S’exprimant devant les eurodéputés réunis à Strasbourg, le Haut Représentant de l’Union européenne pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, a appelé les citoyens européens à réduire leur consommation de gaz en raison de la guerre en Ukraine, dans un effort de mobilisation générale comparable à celui pour lutter contre la pandémie de Covid-19.
« Ce que nous avons fait contre la Covid-19, nous devons le faire pour l’Ukraine. Il doit s’agir d’une mobilisation des esprits, des activités, des attitudes individuelles dans un engagement collectif pour s’attaquer à une tâche sans doute historique », a ainsi déclaré le Haut Représentant, prenant pour exemple le fait de baisser son chauffage.
Et d’ajouter : « la défense des valeurs libérales ne se fera pas sans l’engagement politique des citoyens ».
Sortir de la dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie
Selon lui, l’UE doit utiliser tous les moyens possibles pour réduire sa dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie et, plus largement, couper le « cordon ombilical » entre l’économie européenne et la Russie qui permet à Moscou de financer la guerre en Ukraine.
Il s’est félicité à cet égard de la présentation, la veille, de nouvelles lignes directrices de la Commission européenne visant notamment à réduire les importations de gaz russe vers l’UE de deux tiers avant la fin de l’année (EUROPE 12906/4).
À l’instar de son collègue Frans Timmermans, vice-président exécutif de la Commission chargé du Pacte vert, M. Borrell n’a pas caché que la sortie de la dépendance de l’Union vis-à-vis des combustibles fossiles russes ne sera pas indolore.
« Ce ne seront que des chimères, des déclarations théoriques et rhétoriques, si nous ne sommes pas prêts à agir de manière plus unie, plus coordonnée et à payer le prix qui accompagne inévitablement toute transformation structurelle, comme le changement du bouquet énergétique de l’ensemble d’un continent », a-t-il ainsi souligné.
Ces propos font écho à ceux de la Première ministre estonienne, Kaja Kallas, qui à appeler à accélérer et renforcer les efforts pour « réduire notre dépendance énergétique vis-à-vis du gaz et du pétrole russes », et à « synchroniser le réseau électrique de l’Ukraine avec celui de l’Europe continentale » (EUROPE 12900/4), lors d’une intervention précédant le discours de M. Borrell.
Tous les deux ont en outre averti que la guerre en Ukraine allait changer le monde de manière durable, obligeant l’UE à se repenser, dans le secteur de l’énergie, mais aussi en matière de défense.
Renforcer les capacités militaires de l’UE
Mme Kallas et M. Borrell ont ainsi plaidé pour renforcer la défense et la sécurité de l’UE, tout en « travaillant main dans la main avec l’OTAN ».
Pour M. Borrell, cela passe par la construction d’une défense commune, non pas alternative à l’OTAN, mais complémentaire.
Tandis que ce dernier a salué la décision de l’Allemagne d’augmenter ses dépenses militaires, la Première ministre estonienne a estimé que l’objectif consistant à consacrer au moins 2% de son PIB pour les dépenses militaires doit « devenir une exigence minimale absolue ».
Elle a ensuite plaidé pour planifier et coordonner les dépenses des États membres de l’UE en matière de défense en se concentrant sur les capacités qui sont trop coûteuses pour qu’un État membre puisse les développer seul et en garantissant la mobilité des capacités de défense européennes « afin que nous puissions les déplacer rapidement si nécessaire ».
Et d’ajouter : « Nous devons trouver un consensus au sein de l’UE sur le fait que, parfois, la meilleure façon de parvenir à la paix est la détermination à utiliser la force militaire ».
Soutenir l’Ukraine
Mme Kallas et M. Borrell ont en outre insisté sur la nécessité de soutenir l’Ukraine, que ce soit par l’adoption de sanctions contre la Russie ou avec l’envoi de matériels militaires.
À cet égard, la Première ministre estonienne a plaidé pour « donner à l’Ukraine une perspective d’adhésion », estimant qu’il s’agit d’un devoir moral.
« L’Ukraine ne se bat pas pour elle, elle se bat pour l’Europe », a-t-elle notamment déclaré.
Réactions des eurodéputés
Fustigeant le manque de volonté politique de la part des États membres en matière de défense, Arnaud Danjean (français), représentant le groupe PPE, a exhorté la Commission à cesser toute velléité de soumettre l’industrie de défense à des règles de taxonomie, sociales ou environnementales « qui vont assécher les investissements dans un secteur stratégique ».
La présidente du groupe S&D, Iratxe García Pérez (espagnole), pour sa part, a demandé la création de réserves stratégiques de gaz, l’achat conjoint de gaz et l’interconnexion de la péninsule ibérique en tant que centre de stockage et de distribution ainsi que l’imposition d’une taxe sur les compagnies d’électricité qui n’investissent pas dans les énergies renouvelables. Elle a en outre souligné la nécessité de convenir d’un système de distribution solidaire des réfugiés et de réfléchir à « une nouvelle politique migratoire fondée, cette fois, sur la responsabilité et la solidarité ».
Pour le groupe Renew Europe, Nathalie Loiseau (française) a appelé à se passer du pétrole et du gaz russes, à armer encore davantage l’Ukraine et à construire l’UE de la défense.
Invitant ses collègues à ne pas penser exclusivement à l’armée en matière de défense et de sécurité, la coprésidente des Verts/ALE, Ska Keller (allemande), a mis l’accent sur le besoin de sortir l’UE de sa dépendance vis-à-vis du gaz, du pétrole, du charbon et de l’uranium russes, de réduire notre consommation d’énergie et d’investir massivement dans les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique afin d’assurer la sécurité et la dépendance énergétiques de l’UE.
Jaak Madison (estonien), au nom du groupe Identité et Démocratie, a souhaité l’envoi d’avions de chasse à l’Ukraine, dans le but de « mettre un terme à cette guerre le plus vite possible ».
Le coprésident du groupe La Gauche, Martin Schirdewan (allemand), quant à lui, a exprimé ses craintes de voir cette guerre s’étendre à d’autres pays et entraîner une escalade entre puissances nucléaires. Plutôt que l’armement et la violence militaire, il a souligné la nécessité « de sanctions efficaces contre Poutine et ses oligarques » ainsi que le besoin « de mesures concrètes de désarmement, du renforcement des organisations internationales et de la fin des armes de destruction massive ». (Damien Genicot)