De belles promesses, mais toujours pas de progrès concrets. À l’issue de la rencontre des dirigeants européens et des Balkans occidentaux, jeudi 23 juin à Bruxelles, c’est la déception qui prévalait, côté balkanique.
La réunion, qui a duré près de 4 heures, n’a rien apporté de concret, mais a permis, selon une source européenne, d’examiner les défis de la situation géostratégique actuelle et les moyens de renforcer davantage les relations entre l'Union européenne et les pays des Balkans occidentaux.
La réunion a permis de réassurer d'une perspective européenne ces pays, de montrer qu'il y avait une famille européenne et, sur le plan politique, de montrer que le processus non seulement allait se poursuivre, mais que les Européens allaient essayer de le dynamiser, de dynamiser les réformes, de dynamiser les négociations, a ajouté un autre diplomate européen. La rencontre a aussi été l’occasion pour le président français, Emmanuel Macron, de présenter son idée de Communauté politique européenne (EUROPE 12972/9). Cette discussion s'est poursuivie, à vingt-sept, jeudi, lors du dîner du Conseil européen.
« Il n'y aura pas de grande et forte Europe sans les Balkans Occidentaux », a prévenu le Premier ministre polonais, Mateusz Morawiecki.
Ainsi, si les Vingt-sept ont souligné, dans leurs conclusions, l’engagement « total et sans équivoque » en faveur de la perspective d’adhésion des Balkans occidentaux à l’UE et demandé l’accélération du processus d’adhésion, le Premier ministre macédonien, Dimitar Kovačevski, et le Premier ministre albanais, Edi Rama, et, dans une moindre mesure, le président serbe, Aleksandar Vučić, n’ont pas caché leur mécontentement devant la presse.
« La journée a été marquée par la déception que de nombreux pays des Balkans occidentaux ont exprimée à l'égard des attentes européennes », a reconnu le chef du gouvernement portugais, António Costa.
Les dirigeants européens – président du Conseil européen, présidente de la Commission européenne et président français – ont, eux, annulé leurs interventions devant les médias à l’issue de la réunion. Officiellement, pour manque de temps. « Ils ont été très intelligents de l'annuler. Cela démontre qu'ils se sentent vraiment très mal face à ce qui se passe », a estimé M. Rama.
« Il n’y a pas eu de résultats concrets, mais il y a eu une bonne discussion. Il ne faut jamais sous-estimer cela », a souligné M. Vučić, tout en rappelant que la Macédoine du Nord et l’Albanie n’avaient pas obtenu l’ouverture des négociations d’adhésion à l'UE, que « Pristina » n’avait pas eu la libéralisation des visas et que la Bosnie-Herzégovine ne s’était pas vu octroyer le statut de pays candidat à l’adhésion.
Si Sarajevo n’a pas obtenu ce statut, le Conseil européen a prévenu, dans ses conclusions, qu’il était prêt à l'accorder dans un futur proche. Il a invité la Commission à faire rapport, « sans délai » au Conseil de l'UE, sur la mise en œuvre des 14 priorités clés énoncées dans son avis, « en accordant une attention particulière à celles qui constituent un ensemble substantiel de réformes afin que le Conseil européen puisse reprendre sa décision sur la question ».
Le Premier ministre croate, Andrej Plenković, a mis en avant la mise en œuvre urgente de la réforme électorale et constitutionnelle. Le paquet 'Élargissement' de la Commission est attendu pour mi-octobre. Si les conditions sont réunies, les dirigeants européens pourraient valider en décembre l'octroi du statut de pays candidat à la Bosnie-Herzégovine, d'après une source européenne.
Un coupable : la Bulgarie
« C’est un jour historique, mais dans le mauvais sens », a ajouté M. Rama. Il a dit ressentir une « grande tristesse », de la peine et de la « frustration » pour l’UE, « incapable de libérer deux otages de la Bulgarie ». « La Bulgarie est une honte (disgrace), un pays de l’OTAN qui en kidnappe deux autres », a-t-il expliqué pour dénoncer l’attitude de Sofia envers Skopje et, par ricochet, aussi envers Tirana. Tirana attend depuis 8 ans d’ouvrir ses négociations et Skopje depuis 17 ans.
Selon le Premier ministre albanais, tous les États membres ont souligné leur soutien pour l’ouverture des négociations d'adhésion. Dans leurs conclusions, les dirigeants européens ont en effet appelé à une « résolution rapide des dernières questions en suspens afin que les négociations d'adhésion puissent être ouvertes sans délai ».
Le Parlement bulgare doit s’exprimer, ce vendredi, sur le soutien ou non à une proposition de compromis de la Présidence française du Conseil de l'UE pour résoudre le conflit entre la Macédoine du Nord et la Bulgarie. « Si demain les députés prennent la décision d'aller de l'avant, le gouvernement pourra l'entériner relativement rapidement », a affirmé le Premier ministre bulgare, Kiril Petkov.
« Nous espérons que cela pourra contribuer à libérer la solution », a souligné le président du Conseil européen, Charles Michel. M. Macron a ajouté que, « si cela se passait bien », les ambassadeurs des États membres de l’UE se réuniraient la semaine prochaine afin de donner leur accord à l’ouverture des négociations d’adhésion.
Cependant, le Premier ministre macédonien s'est opposé au compromis négocié par la France. « La proposition, sous cette forme, est actuellement inacceptable », a-t-il prévenu. Et d’ajouter que « personne ne peut imposer une solution sans notre consentement. Nous avons tout fait, maintenant l'UE doit bouger ».
« Les (…) vingt-sept pays qui ont rejoint l'Union l'ont tous fièrement rejointe dans toute leur diversité et dans le plein respect de leurs propres différences culturelles, linguistiques et historiques et de celles des autres. Rien de tout cela n'était problématique sur la voie européenne. C'est ce que nous voulons, ni plus ni moins », a souligné M. Kovačevski.
De nombreux États membres ont pris à partie le président serbe pour sa proximité avec la Russie. La Serbie, qui a condamné l’agression russe en Ukraine, ne s’est pas alignée sur les sanctions de l’UE, contrairement à ses voisins. « L’expérience a été moins plaisante pour moi » que pour les dirigeants macédoniens et albanais, a reconnu M. Vučić.
Voir les conclusions du Conseil européen: https://aeur.eu/f/2ad (Camille-Cerise Gessant, avec Mathieu Bion, Lionel Changeur et Thomas Mangin)