hamas, qui a pris le pouvoir à la faveur d'un coup d'État et qui utilise également sa propre population à ses propres fins », a précisé le chancelier Olaf Scholz.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a annoncé que les 56 tonnes d’aide humanitaire des deux premiers ponts aériens avaient été livrées à Gaza via l'Égypte. « Nous avons besoin de plus, il y aura deux vols ce vendredi et d’autres seront prévus dans les prochains jours », a-t-elle précisé, expliquant également que la Commission signera ce vendredi un accord de 40 millions d’euros avec les agences onusiennes.
Après l’annonce de la France d’envoyer un bâtiment militaire au large de Gaza qui acheminera du matériel militaire, humanitaire et des médicaments et peut être transformé en hôpital flottant, le président chypriote, Nikos Christodoulides, a expliqué que, de par sa situation géographique et ses relations avec les pays de la région, Chypre pourrait jouer un rôle dans l’arrivée de l’aide humanitaire à Gaza.
Selon le Premier ministre irlandais, Leo Varadkar, les pauses humanitaires pourraient aussi permettre de faire sortir les citoyens européens bloqués à Gaza, dont 50 Irlandais. Les dirigeants européens ont ainsi discuté des efforts concertés pour aider les citoyens européens.
Les chefs d’État ou de gouvernement rappellent aussi qu’il importe d'assurer à tout moment la protection de tous les civils, conformément au droit humanitaire international, et déplorent toutes les pertes de vies civiles.
Ils soulignent entre autres « avec force » le droit d'Israël à se défendre conformément au droit international et au droit humanitaire international. Condamnant le plus fermement possible le Hamas pour ses attaques terroristes brutales et aveugles en Israël, le Conseil européen réitère son appel au Hamas pour qu'il libère immédiatement tous les otages, sans aucune condition préalable. Le président du Conseil européen, Charles Michel, a précisé que les dirigeants européens étaient en contact avec des acteurs de la région qui travaillent pour une médiation en vue de libérer des otages.
Le Conseil européen rappelle également que l’« utilisation de civils comme boucliers humains par le Hamas (était) une atrocité particulièrement déplorable ». « Le Hamas, en tant qu’organisation terroriste, doit être détruit », a prévenu Mme von der Leyen.
Les dirigeants soulignent en outre la nécessité d'éviter une escalade régionale et de coopérer avec les partenaires à cet égard, y compris avec l'Autorité palestinienne. « Nous devons faire tout ce qui est possible pour éviter cette escalade et l’UE a un rôle à jouer », a souligné Mme von der Leyen, rappelant les contacts entre les dirigeants européens et ceux de la région.
Pour la présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni, « un des moyens les plus efficaces pour contenir et faire perdre le Hamas est de donner une concrétisation à la question palestinienne, de donner plus de poids à l'Autorité nationale palestinienne ». Selon elle, c’est un rôle que l’UE peut et doit jouer, et « c'est certainement l'une des grandes pierres angulaires de la solution à moyen terme ».
L'UE se dit prête à contribuer à la relance d'un processus politique sur la base de la solution des deux États, y compris par le biais de l'effort de la Journée de la paix, initiative lancée en septembre en marge de l’Assemblée générale des Nations Unies.
Elle se félicite des initiatives diplomatiques et se dit favorable à la tenue prochaine d'une conférence internationale de paix. Le Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez, a souhaité qu’une telle conférence soit organisée dans les six mois « afin que toute la communauté internationale puisse s'asseoir, s'impliquer et que nous puissions trouver définitivement une solution à deux États pour Israël et la Palestine ». « En réalité, il s'agit d'un État, car Israël est déjà reconnu par la communauté internationale et ce qu'il faut reconnaître, c'est, dans ce cas, le peuple palestinien », a-t-il ajouté.
En outre, les Vingt-sept insistent sur la nécessité de lutter contre les contenus illégaux et la désinformation, tout en soulignant le rôle des grandes plateformes numériques dans ce contexte. Les conclusions du Conseil européen interviennent alors que la semaine passée, le commissaire chargé du Marché intérieur, Thierry Breton, a adressé plusieurs lettres aux entreprises X (anciennement Twitter) (EUROPE 13271/13), Meta, TikTok (EUROPE 13275/4), Google et YouTube (EUROPE 13271/14) pour leur demander d’apporter des éléments de réponse quant aux mesures mises en œuvre pour mettre fin à la diffusion de ce type de contenus depuis l’attaque terroriste du Hamas contre Israël et la réponse violente de ce dernier.
M. Michel a également expliqué qu’il fallait travailler sur la prévention pour contrer les discours antisémites et pour garantir « autant que possible » la sécurité sur le sol européen.
Voir les conclusions du Conseil européen : https://aeur.eu/f/9am (Camille-Cerise Gessant et Thomas Mangin, avec la rédaction)