Le directeur général de l’Agence spatiale européenne (ESA), Josef Aschbacher, a plaidé, jeudi 26 octobre, pour le réinvestissement de l’UE dans l’exploration spatiale.
« L'espace va très vite, l'Europe ne peut pas se permettre de ne pas participer, elle doit être aux commandes, elle a les capacités, l'excellence, les talents, elle peut le faire, mais elle doit s'assurer de le faire bien et ensemble », a-t-il souligné de manière plus générale, lors d’une audition en commission de l'industrie, de la recherche et de l'énergie (ITRE) du Parlement européen.
« Pourquoi l'Europe est-elle un continent capable en termes d'ingénierie, mais n’a pas de capacité pour envoyer des astronautes européens dans une capsule européenne dans l'espace ? », s’est interrogé le directeur général. Il a souhaité que, dans la prochaine décennie, l’Europe ait plus d’autonomie dans l'exploration, « et pas seulement dans l'exploration spatiale européenne à bord d'une capsule européenne ». Selon M. Aschbacher, la première étape pourrait être un transport cargo vers la station spatiale, qui retournerait ensuite sur terre en toute sécurité.
M. Aschbacher a estimé que l’exploration spatiale avait une dimension géopolitique, expliquant que le fait d’avoir une capsule européenne qui assurerait des vols avec des astronautes européens et transportant également des astronautes d’autres nationalités « serait un signal géopolitique très fort ».
M. Aschbacher a aussi rappelé que l’économie de l’espace évoluait très rapidement. Alors qu'elle représente actuellement environ 600 milliards d'euros, elle devrait atteindre 3 000 milliards au cours de la prochaine décennie, voire plus rapidement, selon certaines projections, a-t-il expliqué, ajoutant qu’investir dans l’espace signifiait investir dans la politique industrielle, dans les secteurs normaux de l’économie, qui auront toutefois besoin de la technologie spatiale. « C'est une étape très importante à franchir », a soutenu le directeur général.
Il a expliqué en outre que l’exploration spatiale avait un aspect sécuritaire, mais comportait aussi de compétences, avec la nécessité d’éviter que les jeunes Européens partent à l’étranger.
Le directeur général de l’ESA a également mis en avant le défi des lanceurs, alors qu’Ariane 6 n’est pas encore opérationnel et qu’il y a des problèmes avec Vega-C. « Nous avons besoin d’un plan d’action très clair pour l’avenir, nous sommes en train de changer de paradigme, passer d’une situation dans laquelle nous sommes depuis 40 ans pour passer dans une nouvelle phase d’avenir avec de nouveaux lanceurs probablement construits d’une toute autre façon », a-t-il expliqué.
Selon M. Aschbacher, il est également « absolument nécessaire » de garantir un accès à l’espace à Ariane 6 et Vega-C pour les prochaines décennies.
Par ailleurs, il a appelé à l’augmentation du budget de l’ESA. En 2023, le budget de l’ESA s’élevait à 7,08 milliards d'euros quand celui de la NASA était de 24 milliards d'euros. (Camille-Cerise Gessant)