Comme attendu, les ministres des Affaires étrangères de l’UE n’ont pas été en mesure, lundi 16 mai, de s’accorder sur le sixième paquet de sanctions, qui comprend, entre autres, un embargo sur le pétrole russe.
« Il n’a pas été possible d’avoir un accord, mais cela n’était même pas à l’agenda, car on savait que cela ne serait pas possible », a résumé le Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, à l’issue du Conseil. Il a précisé que les discussions allaient se poursuivre au niveau des ambassadeurs des États membres auprès de l’UE.
Le Haut Représentant a également prévenu que l’UE continuerait à imposer des sanctions pour que l’invasion de l'Ukraine ait un « coût insoutenable pour le Kremlin ».
La Hongrie, fortement dépendante du pétrole russe, empêche toujours un accord. Selon M. Borrell, lors de la réunion, le ministre hongrois, Péter Szijjártó, a expliqué la situation en termes économiques et non politiques, précisant qu’il s’agissait d’une question de temps et de coûts pour l’adaptation du système hongrois. Devant les médias, M. Szijjártó a précisé qu'il coûterait à son pays de 15 à 18 milliards d'euros pour moderniser son infrastructure énergétique afin de se détacher du pétrole russe.
Le blocage hongrois a été ouvertement critiqué par le Lituanien Gabrielius Landsbergis. « Nous sommes tous otages d’un État membre qui ne veut pas nous aider à trouver un consensus », a-t-il dénoncé. Selon le ministre, une solution pour régler la question des sanctions pourrait être d’aider l’Ukraine à se découpler du gaz et du pétrole russes, car la Hongrie bénéficie de l’énergie russe via l’Ukraine. « Si le trafic est coupé depuis l’Ukraine, la question des sanctions sera réglée », a-t-il ajouté.
« Nous devons envoyer un signal clair à Moscou que le coût pour continuer la guerre va continuer à augmenter. Plus vite l’UE pourra adopter le 6e paquet, mieux ce sera », a souligné le ministre irlandais, Simon Coveney, tout en reconnaissant que, pour certains pays, la décision était plus difficile à prendre.
D’autres ministres se sont montrés plus conciliants, à l’instar de l’Espagnol José Manuel Albares Bueno, qui a reconnu qu’il fallait trouver un équilibre entre supprimer ce qui peut financer la guerre et ce qui peut déstabiliser les États membres européens dépendants de l’énergie russe.
Invité à participer à une discussion avec ses homologues de l’UE, le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Dmytro Kuleba, a plaidé pour l’adoption du paquet de sanctions, rappelant que chaque jour, l’UE donnait des millions d’euros pour l’énergie russe et que cela finançait la guerre. « L’UE paie deux fois : d’abord en soutenant l’Ukraine et ensuite en payant la Russie et en payant ensuite pour les destructions des armes russes. Ce n’est pas comme cela que ça devrait fonctionner. Sanctionner le gaz et le pétrole russes est dans le meilleur intérêt de l’Europe, pas seulement de l’Ukraine », a-t-il justifié. Il a estimé qu’une fois le 6e paquet adopté, le 7e devrait « tuer les exportations russes (kill Russian exports) ».
Soutien militaire supplémentaire
Les ministres européens ont en outre rappelé le soutien de l’UE à l’Ukraine, que ce soit en termes humanitaire, financier ou militaire. Ils ont ainsi donné leur accord pour le déboursement d’une nouvelle assistance de 500 millions d’euros issus de la Facilité européenne pour la paix. « Nous avons maintenant atteint 2 milliards d’euros », s’est réjoui M. Borrell, qui a rappelé qu’il s’agissait « du sommet de l’iceberg », ajoutant que les États membres faisaient beaucoup individuellement.
Les ministres et leur homologue ukrainien ont également discuté de la sécurité alimentaire, M. Kuleba expliquant qu’il y avait un soutien important pour trouver des routes alternatives pour que les produits alimentaires ukrainiens puissent atteindre les marchés mondiaux. « La tâche n’est pas facile, c’est extrêmement compliqué, mais nous travaillons dessus », a-t-il précisé.
« Nous devons aider l’Ukraine à continuer à produire et à exporter des semences », a expliqué M. Borrell, précisant qu’il fallait pouvoir vider les silos pour les remplir à nouveau avec la prochaine récolte.
