Dans le cadre de son vaste plan pour sortir l’Union européenne de sa dépendance à l'égard des combustibles fossiles russes (‘REPowerEU’), la Commission européenne a présenté, mercredi 18 mai, une communication visant à redéfinir la politique extérieure de l’UE en matière d’énergie, en accordant à l’hydrogène une place de choix dans la nouvelle stratégie.
Plus de dix ans après l’adoption de la précédente stratégie énergétique extérieure de l’Union, la Commission estime qu’une mise à jour s’impose afin de prendre en compte les évolutions du monde, en particulier l’invasion russe de l’Ukraine.
« Le changement climatique, les bouleversements géopolitiques, les évolutions technologiques et l’augmentation de la demande mondiale d’énergie créent un environnement difficile et en rapide mutation, qui exige l’adaptation de nos systèmes et relations énergétiques », souligne ainsi la communication.
Afin de sortir du gaz russe, l'UE souhaite notamment diversifier son approvisionnement en gaz et en gaz naturel liquéfié (GNL) en négociant des engagements politiques avec les fournisseurs existants ou nouveaux tels que l’Algérie, l’Azerbaïdjan ou encore l’Égypte et Israël (la Commission souhaite conclure un accord trilatéral avec ces deux pays avant l’été pour approvisionner l’UE en GNL).
L’objectif consiste à trouver des alternatives gazières à la part des livraisons russes qui n’aura pas pu être remplacée par des énergies renouvelables, des sources d’énergie à faible teneur en carbone, l’efficacité énergétique et les économies d’énergie.
La Commission estime ses besoins en livraisons de gaz non russe à environ 10 milliards de m3 pour le gaz transitant par gazoducs et 50 milliards de m3 pour le GNL (EUROPE 12956/2).
Si cette diversification et les évolutions du monde non liées à la guerre en Ukraine représentent des défis, elles s’accompagnent également de « nouvelles opportunités pour produire de l’énergie », notamment en matière d’hydrogène. Un domaine qui, selon la Commission, s’imposera dans les relations internationales : « Alors que le commerce des produits énergétiques conventionnels diminuera progressivement, de nouveaux produits, tels que l’hydrogène et l’ammoniac, commenceront à faire l’objet d’échanges internationaux et la demande de technologies à faibles émissions augmentera ».
Dans le cadre de ses efforts pour diversifier l’approvisionnement gazier de l’UE, la Commission souhaite par conséquent encourager des partenariats énergétiques « associant la coopération gazière à une coopération énergétique à long terme sur l’hydrogène, les gaz renouvelables (y compris le biométhane) et d’autres sources d’énergie verte afin d’éviter les actifs échoués et d’assurer la transition verte ».
La communication comporte en outre une section entière traitant de la manière de « préparer l’UE au commerce de l’hydrogène renouvelable ».
L’objectif affiché est ambitieux : importer environ 10 millions de tonnes d’hydrogène renouvelable d’ici 2030 afin d’atteindre 20 millions de tonnes d’hydrogène renouvelable au niveau de l’UE (10 millions de tonnes importées + 10 millions de tonnes issues de la production domestique), ce qui représente 15 millions de tonnes supplémentaires par rapport à ce qui était prévu dans le paquet législatif ‘Fit for 55’ (5,6 millions de tonnes).
Pour parvenir à cet objectif, la Commission envisage notamment : - d’établir trois grands corridors d’importation à partir de la région de la mer du Nord (Norvège et Royaume-Uni), du sud de la Méditerranée et de l’Ukraine ; - de développer un partenariat méditerranéen pour l’hydrogène renouvelable entre l’UE et les pays du sud de la Méditerranée, première étape d’une coopération plus large en matière d’hydrogène renouvelable entre l’Europe, l’Afrique et le Golfe ; - de signer un protocole de coopération sur l’hydrogène avec le Japon d’ici fin 2022 ; - de développer une « facilité européenne globale pour l’hydrogène » afin de donner un coup de fouet au marché mondial de l’hydrogène renouvelable.
Un objectif irréaliste ?
Ces ambitions en matière d’hydrogène font néanmoins l’objet de critiques.
Dans un rapport publié en collaboration avec le centre de réflexion Transnational Institute (tni), l’ONG Corporate Europe Observatory (CEO) dénonce un objectif « irréaliste » tant du point de vue des coûts que sur le plan énergétique, qui « endommagera l’Afrique du Nord » en détournant l’électricité renouvelable des besoins et objectifs climatiques locaux.
Ce rapport, axé sur l’Algérie, le Maroc et l’Égypte, estime que les coûts de production rendront l’hydrogène renouvelable jusqu’à 11 fois plus cher que le gaz naturel, et ce avant même la prise en compte des coûts de transport.
CEO appelle par conséquent la Commission à revoir ses objectifs d’importation d’hydrogène et à se concentrer davantage sur l’augmentation des investissements dans l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables.
Rejoignant l’ONG sur ce dernier point, Maria Pastukhova, conseillère politique au centre de réflexion E3G, a déploré l’accent mis sur « la sécurisation de nouveaux approvisionnements en gaz et en pétrole » ainsi que le manque de « nouveaux instruments pour forger des partenariats stratégiques sur les énergies propres et les chaînes d’approvisionnement ».
Voir la communication : https://aeur.eu/f/1r7
Voir le rapport de CEO et tni : https://aeur.eu/f/1rb (Damien Genicot)