Les ministres des Affaires étrangères européens se retrouveront lundi 18 juillet à Bruxelles pour discuter de la guerre en Ukraine et de l’aide de l’UE au pays, des relations avec les pays d’Amérique latine et de la diplomatie numérique.
Ukraine. Après une discussion avec leur homologue ukrainien, Dmytro Kuleba, les ministres reviendront, à Vingt-sept, sur l’aide militaire, humanitaire et économique fournie à l’Ukraine. « Nous sommes dans une situation où le conflit s’installe dans la durée, nous avons besoin de multiplier encore notre action », a expliqué un diplomate européen.
Les ministres devraient donner leur accord politique pour une nouvelle tranche d’aide de 500 millions d’euros de la Facilité européenne pour la Paix. Avec cette cinquième tranche, le montant total de l’aide apportée via la Facilité sera de 2,5 milliards d’euros.
Le Conseil devrait aussi se pencher sur un nouveau paquet de sanctions à l’encontre de la Russie (voir autre nouvelle). Depuis Prague, le vice-président de la Commission européenne, Maroš Šefčovič, a annoncé que le paquet allait viser les exportations d'or, « qui est une importante matière première d'exportation pour la Russie », comme il a été décidé par le G7 (EUROPE 12981/20). Il a ajouté que l’UE allait aussi chercher à « fermer les échappatoires » pour ceux qui contournent les sanctions déjà adoptées. « Nous devons veiller à ce que ces sanctions soient aussi efficaces que possible », a prévenu M. Šefčovič. Le Haut Représentant de l'UE, Josep Borrell, devrait aussi proposer de nouvelles sanctions ciblées individuelles.
Les ambassadeurs des États membres devraient se réunir lundi dans la soirée en vue d’avancer sur l’approbation du paquet de sanctions, qui pourrait être officiellement adopté plus tard dans la semaine.
Les ministres aborderont également l'impact de la guerre sur la sécurité alimentaire mondiale et l'énergie ainsi que les moyens de contrer le narratif russe à ce sujet, comme ils l'avaient fait le 20 juin (EUROPE 12975/2) avant le Conseil européen (EUROPE 12979/3) et le sommet du G7 d'Elmau (EUROPE 12982/24).
Depuis lors, l’accord entre l’Ukraine et la Russie avec le soutien de la Turquie et de l’ONU pour faire sortir les céréales bloquées en mer Noire est intervenu, mercredi 13 juillet à Istanbul. Vendredi 15, la Russie annonçait la publication imminente d’un document final à ce sujet.
« Nous avons de bonnes nouvelles de Martin Griffiths (Secrétaire général général adjoint aux affaires humanitaires, qui dirige le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA) : NDLR) concernant un accord de principe. Il pourrait être signé la semaine prochaine, mais il faut ensuite qu’il soit mis en œuvre. Nous n’y croirons pas tant qu’on ne verra pas cet accord », déclarait un haut fonctionnaire européen vendredi, exprimant des « doutes sur la bonne foi de la Russie ».
À en croire un diplomate européen, les efforts déployés par les États membres de l'UE pour sortir les céréales d'Ukraine par les routes de solidarité sont « une dynamique qui s'accroît et fonctionne », même si elle est coûteuse et lente, comme l'a reconnu le Haut Représentant de l'UE, Josep Borrell.
S'agissant des critiques formulées par l'Union africaine quant à l'impact des sanctions excluant la Russie du système de paiement interbancaire SWIFT sur l'accès des pays africains aux denrées alimentaires et aux engrais disponibles (EUROPE 12975/2), le nouveau paquet de mesures contre la Russie, qui clarifie les obligations des opérateurs (voir autre nouvelle), pourrait aider à aplanir ce problème, notamment en ce qu'il « réitère la position déterminée de la Commission à protéger la sécurité alimentaire dans le monde entier. », selon l'institution de l'UE.
