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Bulletin Quotidien Europe N° 12907
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PLÉNIÈRE DU PARLEMENT EUROPÉEN / Économie/emploi

Invasion russe de l'Ukraine, les eurodéputés s'attendent à des conséquences socioéconomiques négatives importantes pour l'UE

Eurodéputés et commissaires européens sont d’accord sur les conséquences négatives certaines qu’aura l’invasion russe de l’Ukraine sur l'économie de l’Union européenne, lors d’un débat sur le rapport annuel 2022 de la croissance dans le cadre du processus budgétaire européen, mercredi 9 mars.

Beaucoup ont convergé sur la nécessité d’apporter une réponse européenne hétérodoxe, à l’image de ce qui s’est fait au déclenchement de la pandémie de Covid-19, même si des voix se sont élevées pour revenir rapidement à une rigueur budgétaire et à un assainissement des comptes publics.

Ainsi, les deux rapporteurs du PE, Helmut Geuking (PPE, allemand) pour le compte de la commission ‘Emploi et Affaires sociales’ et Irene Tinagli (S&D, italienne) pour le compte de la commission ‘Affaires économiques et monétaires’, ont reconnu que la crise ukrainienne menace la reprise économique de l’UE au sortir de la vague Omicron de la pandémie.

M. Geuking s’est concentré sur la nécessité de lutter contre la pauvreté infantile et des familles européennes, en insistant sur l’importance de donner l’argent directement aux personnes.

Mme Tinagli s’est inquiétée de trois risques principaux : - l’inflation, qui risque de réduire la demande et donc la reprise ; - la dynamique haussière des salaires qui risque également de provoquer à son tour une inflation ('effet de second tour') ; - la crise énergétique avec une incidence asymétrique sur le territoire de l’UE.

Ces risques sont autant d’épées de Damoclès sur la compétitivité des opérateurs économiques de l’UE, notamment de l’industrie, a-t-elle analysé.

Pour la sociale-démocrate italienne, il importe dès lors de reporter la désactivation du régime dérogatoire aux règles budgétaires de l’UE afin de prendre en compte les nouvelles réalités. « Ce n’est pas le moment de revenir à des règles budgétaires qui étaient destinées à des moments complètement différents. Elles ne sont pas adéquates pour relever le défi qui nous attend et nous devons aider les États membres à assurer la sécurité et la confiance des citoyens dans l’avenir », a-t-elle lancé.

À ses yeux, il faut une réponse européenne à l’image de celle formulée durant la pandémie. Les facteurs clés de cette réponse européenne, qui expliquent le succès de l’UE, sont les suivants : « la mise en place du bon dosage des politiques, l’équilibre entre la politique monétaire, les politiques budgétaires et la coordination efficace des actions politiques des États membres, ainsi que l’introduction de nouveaux outils européens adaptés au défi ».

Deux écoles

De nombreux députés ont appuyé cette ligne politique, principalement à gauche de l'échiquier politique, comme les Espagnols Estrella Durá Ferrandis (S&D) et Ernest Urtasun (Verts/ALE). Le Portugais José Gusmão (La Gauche) a estimé que les règles économiques de l’UE étaient « obsolètes » et « contreproductives » et il a réclamé une révision radicale des règles budgétaires de l’UE.

Au nom du groupe Renew Europe, l’Espagnol Luis Garicano a souhaité que l’UE apporte une réponse similaire à celle ayant permis de faire face à la pandémie, appelant ainsi à la création d’un nouveau fonds européen de relance. Cependant, le problème reste les trajectoires de la dette de certains États membres qui, selon lui, « ne sont probablement pas viables ». « Ce que nous devons faire, c’est conditionner l’accès à ce nouveau fonds européen à une trajectoire de consolidation budgétaire à moyen terme qui devrait être suivie par une nouvelle 'autorité budgétaire' européenne », a-t-il affirmé. Cette autorité indépendante conditionnerait l’accès à ce nouveau fonds au suivi d’un plan d’assainissement budgétaire « crédible ».

L’Allemand Markus Ferber, au nom du PPE, a adopté la position la plus orthodoxe sur la question. « Qu’est-ce que le Semestre européen ? Il s’agit de l’instrument central de coordination des politiques économiques. En d’autres termes, le Semestre européen vise à fixer le bon cap pour une politique budgétaire stable et une économie compétitive. Il s’agit de politique budgétaire et de politique économique », a-t-il rappelé.

Pour l’eurodéputé allemand, il faut veiller à ne pas livrer aux marchés financiers les États membres et l’UE, car « en fin de compte, ce sont les marchés financiers qui décident d’accorder des prêts aux États, pas nous, ici au Parlement européen ».

Une Commission polyphonique

Du côté de la Commission, une certaine divergence s’est exprimée. Alors que le commissaire européen à l’Économie, Paolo Gentiloni, et le commissaire européen à l’Emploi et aux Droits sociaux, Nicolas Schmit, ont insisté sur l’importance des investissements publics et sur la néccessité de faire prévaloir la solidarité, le vice-président, Valdis Dombrovskis, s’est montré plus vague.

Certes, ce dernier a confirmé que les projections actuelles confortent le maintien de la clause de sauvegarde générale jusqu’à l’année prochaine, avec une possible révision au printemps (EUROPE 12902/18). Mais il a insisté sur le fait que le soutien budgétaire devait rester modérément positif en 2022 et « globalement neutre » en 2023.

Les États membres très endettés doivent commencer à reconstituer leurs marges de manœuvre budgétaire, selon M. Dombrovskis. Pour ce faire, la consolidation budgétaire doit être « progressive » et tous les États membres « doivent promouvoir et protéger l’investissement public dans leurs plans budgétaires ». Et de conclure : « Cela souligne l’importance d’améliorer la qualité et la composition des finances publiques ».

De son côté, la Présidence française du Conseil de l’UE a assuré que ce débat au Parlement européen allait alimenter les travaux du Conseil sur la réforme du cadre européen de gouvernance économique. La ministre française déléguée à l’insertion, Brigitte Klinkert, a à ce titre souligné l’importance du sommet européen de Versailles des jeudi 10 et vendredi 11 mars (EUROPE 12907/2). (Pascal Hansens)

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