Tout comme le Président serbe, Alexandar Vučić, la veille, le Premier ministre albanais, Edi Rama, a soutenu, vendredi 20 mai, la proposition du président français, Emmanuel Macron, reprise par le Président du Conseil européen, Charles Michel, d’une Communauté politique européenne (EUROPE 12955/24).
« Il faut surmonter cette phase où tous les rapports passent à travers le processus d’adhésion (à l'Union européenne, NDLR), les chapitres de négociations, et faire un pas en avant pour rapprocher politiquement beaucoup plus les Balkans occidentaux », a expliqué M. Rama lors d'une conférence de presse avec M. Michel à Tirana.
Il a estimé que cette communauté serait une intégration politique immédiate, avec la participation des pays des Balkans dans les processus de décision sur la sécurité ou pour faire face aux crises « afin de cohabiter en tant qu’une seule communauté ». Selon lui, la mise en place de cette communauté permettrait aussi de mettre fin aux paranoïas selon lesquelles l’UE tient les Balkans occidentaux à distance.
Cette communauté « peut accélérer la pleine intégration à l’UE », avait estimé M. Vučić jeudi lors d’une conférence de presse avec M. Michel à Belgrade, s’opposant ainsi aux voix qui s’inquiètent que cette communauté remplace le processus d’élargissement. « Se voir deux fois par an (…), assister à de grands sommets, c’est un énorme changement et une chose importante », a-t-il estimé.
En attendant cette communauté, un sommet réunissant les dirigeants de l’UE et des pays des Balkans se tiendra le 23 juin à Bruxelles. « Nous voulons renforcer notre dialogue et approfondir notre coopération pour la paix, la stabilité et la sécurité », a expliqué M. Michel.
Serbie. Devant les médias, jeudi, M. Vučić a rappelé que « l’engagement de la Serbie est d’être sur la voie européenne et son objectif est de devenir membre de l’UE ». Pour lui, il s’agit d’une « question de raison ».
Le président serbe a, par exemple, rappelé qu’en 2021, les échanges commerciaux et de service entre l’UE et la Serbie avaient représenté 37 milliards d’euros et que cela devrait être encore plus important cette année. « Le premier investisseur en Serbie est l’UE », a-t-il rappelé.
M. Michel, quant à lui, a réaffirmé le plein engagement de l’UE à l’adhésion de la Serbie.
M. Vučić a aussi promis de faire de son mieux pour protéger la paix et la stabilité dans la région et a souligné son engagement dans le dialogue avec Pristina.
Il a également rappelé la situation énergétique compliquée de son pays. M. Michel a rappelé que l'interconnexion gazière Serbie-Bulgarie, opérationnelle depuis janvier, contribuerait à diversifier l'approvisionnement en gaz de la Serbie et que les Balkans occidentaux avaient été invités à rejoindre sa nouvelle plateforme commune d'approvisionnement en gaz, hydrogène et GNL.
Albanie. Vendredi, M. Rama a une nouvelle fois plaidé pour l’ouverture des négociations d’adhésion à l'UE de son pays. Celles-ci sont bloquées en raison d’un différend entre la Macédoine du Nord et la Bulgarie.
« Nous ne demandons pas à être séparés de la Macédoine du Nord tant qu’il y a des possibilités pour que la Bulgarie ouvre la voie », a expliqué le Premier ministre. Néanmoins, a-t-il ajouté, s’il n’y a pas de décision d’ici fin juin, son pays demandera que le processus soit découplé.
« L'Albanie a rempli toutes les conditions pour l'ouverture des négociations d'adhésion. Les pourparlers d'adhésion doivent commencer dès que possible », a souligné M. Michel. Espérant que la question sera réglée d’ici fin juin, il a jugé que, si ce n’était pas le cas, il faudrait réévaluer la situation.
Le président du Conseil européen a aussi rappelé que l'UE restait le premier partenaire commercial de l'Albanie et son principal fournisseur d'aide financière. (Camille-Cerise Gessant)