En raison de la forte incertitude économique provoquée par l'invasion russe de l'Ukraine, la Commission européenne a considérablement revu à la baisse, lundi 16 mai, ses prévisions de croissance tant pour la zone euro que pour l'Union européenne, celles-ci étant rabaissées de 4,0 à 2,7% du PIB pour ces deux zones géographiques en 2022 par rapport aux prévisions économiques d'hiver présentées en février avant le déclenchement de la guerre (EUROPE 12888/5).
Pour 2022, cette révision de 1,3% point de pourcentage constitue « l'une des révisions à la baisse les plus fortes de ces dernières années », a noté le commissaire européen à l'Économie, Paolo Gentiloni. Ce dernier a fait remarquer que, sur un chiffre de croissance de 2,7% du PIB, 2 points de pourcentage découlent de l'acquis de croissance de l'année passée, si bien que, si l'on fait abstraction de cet acquis, la prévision de croissance uniquement produite en 2022 a été réduite de 2,1 à 0,8%.
Comme toujours, les différences sont importantes selon les États membres. Cette année, la croissance devrait être la plus forte au Portugal (5,8%) et en Irlande (5,4%) et la plus faible en Estonie (1,0%), en Finlande et en Allemagne (1,6% chacune). Elle devrait s'établir à 4,0% en Espagne, à 3,1% en France et à 2,4% en Italie.
Pour 2023, alors que la Commission tablait sur une croissance de 2,8% du PIB en 2023 pour l'Eurozone et de 2,7% du PIB au niveau de l'UE, la production de richesse ne devrait atteindre que 2,3% dans les deux zones géographiques.
Sans surprise, la guerre en Ukraine et les conséquences économiques qui en découlent constituent le risque majeur pesant sur l'économie européenne. Ces facteurs on en effet exacerbé des tendances déjà observées en phase aiguë de la pandémie de Covid-19, parmi lesquelles une inflation record, surtout causée par la flambée des prix des matières premières, des problèmes d'approvisionnement, une réévaluation des valorisations d'actifs sur les marchés financiers, un impact négatif sur le moral des entreprises et des particuliers.
Parmi les facteurs stimulant le rebond économique observé lors de la levée progressive des mesures sanitaires en 2021, la Commission mentionne la robustesse du marché du travail (chômage à 7,3 et 6,7% respectivement dans la zone euro et l'UE en 2022), la consommation des ménages, le maintien de conditions de financement favorables et le déploiement du Plan de relance européen Next Generation EU.
Contrairement aux prévisions de croissance, celles en matière d'inflation pour 2022 ont été sensiblement revues à la hausse, passant de 3,5% en février à 6,1% avant de retomber à 2,7% en 2023. D'après M. Gentiloni, la hausse des prix sur une base annuelle devrait atteindre son pic au deuxième trimestre cette année, à hauteur de 6,9%, avant de diminuer progressivement au deuxième semestre, selon une trajectoire reflétant celle des prix énergétiques.
Stagflation ? Interrogé par EUROPE sur l'existence d'un risque de stagflation, M. Gentiloni ne l'a pas totalement écarté, même si, à ce stade, ce n'est pas le scénario le plus probable.
« Nous avons un niveau d'inflation très élevé et l'une des révisions les plus fortes à la baisse pour la croissance parmi nos prévisions saisonnières. Mais, jusqu'à présent, cela n'entraîne pas une croissance en territoire négatif. Bien sûr, c'est possible, si le scénario négatif se matérialise, mais ce n'est pas notre prévision de base », a-t-il indiqué.
À côté de son scénario de base, les services de la Commission ont également modélisé un scénario prévoyant des prix énergétiques encore plus élevés ainsi qu'une coupure des livraisons de gaz russe à l'UE. D'après ce scénario alternatif, le taux de croissance moyen du PIB serait revu à la baisse de 2,5 points de pourcentage en 2022 et d'un point de pourcentage en 2023 par rapport au scénario de base retenu, tandis que l'inflation serait revue à la hausse de 3 points en 2022 et de plus d'un point en 2023. Et, d'après M. Gentiloni, la richesse produite uniquement en 2022 entrerait cette fois en territoire négatif.
Consolidation des finances publiques. En matière de consolidation des finances publiques, la Commission s'attend à ce que les déficits publics et la dette publique continuent de diminuer, les États membres étant en train de supprimer progressivement les mesures d'urgence en place durant la phase aiguë de la pandémie.
Ainsi, au niveau de la zone euro, le déficit moyen devrait diminuer de -5,1% du PIB en 2021 à -3,7% en 2022 et à -2,5% en 2023. Au niveau de l'UE, la trajectoire moyenne serait la suivante : -4,7% du PIB en 2021, -3,6% en 2022 et -2,5% en 2023.
Là encore, des différences importantes seront observées selon les États membres. Le déficit public sera le plus élevé en Roumanie (-7,5%) et en Lettonie (-7,2%) et le plus bas au Luxembourg (-0,1%) et à Chypre (-0,3%). Le déficit public atteindra -2,5% en Allemagne, -4,6% en France, -4,9% en Espagne et -5,5% en Italie.
Concernant la dette publique, le ratio moyen de la dette par rapport au PIB poursuivra sa décrue, passant de 97,4% en 2021 à 94,7% en 2022 puis à 92,7% en 2023 dans l'Eurozone et de 89,7% en 2021 à 87,1% en 2022 puis à 85,2% dans l'UE sur la même période.
Par rapport au PIB national, les six pays qui enregistreront en 2022 un endettement public supérieur à 100% sont : la Grèce (185,7%), l'Italie (147,9%), le Portugal (119,9%), l'Espagne (115,1%), la France (111,2%) et la Belgique (107,%).
Voir les prévisions économiques de printemps : https://aeur.eu/f/1nl (Mathieu Bion)