Les ministres européens du Développement, réunis à Bruxelles au lendemain du G7 'Développement' de Berlin, ont débattu, vendredi 20 mai, de la crise alimentaire mondiale qui se profile dans le contexte de la guerre en Ukraine - avec des conséquences particulièrement graves dans les pays pauvres vulnérables - et de la crise mondiale des réfugiés et déplacés.
Selon le Haut Représentant de l'UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, qui a présidé la session du Conseil 'Affaires étrangères/Développement', ils ont insisté sur l'importance d'une coordination entre les États membres, la Commission, les institutions financières nationales et de l'UE, selon une approche 'Team Europe' dans le cadre d'une réponse mondiale coordonnée.
« La flambée considérable des prix des denrées alimentaires et des engrais menace l'approvisionnement alimentaire de millions de personnes dans de nombreuses parties du monde et la Russie en est le principal responsable », a déclaré M. Borrell à l'issue de la session qu'il a présidée.
La veille, au Conseil de sécurité des Nations unies, le Secrétaire d'État américain, Antony Blinken, avait tenu un langage analogue, accusant la Russie « d'utiliser la faim comme arme de guerre », ce que réfute le Kremlin.
Le nombre de personnes menacées de famine pourrait passer de 276 millions à au moins 323 millions dans le monde, selon le programme alimentaire mondial (PAM).
Évoquant notamment la famine dans la Corne de l'Afrique, M. Borrell a souligné la nécessité de mobiliser davantage d'argent pour combattre l'insécurité alimentaire « par les contributions des États membres surtout », les ressources du budget de l'UE pouvant être uniquement réorientées. Cette réorientation sera faite pour l'Afrique, pour faire de la nourriture à suffisance une priorité, mais sans rogner sur les montants qui sont alloués au continent, a-t-il assuré.
En marge de la réunion du Conseil, le secrétaire d'État allemand, Jochen Flasbarth, a indiqué à la presse avoir plaidé pour que le maximum d'États membres se rallient à l'Alliance mondiale pour la sécurité alimentaire, lancée la veille au G7 à Berlin - une plateforme pour un travail en commun et coordonné « entre les institutions internationales comme le PAM, les pays, le secteur privé, la société civile ». Celle-ci pourra faire « des analyses et des prévisions conjointes pour identifier les goulots d'étranglement dans la chaîne d'approvisionnement, agir ensemble et assurer que la nourriture soit acheminée». Selon lui, le transport depuis l'Allemagne des céréales ukrainiennes bloquées dans les ports de la mer Noire « serait trop lent ».
Ne pas oublier les autres crises de réfugiés dans le monde.
Les ministres ont également insisté sur le fait qu'au-delà de la crise des réfugiés d'Ukraine, il ne fallait pas oublier d'autres crises majeures dans le monde, d'autant que les conséquences de la guerre en Ukraine ont un impact sur des pays déjà vulnérables, avec un risque d'émeutes préoccupant.
Le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, Filippo Grandi, invité à un déjeuner de travail, a souligné que la guerre en Ukraine a fait 7 à 8 millions de déplacés dans le pays et 8 millions de réfugiés dans les pays tiers et que, cette année, « le seuil des 100 millions de réfugiés et déplacés forcés dans le monde pourrait presque être atteint », selon le Haut Représentant.
« Si des pays sombrent dans les troubles sociaux et dans la fragilité politique, plus de déplacements sont à craindre. Il est donc très important, dans le cadre de notre réponse à la crise ukrainienne, d'accorder une attention adéquate aux crises en Afrique, au Moyen-Orient, en Amérique latine, en Asie... », a déclaré M. Grandi à la presse, annonçant son départ le même jour pour le Bangladesh.
Il a également indiqué que le UNHCR avait recommandé à l'OCDE de ne pas comptabiliser l'aide aux réfugiés dans l'aide publique au développement (APD), mais que la décision relevait de l'OCDE. (Aminata Niang)