La Commission européenne a proposé, mardi 18 avril, deux recommandations du Conseil de l’UE visant à stimuler les compétences numériques dans l’Union. Un paquet ‘éducation numérique’, qui souhaite aussi bien créer les conditions nécessaires à ces apprentissages que s’attaquer aux lacunes des Européens.
En effet, seuls 54% des citoyens européens disposent de connaissances numériques de base et, en dépit de la demande des employeurs, l’UE ne compte que 9 millions de spécialistes sur le sujet. Or, « selon les objectifs définis dans la Boussole numérique, d’ici 2030, 80% des adultes devront avoir des aptitudes numériques de base et nous devrions avoir 20 millions de nouveaux spécialistes des TIC », a rappelé la vice-présidente exécutive de la Commission Margrethe Vestager.
Alors que les États membres ont consacré près de 23 milliards d’euros à l’éducation numérique ainsi que 16,5 milliards d’euros à l’amélioration de la connectivité dans leurs plans de relance, ces recommandations visent à « accélérer le rythme » et à encourager les gouvernements à « faire preuve d’audace » dans les mesures mises en œuvre, a résumé la commissaire à l’Éducation, Mariya Gabriel.
Renforcer les facteurs de succès
La première recommandation porte sur « les facteurs clés de succès » de l’éducation numérique. Ici, l’objectif est d’établir un environnement favorable à l’apprentissage et de garantir un accès universel aux formations de qualité, de façon à réduire, in fine, la fracture numérique.
La Commission invite donc les pays de l’UE à créer un « cadre cohérent d'investissement, de gouvernance et de formation des enseignants pour une éducation numérique efficace et inclusive ». Si certains États membres disposent déjà d’une stratégie nationale unique sur le sujet, « il nous manque encore un suivi régulier pour pouvoir combler les lacunes », a déploré Mme Gabriel.
Le texte propose en outre des orientations pour que les Vingt-sept mettent en œuvre une approche pangouvernementale (« whole-of-government ») et multipartite. Concrètement, cela signifie que l’éducation numérique ne doit pas être le seul fait des ministres de l’Éducation, mais impliquer plusieurs ministères et niveaux de gouvernements. De la même manière, « les États membres se montrent de plus en plus intéressés par la mise en place de partenariats public-privé, y compris avec le secteur des technologies de l’éducation (‘ed’ tech’) », s’est réjouie Mme Gabriel.
La commissaire a également insisté sur la nécessité d’avoir un équipement informatique adéquat et fonctionnel ainsi qu’une connexion internet rapide dans les établissements d’éducation. De la même manière, tous les enseignants doivent pouvoir avoir accès à des programmes de mise à niveau numérique. « Ici, je compte sur une des nouveautés du programme Erasmus+ que sont les Académies d’enseignants », a-t-elle ajouté (EUROPE 12622/27).
La recommandation : https://aeur.eu/f/6d7
Améliorer l'enseignement
La seconde recommandation, quant à elle, vise à « améliorer l'offre de compétences numériques dans le cadre de l'éducation et de la formation ».
Si elle concerne tous les niveaux d’éducation, elle invite toutefois les États membres à « commencer tôt » en fournissant « des compétences numériques de manière cohérente », par exemple, en établissant des objectifs progressifs ou en favorisant des interventions ciblées pour des « groupes prioritaires ou difficiles à atteindre ».
Alors que les aptitudes enseignées doivent s’adapter à l’âge et au public, « chaque pays devrait procéder à une analyse détaillée de sa main-d'œuvre actuelle afin d'identifier les principales failles en matière de compétences numériques et de proposer des formations spécifiques », a ajouté Mme Vestager.
Le texte plaide aussi pour que l’informatique devienne un élément essentiel des programmes d’études à tous les niveaux. Les pays de l’UE devraient ainsi adopter des « approches transdisciplinaires à tous les niveaux de l'éducation. Cela signifie que nous devons intégrer les compétences numériques dans chaque matière enseignée à l'école, en plus d’y consacrer une matière à part entière », a précisé Mme Vestager.
Par ailleurs, la Commission encourage les pays de l’UE à généraliser le développement des compétences numériques chez les adultes et à remédier aux pénuries dans les professions liées aux technologies de l'information en privilégiant des stratégies inclusives.
La recommandation : https://aeur.eu/f/6d8
Un certificat européen des compétences numériques
Enfin, ces recommandations, ont souligné les commissaires, doivent contribuer à réduire les disparités entre États membres en matière d’aptitudes numériques. « Le rôle de la Commission sera de faciliter les échanges entre pairs et de diffuser les bonnes pratiques », a complété Mme Vestager. L’institution compte notamment mettre sur pied un nouveau groupe de haut niveau sur l’éducation et les compétences numériques.
Au-delà des recommandations et alors que la reconnaissance automatique des compétences est une des priorités de l’espace européen de l’éducation (EUROPE 13157/22), la Commission a lancé, en parallèle, un projet pilote pour un certificat européen des compétences numériques. En renforçant la confiance entre systèmes éducatifs, il doit, à son tour, contribuer à réduire les différences de connaissances numériques à travers l'UE. Sa faisabilité sera évaluée fin 2023 et sa version finale mise en place en 2024. (Hélène Seynaeve)