En vue d'un prochain sommet entre l'UE et la Chine, deux représentants européens sont actuellement en visite dans le pays asiatique. Le Haut Représentant de l'Union pour les Affaires étrangères, Josep Borrell, a atterri en Chine pour une visite de trois jours, jeudi 12 octobre.
Le jour même, il s'est entretenu avec des représentants d'entreprises européennes ainsi que des chercheurs du 'Shanghai Institute for International Studies'. Vendredi 13 octobre, Josep Borrell doit coprésider le '12e Dialogue stratégique UE-Chine' et rencontrer le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, pour aborder plusieurs sujets en lien avec les relations bilatérales et le commerce.
Le Haut Représentant aura notamment la difficile tâche d'expliquer la nouvelle politique européenne de « de-risking, not decoupling » (limiter les risques, sans couper les relations) à l'égard de la Chine, théorisée en mars dernier par Ursula von der Leyen. C'est notamment de cette approche qu'a émergé le concept de 'stratégie de sécurité économique' de l'UE (EUROPE 13205/7), qui doit déboucher sur une révision du contrôle des exportations et des investissements.
L'Union veut faire valoir ses intérêts
Bien que l'UE s'attache à répéter que ces nouvelles orientations ont d'abord pour but de renforcer sa résilience sur le marché mondial, la Chine soupçonne un faux protectionnisme, lié à la prise de conscience européenne de sa dépendance à l'égard de plusieurs pays tiers. L'annonce de la Commission d'ouvrir d'une enquête antisubventions contre les véhicules électriques chinois (EUROPE 13264/21) n'a pas amélioré les relations entre les deux parties.
Dans une interview au South China Morning Post, donnée en amont de son départ, Josep Borrell a indiqué que « l'Europe n'a pas d'intentions cachées » vis-à-vis de la Chine. Tout en insistant sur le fait que l'UE souhaitait garder un marché ouvert, mais pas à n'importe quel prix : « Nous n'hésiterons pas à prendre des mesures pour nous protéger contre des pratiques que nous considérons comme déloyales. Nous n'autoriserons pas non plus des activités nuisibles qui pourraient mettre en péril la sécurité nationale de nos États membres ».
Sécurité énergétique et transition verte
La commissaire européenne à l’Énergie, Kadri Simson, quant à elle, a coprésidé pour la première fois depuis 2019 le 'dialogue de haut niveau UE-Chine sur l’énergie', aux côtés du directeur de l'administration chinoise de l'Énergie, Zhang Jianhua.
Dans ce cadre, elle a notamment invité le gouvernement chinois à se joindre à l’engagement mondial sur le méthane (‘Global Methane Pledge’) et a réitéré l’importance des engagements mondiaux pour les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique lors de la COP28 à Dubaï.
La plateforme de coopération énergétique entre l’UE et la Chine a également lancé un projet de référence sur la planification des investissements et des technologies d'infrastructure carbone 'zéro émission'.
La veille, mercredi 11 octobre, lors de sa visite à l’Université de l’énergie électrique de Chine du Nord, la commissaire s’était exprimée devant des étudiants sur les risques que la montée des tensions géopolitiques faisait peser sur la transition vers les énergies propres.
Elle avait ainsi affirmé que, dans le cadre de l’invasion russe en Ukraine, l’UE ne comprenait pas la position de la Chine et son étroite collaboration avec la Russie et que cette agression « ne nuit pas seulement à l'Europe. Elle nuit au monde entier et à la Chine. Elle a en effet entamé la confiance dans le système énergétique mondial ». Enfin, Mme Simson a insisté sur le risque de dérive vers un monde fragmenté en « îles énergétiques » : « Personne n'y trouvera son compte. Et ce n'est certainement pas dans l'intérêt de l'Europe ni de la Chine ».
Un sommet UE-Chine devrait prochainement avoir lieu entre Charles Michel, Ursula von der Leyen et le président chinois, Xi Jinping, bien qu'aucune date n'ait encore été annoncée officiellement. (Pauline Denys et Isalia Stieffatre)