Les ministres des Affaires étrangères des Vingt-sept ont réaffirmé, lundi 20 juin à Luxembourg, la solidarité de l'UE avec les pays partenaires les plus pauvres et les plus vulnérables au risque de pénuries et de famine, en particulier en Afrique.
Ils ont également martelé que l'UE n'est en rien responsable de la crise alimentaire mondiale, mais bien, selon eux, la seule Russie (EUROPE 12974/3).
« Le problème vient du blocus russe des céréales ukrainiennes. Des millions de tonnes de blé sont bloquées et des millions de personnes ne pourront pas manger ce blé. Cette guerre va donc avoir des conséquences dramatiques pour le monde. Nous demandons à la Russie de débloquer les ports et de laisser partir ces produits », a déclaré le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell.
Rappelant que les sanctions de l'UE envers la Russie « ne visent ni les denrées alimentaires ni les engrais », il a annoncé qu'il allait « envoyer une lettre à tous les ministres des Affaires étrangères africains pour expliquer les sanctions de l'UE ». Une lettre sera également envoyée par la Commission européenne à tous les acteurs financiers expliquant ce qu'ils ont le droit de faire dans le cadre des sanctions. Cela, afin d'éviter toute action disproportionnée par excès de conformité qui serait préjudiciable aux pays africains.
Ces derniers disent en effet souffrir, pour leur approvisionnement en denrées alimentaires et en engrais, des perturbations des échanges causées par les sanctions de l'UE excluant la Russie du système de paiement interbancaire SWIFT, comme l'avait souligné le président de l'Union africaine, Macky Sall, lors du Conseil européen fin mai (EUROPE 12962/2).
« Nous sommes ouverts à discuter de tous les problèmes concrets qu'il pourrait y avoir dans des transactions concrètes, mais ce n'est pas à comparer avec 20 millions de tonnes bloquées et un impôt de 30% imposé par la Russie sur les exportations russes », a déclaré M. Borrell. Selon lui, la Russie « utilise l'alimentation comme arme de guerre » et il faut contrer « la propagande russe ».
Les ministres ont tenu le même langage. « L'insécurité alimentaire qui menace le monde ne vient pas de sanctions, elle vient de la guerre qui a été choisie par la Russie et, donc, nous appelons la Russie à cesser de jouer avec la famine dans le monde. Il lui suffit pour cela de cesser son blocus des ports ukrainiens et de cesser de détruire les infrastructures céréalières ukrainiennes », selon la ministre française, Catherine Colonna.
La Russie réfute ces accusations et demande à l'Ukraine le déminage en mer Noire.
La ministre allemande, Annalena Baerbock, invoquant des propos tenus lundi par le président du comité international de la Croix-Rouge, a déclaré : « En ces temps d'agression brutale, le droit humanitaire n'est pas négociable ».
Selon le ministre irlandais, Simon Coveney, « tous les pays de l'UE continuent de faire ce qu'ils peuvent pour garantir qu'on puisse sortir les céréales d'Ukraine par des pays de l'UE ».
Le ministre des Pays-Bas, Wopke Hoekstra, quant à lui, a insisté sur l'urgence d'agir : « C'est d'une importance capitale pour les gens en Afrique qui risquent non seulement de faire face à la flambée des prix alimentaires, mais aussi aux effets potentiels de la faim et à toute la misère que cela entraîne ».
Faire sortir les graines d'Ukraine « à large échelle, ce n'est possible que par mer et, pour autant que nous cessions de faire l'objet d'un chantage par Moscou, nous sommes ouverts à toute solution qui fonctionne », a-t-il ajouté.
Dans des conclusions adoptées lundi sur la réponse de l'UE à la crise alimentaire, le Conseil consigne ce message que les dirigeants européens devraient réitérer lors du sommet des 23 et 24 juin. (voir EUROPE 12973/23 et le projet de conclusions daté du 20 juin : https://aeur.eu/f/27q ).
Le Conseil y fait état de sa « profonde préoccupation quant au niveau d'insécurité alimentaire sans précédent » et réitère sa conviction que c'est l'agression russe en Ukraine, et non les sanctions européennes, qui a considérablement aggravé la crise de sécurité alimentaire préexistante, avec, à la clé, l'augmentation du risque de troubles sociaux, voire d'émeutes.
Se disant « solidaire des pays partenaires les plus affectés » - les pays les moins développés et fragiles, ceux dépendant des importations alimentaires d'Ukraine et de Russie, il insiste sur « l'urgence de fournir une réponse mondiale rapide et complète ».
Il souligne combien il importe que l'UE « fasse preuve d'une forte solidarité en apportant une réponse rapide et globale fondée sur un multilatéralisme efficace » et invite au renforcement des efforts de solidarité de l’UE envers les pays les plus vulnérables au sein de l'initiative FARM (Food and Agriculture Resilience Mission), des initiatives de l'ONU et de l'Alliance mondiale pour la sécurité alimentaire lancée par le G7.
Le Conseil appelle à une réponse solide, efficace et transparente de l'UE, ses États membres et ses institutions financières ('Team Europe') et à intensifier leurs efforts dans quatre domaines : - la solidarité par l'aide d'urgence et le soutien à l'accessibilité des denrées dans les pays vulnérables ; - la promotion de la production durable, de la résilience et de la transformation des systèmes alimentaires ; - la facilitation du commerce en aidant l'Ukraine à exporter des produits agricoles via différentes voies terrestres et les ports de l'UE et en promouvant un commerce mondial ouvert pour les denrées alimentaires et les engrais ; - un multilatéralisme effectif.
Ces quatre volets comprendront des actions à court, moyen et long terme, précise le Conseil.
La Commission européenne, le Service européen pour l'action extérieure et les États membres sont invités à renforcer leurs engagements avec les agences de l'ONU (FAO, PAM et IFAD), à développer de manière coordonnée des plans de réponse ciblés, par pays et par région, et à faire rapport régulièrement au Conseil sur la mise en œuvre de cette réponse conjointe.
Voir les conclusions du Conseil (en anglais) : https://aeur.eu/f/27f (Aminata Niang)