Le Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, a estimé, lundi 16 mai, que l’absence d’accord entre les Vingt-sept pour ouvrir officiellement les négociations d’adhésion avec la Macédoine du Nord et l’Albanie était un « cadeau fait à la Russie ».
Un différend entre la Bulgarie et la Macédoine du Nord bloque une décision positive pour Skopje, et par ricochet pour Tirana.
« Il est clair que nous devons lancer les négociations avec les deux pays immédiatement. J'espère que cela se fera pendant la Présidence française du Conseil de l’UE. Ce retard est insoutenable », a-t-il expliqué à l’issue du Conseil 'Affaires étrangères', estimant que la situation nuisait à ces deux pays et à l’UE en termes de crédibilité et de perspective politique. Selon lui, il y aura une « grave crise dans les relations », s’il n’y a pas d’accord avant la fin juin.
M. Borrell a expliqué que les relations entre la Macédoine du Nord et la Bulgarie avaient été largement abordées pendant la discussion à Vingt-sept et avec les ministres des Balkans. Leur différend « doit être surmonté », a souligné le Haut Représentant.
De nombreux ministres ont apporté leur soutien à la Macédoine du Nord et à l’Albanie. « Cette décision aurait dû être prise depuis longtemps (it is long time overdue). Je ne vois pas de raison de la repousser encore davantage », a expliqué le ministre slovaque, Ivan Korčok, estimant qu’il était d’autant plus important de le faire qu’il y a des « concurrents (competitors) » dans la région. Selon son homologue croate, Gordan Grlić-Radman, un soutien clair à l’adhésion des Balkans permettrait de détendre l’atmosphère et d’empêcher l’influence et l’effet domino des pays tiers.
Pour le Lituanien Gabrielius Landsbergis, « aucun pays ne devrait pouvoir mettre un veto à une telle décision stratégique ».
Le ministre hongrois a été encore plus loin. Selon Péter Szijjártó, si l’UE ne peut pas accélérer le processus d'élargissement, « nous serons à la porte d'un échec historique ». « L'attitude de supériorité de Bruxelles doit être abandonnée, sinon nous subirons un échec similaire à celui de la perte du Royaume-Uni », a-t-il prévenu, expliquant que l’UE avait désormais bien plus besoin des Balkans occidentaux que les pays des Balkans occidentaux n’ont besoin d’elle.
Par ailleurs, de nombreux ministres ont appelé à la libéralisation des visas pour le Kosovo. M. Borrell a également rappelé qu’il fallait un engagement et des progrès rapides dans la normalisation des relations entre le Kosovo et la Serbie, ajoutant qu’il fallait créer de la confiance. Il a espéré pouvoir tenir un dialogue à haut niveau d’ici l’été. L’UE a en outre réitéré sa position concernant l’intégrité territoriale de la Bosnie-Herzégovine.
La neutralité est un faux concept, selon M. Borrell
Au-delà de la question de l’élargissement, les ministres se sont penchés sur l’impact de la guerre en Ukraine sur la région des Balkans occidentaux.
Les Vingt-sept ont salué l’alignement de certains de leurs partenaires sur les sanctions européennes à l’encontre de la Russie et appelé les autres à le faire. La Macédoine du Nord, l’Albanie et le Monténégro sont totalement alignés, quand la Bosnie-Herzégovine et le Kosovo en ont adopté certaines et que la Serbie n’a pas adopté de sanctions, bien qu’elle ait, comme ses voisins, condamné à l’ONU l’agression russe.
« Pour moi et de nombreux collègues, il est clair que maintenir des relations étroites avec Poutine n’est pas compatible avec la construction d'un avenir commun avec l'UE. Être neutre aujourd'hui, par rapport à la guerre en Ukraine, est un faux concept », a prévenu M. Borrell. (Camille-Cerise Gessant)