Amérique latine. Le Conseil reviendra ensuite sur les relations avec l’Amérique latine. De nombreux États membres estiment que le sujet a été négligé ces derniers mois, voire années.
« Nous avons besoin de voir comment se réengager », a souligné un diplomate européen, ajoutant qu’il fallait voir si la relation était « équilibrée et réciproquement attractive ».
La discussion pourrait aussi porter sur l’impact de l’agression russe sur les pays d’Amérique latine, sur la position commune à adopter envers la Russie ou encore sur les domaines sur lesquels il est possible de travailler ensemble, tels que l’environnement, les infrastructures, le numérique, la mise en œuvre de la stratégie indopacifique de l’UE ou encore sur des initiatives multilatérales. Les ministres devraient aussi discuter de la possibilité d’une réunion ministérielle UE-CELAC (Communauté d'États latino-américains et Caraïbes) en octobre et de l’opportunité de travailler sur un sommet bilatéral pour le second semestre 2023.
Diplomatie numérique. Les ministres se pencheront ensuite sur la diplomatie numérique et adopteront des conclusions à ce sujet. Plusieurs États membres, dont la France, l’Allemagne ou les Pays-Bas, estiment que l’UE doit être plus visible et plus coordonnée.
Selon un diplomate, l’objectif est de traduire au plan externe ce qui est fait en interne. « On a besoin de faire en sorte que les diplomates des États membres au sein des délégations puissent expliquer quelle est la vision européenne du numérique et on doit le faire dans les enceintes multilatérales, notamment sur la politique des normes. Nous avons besoin d’organiser notre action et de l’articuler », a-t-il précisé. Il a aussi expliqué que l’UE pouvait discuter avec les pays tiers dans leur choix pour se doter des infrastructures nécessaires.
Un haut fonctionnaire européen a annoncé la mise en place d’un bureau dédié à San Francisco afin de renforcer la capacité de l’UE à atteindre les entreprises et les acteurs publics du numérique, qui sont principalement situés dans la Silicon Valley, et à promouvoir la politique et les normes européennes.
Le Conseil devrait aussi adopter des conclusions sur les priorités de l’UE pour l’Assemblée générale des Nations Unies, en septembre, et sur la lutte contre la manipulation de l’information et les ingérences. Un diplomate a précisé que les conclusions sur la lutte contre la manipulation de l’information et les ingérences visaient à montrer la mobilisation de l’UE à ce sujet et que le travail continuera pour développer un cadre et des outils pour la boîte à outils hybride de l’UE.
Affaires courantes. Les ministres auront un bref échange de vues sur la crise sécuritaire et humanitaire à l'Est de la République démocratique du Congo (Nord Kivu et Ituri) où sévissent des groupes armés, avec un risque d'escalade. Cette discussion, qui avait été demandée par la Belgique lors du Conseil 'Affaires étrangères' du 20 juin, sera le prélude à une discussion plus approfondie sur la région des Grands Lacs à l'automne.
« L'idée, dans un premier temps, est d'exprimer nos préoccupations et notre soutien aux efforts de médiation africains », selon un diplomate européen. Une autre source diplomatique a indiqué qu'à terme, l'objectif est d'élaborer une stratégie intégrée pour la région des Grands Lacs.
Le Conseil pourrait également revenir sur la possibilité d’organiser un Conseil d’association avec Israël, en fin d’été ou à l’automne. Ce Conseil ne s’est pas tenu depuis 2012. Plusieurs sources ont cependant précisé qu’il était important d’avoir une position commune entre les Vingt-sept avant de fixer une date de Conseil.
La crise politique au Sri Lanka, la situation en Tunisie, avec le vote sur une nouvelle Constitution (EUROPE 12990/20), la situation en Moldavie ou dans les Balkans occidentaux, en particulier en Bosnie-Herzégovine, ou encore la réunion ministérielle UE-pays de la Ligue arabe, prévue le 10 octobre au Caire, pourraient en outre être abordés. (Camille-Cerise Gessant et Aminata Niang)