Les ministres des Finances de la zone euro se pencheront sur la situation macroéconomique, jeudi 16 juin à Luxembourg. Ils accueilleront favorablement l'adhésion de la Croatie début 2023, mais, contrairement à l'objectif initialement affiché, n'arrêteront pas un programme de travail complet visant à parachever l'union bancaire en zone euro.
MES. En tant que membres du conseil d'administration du Mécanisme européen de stabilité (MES), les dix-neuf ministres tenteront de trouver un accord sur le successeur de Klaus Regling à la tête du fonds de sauvetage permanent de la zone euro.
Le président de l'Eurogroupe, Paschal Donohoe, poursuit ses consultations avec les Dix-neuf en vue de trouver un accord sur la personnalité qui remplacera M. Regling à la tête du MES, début octobre (EUROPE 12959/11).
Fin mai, trois personnalités - l'Italien Marco Buti, le Luxembourgeois Pierre Gramegna et le Portugais João Leão - étaient encore en lice. M. Buti était arrivé troisième lors du second vote informel qui s'était tenu lors de la réunion de l'Eurogroupe. Pour être nommé, un candidat doit recueillir plus de 80% des votes au sein du conseil d'administration du MES, chaque pays de la zone euro détenant un vote pondéré en fonction de sa part au capital du fonds de sauvetage.
« Si plus de temps est nécessaire, on le prendra », a dit une source européenne mardi 14 juin.
Inflation et taux d'intérêt. Les ministres seront informés de la récente décision de la BCE de faire remonter par étape ses principaux taux directeurs courant 2022, en commençant jeudi 21 juillet (EUROPE 12968/1), afin de contrer les records d'inflation gonflés par les prix de l'énergie, qui ont explosé avec l'invasion russe de l'Ukraine.
« Il s'agit d'un tournant dans la politique monétaire » qui aura des répercussions sur la politique budgétaire des États membres, a commenté cette source.
L'Eurogroupe ne devrait toutefois pas aborder - officiellement du moins - la récente remontée des taux d'intérêt des titres souverains à long terme des pays de la zone euro, tendance de marché que les annonces de la BCE ont alimentée. Le taux d'intérêt de l'obligation italienne à 10 ans dépasse désormais 4% et l'écart avec le taux sur le Bund allemand s'accroît.
Selon cette source, la zone euro est « très bien préparée pour affronter les vents contraires » et « maintenir de bonnes conditions d'accès au marché ».
D'autres experts expliquent également que, les taux demeurant inférieurs à ceux d'il y a 10 ans lors de la crise de la dette souveraine, à chaque fois que l'Italie refinance des titres à long terme arrivant à échéance, elle fait des économies en termes de besoins de financement et, donc, améliore sa capacité de gestion de sa dette publique.
Croatie. Au chapitre des bonnes nouvelles, l'Eurogroupe donnera son aval politique à l'entrée de la Croatie dans la zone euro à partir de janvier 2023. Il basera sa décision sur les appréciations positives de la BCE et de la Commission européenne présentées début juin (EUROPE 12963/1).
Après discussion rapide au Conseil européen de juin, la procédure législative autorisant la Croatie à devenir le vingtième pays de la zone euro sera finalisée lors du Conseil Écofin de mardi 12 juillet, au cours duquel le taux définitif de conversion du kuna vers l'euro sera arrêté.
Union bancaire. Jeudi, en format inclusif, l'Eurogroupe ne s'accordera pas sur un programme de travail complet visant à parachever l'union bancaire d'ici à 2030 (EUROPE 12959/12).
« Malheureusement, il s'est avéré que, malgré tous les efforts entrepris, les conditions pour adopter un programme de travail détaillé ne sont pas réunies », a confirmé cette source, faisant valoir le caractère politiquement sensible de ce dossier.
Les ministres tenteront de fixer des orientations à la Commission sur des réformes législatives encadrant la gestion des crises bancaires (directive 'BRRD') et les régimes nationaux de garanties des dépôts. Ces réformes pourraient être adoptées avant la fin de la législature actuelle. En cas de succès, les ministres adopteront une déclaration spécifique jeudi.
Un accord partiel permettrait tout de même d'avancer sur « un agenda large » qui facilitera la gestion des défaillances bancaires dans la zone euro et pourrait « simplifier les prochaines étapes » du parachèvement de l'union bancaire, a ajouté cette source. Elle n'a pas souhaité préciser les principaux points d'achoppement ayant empêché l'accord sur un programme de travail détaillé.
Il semblerait que les positions traditionnelles des pays, comme l'Allemagne, prônant d'abord une réduction des risques financiers (traitement des prêts non performants et de l'exposition au risque souverain), et celles de pays comme l'Italie, préconisant un partage des risques (système européen de garantie des dépôts), n'aient finalement guère évolué. Les circonstances actuelles, marquées par la réponse européenne à l'invasion russe et une situation macroéconomique incertaine, n'étaient pas propices à un accord.
Grèce. Enfin, l'Eurogroupe devrait également accueillir favorablement les conclusions du 14e rapport de la Commission européenne sur la surveillance post-programme de sauvetage de la Grèce (EUROPE 12958/2).
Athènes sortira ainsi, fin août, du processus de surveillance macrobudgétaire rapprochée qui lui avait été imposé en août 2018, à la fin de son troisième plan de sauvetage.
Les ministres devraient aussi approuver l'octroi d'une avant-dernière tranche d'aide de 748 millions d'euros qui permettra à la Grèce d'alléger le poids de sa dette souveraine. (Mathieu Bion)