La Pologne et l'Ukraine ont conclu un accord sur la reprise du transit des céréales ukrainiennes, suspendu samedi, a indiqué mardi 18 avril le ministre polonais de l'Agriculture.
« On a réussi à mettre en place des mécanismes qui feront que pas une seule tonne de blé ne restera en Pologne, que les marchandises vont transiter par la Pologne » à partir de samedi prochain, a déclaré Robert Telus à l'issue d'une rencontre avec des responsables ukrainiens.
L'Ukraine et la Pologne avaient entamé le 17 avril des discussions pour parvenir à un accord après la décision de Varsovie d'interdire les importations de céréales ukrainiennes, accusées de déstabiliser le marché agricole national, une décision jugée inacceptable par l'UE (EUROPE 13163/16).
Plus tôt dans la journée du 18 avril, des députés européens avaient dénoncé la décision de la Pologne d'interdire ces importations.
« Nous sommes solidaires avec les pays affectés par la situation, mais nous ne pouvons pas applaudir des décisions unilatérales de la part de ces pays », a déclaré mardi, devant la presse, la présidente du groupe S&D, Iratxe Garcia Pérez.
« Le gouvernement polonais PiS a introduit une interdiction illégale des importations de produits agricoles et alimentaires ukrainiens sur le territoire de la Pologne, ce qui témoigne d'un nouveau mépris flagrant des règles de l'UE », selon un communiqué de ce groupe. Cette mesure constitue, pour le S&D, « une violation directe des règles régissant la politique commerciale de l'UE et un coup dur pour le partenariat UE/Ukraine ».
Certains États membres de l'est de l'UE ont constaté une augmentation des flux de produits agricoles en provenance d'Ukraine grâce aux préférences commerciales et aux ‘couloirs de solidarité’. « Ces deux initiatives se sont avérées très efficaces pour soutenir l'économie ukrainienne frappée par la guerre en fournissant des revenus et en atténuant les problèmes de pénurie de blé sur les marchés mondiaux », analyse le groupe S&D. Le Polonais Marek Belka parle même d’une « réaction hystérique » du gouvernement polonais.
Même protestation du côté du groupe PPE : « Ne faites rien qui puisse affaiblir l'Ukraine. Veillez à ce que les céréales ukrainiennes parviennent en Afrique. Ne prenez pas de mesures unilatérales qui enfreignent la législation de l'UE ».
Les gouvernements européens ne doivent pas agir « au détriment de la solidarité envers l'Ukraine » pendant la guerre, selon le PPE.
La Commission à la recherche de solutions. Le commissaire européen au Commerce, Valdis Dombrovskis, a déclaré mardi devant la presse : « Nous travaillons avec les États membres concernés et les autorités ukrainiennes pour remédier à la situation. En effet, après la création des ‘couloirs de solidarité’, il y a eu une augmentation substantielle des importations de céréales ukrainiennes dans l'UE, notamment dans les pays voisins ». Différents outils sont à la disposition de la Commission.
L'objectif principal des ‘couloirs de solidarité’ était de veiller à ce que l'Ukraine dispose d'autres moyens d'exporter des produits agricoles, et pas seulement dans le contexte du blocus de la route de la mer Noire. « Il est important de veiller à ce qu'il y ait un transit et que les céréales ukrainiennes soient acheminées vers les pays où elles sont principalement destinées à être exportées. Nous devons voir comment rétablir les flux de transit et comment protéger les agriculteurs de l'UE », a ajouté le vice-président de la Commission. (Lionel Changeur, avec la rédaction)