Le commissaire européen à l'Économie, Paolo Gentiloni, a présenté, jeudi 14 juillet, des prévisions économiques intermédiaires d’été dégradées par rapport aux prévisions de printemps, en raison principalement des conséquences de l’agression militaire russe contre l’Ukraine, qui vient exacerber une hausse des prix de l’énergie préexistante.
Les prévisions de croissance du produit intérieur brut réel de l'été pour 2022 restent inchangées : elles étaient estimées à 2,7% en 2022 dans l’Union européenne et à 2,6% en zone euro, contre 2,7% lors des prévisions du printemps (EUROPE 12953/20).
Pour 2023, le tableau est plus sombre : la Commission effectue une correction de 0,8 point de pourcentage par rapport à ses prévisions de printemps, avec une croissance attendue de 1,5% pour l’Union européenne et de 1,4% pour la zone euro. Ces prévisions étaient, dans les deux cas, de 2,3% au printemps.
La Commission européenne indique que plusieurs risques identifiés dans ses prévisions antérieures se sont matérialisés : la contraction de l’économie américaine, un ralentissement de l’économie dans plusieurs pays d'Asie, mais également des perturbations entraînées sur les chaînes d’approvisionnement par les restrictions strictes adoptées par la Chine en réponse à la Covid-19. À cela s’ajoute, en réponse à l’inflation, un resserrement de la politique monétaire hors zone euro et en zone euro décidé plus tôt que prévu.
La Commission réévalue ses prévisions d’inflation à la hausse de plus d'un point de pourcentage. Les prévisions d’inflation globale mesurées en indice harmonisé des prix à la consommation pour 2022 sont à présent de 8,3% dans l’UE et de 7,6% en zone euro (contre 6,8 et 6,1% au printemps). Pour 2023, l'inflation est estimée à 4,6% dans l’UE et 4% en zone euro (contre 3,2 et 2,7% au printemps), bien que la Commission entrevoie une atténuation en 2023 sous les 3%.
Si les goulets d’étranglement et la pression sur certains biens persistent, le principal moteur de cette inflation globale reste la hausse des prix de l’énergie, qui s’est infléchie dans les derniers mois, à l’exception des prix du gaz qui poursuivent leur hausse, en partie en raison des incertitudes qui planent sur l’approvisionnement en gaz russe. « Le risque d’une tempête est plus qu’hypothétique : il devient une possibilité, mais nous n’en sommes pas là pour le moment », a déclaré Paolo Gentiloni. La Commission prévoit que les prix de l’énergie resteront élevés à l’avenir.
L’inflation sous-jacente a atteint 4,6% en juin en glissement annuel. La contribution de la hausse des prix domestiques s’accroît alors que la pression inflationniste gagne d’autres agrégats : les prix de la nourriture, de l’alcool et du tabac et ceux des services (dont les taux d’inflation annuels restent élevés, malgré un infléchissement dans les dernières semaines). Si la Commission prévoit une hausse modérée des salaires, elle n’entrevoit pas de cercles salaires-inflation persistants.
L'institution souligne la résilience du marché du travail, même si la croissance du taux d’emploi devrait s’émousser.
Concernant les derniers développements du taux de change euro-dollar, le commissaire Gentiloni a déclaré : « l’euro a montré sa force, mais le dollar s’est renforcé plus encore ». Il a été également interrogé sur la situation politique en Italie et a conclu : « Nous sommes préoccupés et surpris ».
Ces indicateurs recouvrent de grandes disparités entre États membres, notamment en termes d’inflation, où l’hétérogénéité est marquée entre États membres de la zone euro et hors zone euro, particulièrement en Europe de l’Est et centrale.
Les pays baltes sont ceux qui devraient le plus souffrir de l’inflation en 2022, avec des taux à 17% pour la Lettonie et l’Estonie et à 15,5% pour la Lituanie. Cela s’explique par l'augmentation des coûts de l'énergie et des ruptures d'approvisionnement, car leurs sources d’approvisionnement sont moins diversifiées. Les prix des denrées alimentaires et des biens non énergétiques sont également en cause. En Lituanie, par exemple, cela pourrait être dû à une demande soutenue et la hausse des coûts de la main-d'œuvre. Six autres pays - la République tchèque, la Bulgarie, la Pologne, la Hongrie, la Roumanie et la Slovaquie - affichent une inflation à deux chiffres.
La France et Malte sont les seuls pays à réussir à garder l’inflation en dessous de 6% en 2022. La France a connu un léger ralentissement de l'inflation liée à l'énergie dû à d'importants effets de base. Malte, de son côté, a réussi à limiter les prix de l'énergie grâce aux interventions de l'État et des contrats de couverture pour l'approvisionnement en gaz. Elle n’échappe pas pour autant à la hausse des prix internationaux de l'énergie et des produits de base.
La Commission relève cependant que l’écart entre les taux d'inflation devrait se resserrer en 2023, avec une fourchette allant de 2,8% en Finlande à 9% en Pologne.
Côté croissance, on note également de gros écarts : 1,3% pour la Suède contre 6,5% pour le Portugal en 2022. M. Gentiloni a expliqué que le retour du tourisme international post-pandémie devrait en effet avoir un effet bénéfique sur l’économie du pays. Il a souligné que la pandémie de Covid-19 restait un risque pour l’économie, notamment en cas de nouvelles mesures de lutte contre la pandémie.
Avec un taux de croissance de 1,4%, l’Allemagne, par exemple, a vu ses prévisions baisser par rapport au printemps. Le pouvoir d'achat des ménages est entamé par l'inflation, tandis que les goulets d'étranglement de l'approvisionnement et l'augmentation constante du coût des intrants freinent l'industrie. Mais les écarts devraient également se resserrer en 2023.
Lien vers les prévisions : https://aeur.eu/f/2n8 (Émilie Vanderhulst avec Anne Damiani)