La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a plaidé, jeudi 30 mars, pour des relations avec la Chine fondées sur la réduction des risques, et non sur la distanciation.
« Notre relation avec la Chine est l’une des plus complexes et des plus importantes du monde. Et la manière dont nous la gérons sera un facteur déterminant pour notre prospérité économique et la sécurité nationale à l’avenir », a-t-elle expliqué dans un discours prononcé à l’invitation des centres de réflexion EPC et Merics.
« La définition d’une stratégie européenne à l’égard de la Chine – ou en quoi consiste une stratégie réussie – doit commencer par une évaluation objective de nos relations actuelles et des intentions stratégiques de la Chine », a expliqué Mme von der Leyen, qui se rendra la semaine prochaine à Pékin aux côtés du président français, Emmanuel Macron.
Ainsi, elle a estimé que la Chine devenait « plus répressive à l’intérieur de ses frontières et plus ferme à l’étranger ». Selon la présidente, afin de réorienter les politiques européennes, l’UE doit prendre en compte trois grandes conclusions.
Tout d’abord, « la Chine a désormais tourné la page de l’ère 'des réformes et de l’ouverture' et entre dans une nouvelle ère axée sur la sécurité et le contrôle », a expliqué la présidente. Elle a estimé qu'il fallait s’attendre à ce que l’accent soit davantage mis sur la sécurité, qu’elle soit militaire, technologique ou économique et des mesures de contrôle économique encore plus strictes dans le cadre d’un renforcement du pilotage de l’économie par le Parti communiste chinois.
De plus, l’impératif de sécurité et de contrôle dépasse désormais la logique de la liberté des marchés et de l’ouverture des échanges, a ajouté Mme von der Leyen.
Enfin, selon elle, l’objectif clair du Parti communiste chinois est un changement systémique de l’ordre international, focalisé sur la Chine.
Ces changements de la part de la Chine doivent amener l'UE à « rééquilibrer » ses relations avec Pékin « sur la base de la transparence, de la prévisibilité et de la réciprocité », pour la présidente. Et d'insister qu'il ne s'agit pas du tout de rompre les liens économiques.
Riposte économique
Concrètement, l'UE doit non seulement réduire ses dépendances dans les domaines critiques envers Pékin, mais aussi faire attention à ne pas équiper la Chine de manière à affaiblir la sécurité européenne. « Nous devons veiller à ce que le capital, l’expertise et le savoir-faire de nos entreprises ne soient pas utilisés pour renforcer les capacités militaires et de renseignement de ceux qui sont également nos rivaux systémiques », a affirmé Mme von der Leyen.
C'est pourquoi la Commission réfléchit à un instrument pour contrôler les investissements extérieurs, a-t-elle annoncé. Celui-ci toucherait des « technologies sensibles pour lesquelles les investissements peuvent conduire au développement de capacités militaires présentant des risques pour la sécurité nationale », comme les biens à double usage, dont les exportations européennes sont déjà contrôlées.
La présidente a mentionné la microélectronique, l’informatique quantique, la robotique, l’intelligence artificielle ou la biotechnologie comme exemples de hautes technologies sensibles. La Commission devrait présenter cette année « des pistes » à ce propos, a-t-elle précisé.
Un autre type de réponse face aux pratiques non concurrentielles chinoises réside dans les nouveaux instruments de défense commerciale de l'UE. Le règlement contre les subventions étrangères déloyales ou encore celui sur la coercition économique (EUROPE 13151/18) sont des outils que l'UE devra « utiliser plus audacieusement et plus rapidement », selon la présidente.
Enfin, l'UE doit développer davantage ses relations avec d'autres partenaires, dans le domaine du numérique en particulier, mais aussi pour les échanges commerciaux de manière plus large, d'après Ursula von der Leyen. Elle a mis l'accent sur les accords de libre-échange en négociation avec des pays de la région indo-pacifique, mais aussi avec l'Amérique latine, car il est important, d'après elle, de trouver des positions communes entre l'UE et ces partenaires.
Ce besoin d'alignement et de coopération sur la question de la Chine est aussi valable au sein même des États membres de l'UE. « Une politique européenne forte envers la Chine doit s’appuyer sur une coordination étroite entre les États membres et les institutions de l’Union ainsi que sur la volonté de contrecarrer des tactiques qui viseraient à nous diviser pour mieux régner », a-t-elle expliqué.
La veille, le président du groupe PPE au PE, Manfred Webe, avait également appelé l'UE à parler d'une seule voix, s'agissant de ses relations avec Pékin (EUROPE 13152/11).
Coopération diplomatique
Au-delà de l’économie, l’UE veut réduire les risques par la diplomatie.
Estimant qu’il fallait œuvrer au renforcement du système international, Mme von der Leyen a expliqué qu’il était « crucial de garantir la stabilité diplomatique et des lignes de communication ouvertes avec la Chine ». Selon elle, « il n’est ni viable ni dans l’intérêt de l’Europe de se distancier de la Chine ».
La présidente de la Commission a expliqué qu’il fallait réfléchir à la manière de collaborer de manière productive dans le système mondial à l’avenir et aux défis auxquels s’attaquer. Elle a notamment salué le rôle de la Chine et la coopération UE/Chine dans la protection de la biodiversité, espérant qu’il en sera de même pour la lutte contre le changement climatique dans la perspective de la COP28.
Rappelant qu’en tant que membre permanent du Conseil de sécurité, la Chine avait la responsabilité de préserver les principes et les valeurs qui sont au cœur même de la Charte des Nations unies, Mme von der Leyen a prévenu que la manière dont la Chine continuerait de réagir face à la guerre menée par Vladimir Poutine serait « un facteur déterminant de l’avenir des relations entre l’UE et la Chine ».
Elle a rappelé en outre que la manière dont Pékin se conformerait aux obligations internationales en matière de droits de l’homme en serait un autre. (Camille-Cerise Gessant et Léa Marchal)