Tangible, l'impact économique de l'invasion russe de l'Ukraine sur la zone euro ne devrait toutefois pas engendrer de récession généralisée en 2022, a estimé le président de l'Eurogroupe, Paschal Donohoe, lundi 4 avril à Luxembourg.
« Nous sommes entrés dans cette dernière crise avec une solide reprise dans la zone euro. Cela signifie que, pour de nombreuses économies, nous voyons encore des chiffres positifs pour 2022 », a déclaré M. Donohoe à l'issue de la réunion des ministres des Finances de la zone euro.
Accumulé grâce à l'embellie économique liée à la levée graduelle des mesures sanitaires en 2021, un acquis de croissance ('carry over') robuste devrait permettre à l'économie de la zone euro de rester en territoire positif cette année, même si d'aucuns n'excluent pas une croissance négative lors des trimestres à venir.
« La combinaison d'une inflation accrue et d'une croissance moindre » ne correspond pas à ce à quoi nous nous attendions début 2022, a admis le vice-président de la Commission européenne, Valdis Dombrovskis, mardi 5 avril à l'issue du Conseil 'Écofin'.
Selon lui, les prévisions économiques d'hiver anticipant une croissance de 4% du PIB en 2022 sont désormais « hors d'atteinte ». Et de prévoir que l'impact de la guerre en Ukraine conduira à des déficits publics plus élevés pour les États membres, qui dépensent pour protéger les citoyens et les entreprises de la flambée des prix énergétiques, ainsi qu'à des rentrées fiscales plus faibles.
Estimant lui aussi très peu probable une récession en 2022, le commissaire européen à l'Économie, Paolo Gentiloni, a relevé lundi la grande « incertitude » qui entoure la situation macroéconomique actuelle, évoquant plusieurs facteurs tels que la nature de nouvelles sanctions européennes visant la Russie (voir autre nouvelle), la durée de la guerre en Ukraine et ses possibles répercussions internationales ainsi que l'évolution des indicateurs de confiance des opérateurs économiques.
M. Donohoe a donc réitéré l'importance pour les politiques budgétaires des États membres de rester « agiles » pour s'adapter à ce contexte mouvant. Il a aussi noté l'impact sur le niveau de vie d'une inflation galopante, estimée à 7,5% dans la zone euro en mars, nourrie par la flambée des prix énergétiques. Ni la Commission européenne ni la BCE n'ont détecté de « spirale inflationniste » qui serait alimentée par une hausse généralisée des salaires, a-t-il néanmoins noté.
Mardi, le ministre français des Finances, Bruno Le Maire, a estimé qu'au sortir de la crise énergétique provoquée par l'invasion russe, l'inflation reviendra à « un niveau plus raisonnable, mais plus élevé », dans la mesure où l'Europe relocalisera progressivement certaines productions stratégiques et investira massivement dans la transition climatique.
La Commission se prononcera lundi 16 mai sur l'opportunité de prolonger, après janvier 2023, le gel du Pacte de stabilité et de croissance en réaction à l'incertitude persistante liée à l'invasion de l'Ukraine. Lundi, l'Espagne et les Pays-Bas ne se sont pas opposés à cette éventualité (EUROPE 12925/2). (Mathieu Bion)