Réunis à Bruxelles pour une réunion extraordinaire consacrée aux implications énergétiques de l’invasion russe de l’Ukraine, les ministres de l’Énergie des États membres de l’Union européenne ont exprimé un large soutien à la proposition de la Commission européenne consistant à synchroniser le plus vite possible le réseau électrique ukrainien avec le réseau européen, lundi 28 février.
Cette synchronisation, un projet de longue date, est devenue urgente en raison des risques que fait peser la situation actuelle sur le système énergétique ukrainien.
« Pour pouvoir se défendre et permettre à sa population de faire face à l’invasion russe tout en assurant ses besoins élémentaires, l’Ukraine a besoin d’énergie », a ainsi souligné la ministre française de la Transition écologique et présidente de la réunion, Barbara Pompili.
Cette synchronisation est une action tangible pour soutenir l’Ukraine, qui vise à faire en sorte que l’électricité reste allumée dans le pays, même si la Russie frappe des infrastructures clés, a expliqué pour sa part la commissaire européenne à l’Énergie, Kadri Simson.
Un « défi technique »
Actuellement, le réseau électrique ukrainien fonctionne de manière autonome, après que Kiev a conduit un ‘test de mode d’isolement’ (isolation mode test), le jour même de l’invasion russe, dans l’optique d’une synchronisation future de son réseau et de celui de la Moldavie au réseau européen.
Une fois ce test achevé, l’Ukraine était censée reconnecter son réseau à la Russie. L’invasion russe l’a néanmoins conduite à demander une synchronisation d’urgence avec le réseau européen.
Constatant « un large accord » parmi les ministres de l’Énergie des États membres pour aller dans ce sens, Mme Simson a annoncé l’accélération du processus.
« Nous allons avancer avec ENTSO-E (le réseau européen des gestionnaires de réseau de transport d’électricité ) pour connecter le système électrique de l’Ukraine aussi rapidement que possible. Cette étape permettrait également de relier la Moldavie au réseau européen », a-t-elle ainsi souligné.
Elle a ensuite précisé que cette synchronisation constitue un « défi technique » qui pourrait prendre plusieurs jours, voire plusieurs semaines, pour éviter des perturbations dans le réseau de l’UE.
Et Mme Pompili d’ajouter : « On a besoin que les réseaux se mettent d’accord entre eux pour réussir cette connexion, mais la volonté politique est claire : il faut qu’on puisse aider l’Ukraine ».
Selon elle, il est nécessaire d’intensifier les travaux des gestionnaires de réseau afin d’évaluer les risques d’une telle synchronisation, mais aussi les besoins de l’Ukraine pour se connecter et éviter un blackout.
Livraisons de gaz
Outre la synchronisation des réseaux électriques, d’autres actions sont prévues dans le domaine de l’énergie pour soutenir l’Ukraine.
La commissaire a ainsi assuré que l’UE continue à travailler sur la livraison de gaz à l’Ukraine par le biais de flux inversés (de l’ouest vers l’est).
Alors que la capacité physique de flux inversé entre la Slovaquie et l’Ukraine a été augmentée, des discussions sont en cours pour l’étendre aux prochaines saisons de chauffage.
En outre, des premières livraisons de ce type en provenance de Hongrie ont eu lieu cet hiver.
Mme Simson a également présenté aux ministres une liste de besoins urgents dans le secteur de l’énergie, communiquée par l’Ukraine, couvrant des éléments tels que le diesel, l’essence, le kérosène et les générateurs.
Des livraisons concrètes sont déjà prévues de la part de la Pologne, de la Lituanie et de la République tchèque, tandis que de nombreux autres États membres ont promis leur aide, s’est félicitée la commissaire.
L’UE à l’abri cet hiver
Au-delà de l’aide à apporter à l’Ukraine en matière énergétique, les ministres ont également discuté de la résilience du système énergétique de l’UE.
À ce propos, Mme Simson a réaffirmé la capacité de l’Union à faire face à toute éventualité, y compris un arrêt des livraisons de gaz russe (EUROPE 12898/10).
« Nous estimons actuellement que l’UE peut passer cet hiver en toute sécurité », a-t-elle ainsi déclaré, tout en indiquant que les stocks de gaz de l’Union restent assez stables, mais plus faibles que les années précédentes.
Actuellement à environ 30% de la capacité totale, ces stocks atteindront un niveau « exceptionnellement bas » à la fin de l’hiver (18% en avril, selon les prévisions de la Commission).
Mme Simson a donc appelé à la vigilance, n’excluant pas des mesures de rétorsion en matière d’énergie de la part de Moscou.
La Commission souhaite ainsi que les États membres évaluent comment garantir collectivement un certain niveau de stockage de gaz dans leur région et concluent sans tarder les accords de solidarité avec leurs voisins qui sont actuellement en suspens.
Au volet du gaz naturel liquéfié (GNL), la commissaire a indiqué que les importations de GNL avoisinent les 10 milliards de m3 par mois, soit le niveau le plus élevé jamais atteint par l’UE.
Afin de renforcer la coordination au niveau de l’UE pour maximiser l’utilisation des infrastructures de GNL et s’assurer que le gaz arrive là où il est le plus nécessaire, la Commission mettra en place une plateforme et des groupes de contact avec les États membres et les opérateurs de GNL concernés.
En outre, il est à noter que la Commission compte bientôt présenter des lignes directrices visant à garantir une énergie abordable et un niveau de stockage suffisant.
Initialement prévue pour le 2 mars, cette communication a été reportée à la semaine prochaine. Voir le résumé de la réunion réalisé par la Présidence française du Conseil de l’UE : https://aeur.eu/f/jy (Damien Genicot)