Le ministre roumain, Bogdan Aurescu, a ainsi expliqué que son pays soutenait l’économie ukrainienne en faisant transiter des semences ukrainiennes et d’autres produits ukrainiens via ses ports. « Plus de 120 000 tonnes de semences d’Ukraine sont parties du port de Constanța vers d’autres destinations », a-t-il ainsi expliqué, ajoutant qu’il était très important de lutter contre une crise alimentaire.
Soutien au statut de candidat
Plusieurs ministres ont également publiquement plaidé pour l’obtention du statut de candidat pour l’Ukraine au plus vite. « Politiquement, il n’y a aucun obstacle », a estimé le Slovaque Ivan Korčok.
M. Kuleba a expliqué que, lors de sa rencontre avec ses homologues, aucun pays ne s’était ouvertement opposé au statut de candidat pour son pays. « Il n’y a pas un seul argument en faveur du fait que cela ne se produise pas », a-t-il ajouté, rappelant qu’il n’y avait jamais eu un soutien aussi fort, que ce soit en Ukraine ou dans les États membres, des opinions publiques concernant l’intégration de l’Ukraine.
L’OTAN et le G7 réaffirment leur soutien envers Kiev
La veille, à l’issue de la réunion informelle des ministres des Affaires étrangères des pays membres de l’OTAN, le secrétaire général, Jens Stoltenberg, a rappelé le soutien des Alliés à l’Ukraine. « Nous devons continuer à intensifier et à maintenir notre soutien militaire à l'Ukraine et nous appuyer sur les travaux du Groupe de soutien à l'Ukraine, qui s'est récemment réuni à Ramstein », a-t-il expliqué. « Nous sommes d'accord en ce qui concerne nos efforts nationaux, nous ne devons pas nous lasser de ces efforts et nous ne les relâcherons pas. L'Ukraine a besoin de ce soutien pour pouvoir se défendre », a ajouté la ministre allemande, Annalena Baerbock.
Selon M. Stoltenberg, « l’Ukraine peut gagner la guerre ». Il a rappelé que celle-ci ne se déroulait pas comme Moscou l'avait prévu. « Les Russes n'ont pas réussi à prendre Kiev. Ils se retirent des environs de Kharkiv, leur offensive majeure dans le Donbass est au point mort. La Russie n'atteint pas ses objectifs stratégiques », a expliqué M. Stoltenberg.
Samedi, les ministres des Affaires étrangères du G7 avaient eux aussi rappelé leur soutien à l’Ukraine, dans une déclaration, promettant de poursuivre un soutien financier et économique substantiel pour renforcer la résilience de son économie et réaffirmant leur engagement à soutenir la reconstruction du pays. « Nous poursuivrons notre assistance militaire et de défense à l'Ukraine aussi longtemps que nécessaire », ont-ils aussi prévenu.
Alors que les marchés mondiaux souffrent de la guerre, le G7 s’est dit déterminé à apporter des ressources supplémentaires et à soutenir tous les efforts pertinents visant à garantir la disponibilité et l'accessibilité des denrées alimentaires, de l'énergie et des ressources financières ainsi que des produits de base pour tous. Il a aussi appelé la Russie à cesser immédiatement ses attaques contre les principales infrastructures de transport en Ukraine, y compris les ports, afin qu'elles puissent être utilisées pour l'exportation des produits agricoles ukrainiens.
Les ministres ont aussi réaffirmé leur détermination à accroître encore la pression économique et politique sur la Russie, encourageant les autres pays à les suivre. Ils ont aussi promis d’accélérer leurs efforts pour réduire et mettre fin le plus rapidement possible à la dépendance à l'égard des approvisionnements énergétiques russes.
Par ailleurs, ils ont prévenu qu’ils ne reconnaîtraient jamais les frontières que la Russie a tenté de modifier par une agression militaire.
Enfin, condamnant dans les termes les plus forts les attaques contre les civils, le G7 a expliqué qu’il continuerait à soutenir les enquêtes en cours sur les violations du droit international. « Nous nous engageons à fournir un soutien aux enquêtes, une expertise technique, un financement et d'autres formes d'assistance afin d'assurer la responsabilisation des personnes qui se sont rendues coupables des atrocités et des crimes commis », ont prévenu les ministres.
Voir la déclaration du G7 : https://aeur.eu/f/1nu (Camille-Cerise Gessant)