Le ministre français des Finances, Bruno Le Maire, a vu d'un bon œil, lundi 28 février, « les effets immédiats » des sanctions européennes et internationales visant les intérêts économiques et financiers de la Russie qui ont été approuvées le week-end dernier.
Outre le retrait d'« un certain nombre de banques » russes du circuit international de paiement Swift (EUROPE 12899/4), des dizaines de milliards d'euros de réserves dans la Banque centrale russe ont été gelés dans les pays du G7, une situation qui « entame largement ses réserves et sa capacité à financer le commerce russe en devises », a-t-il ajouté. Il a constaté les « effets immédiats » des décisions prises sur « le niveau du rouble, les taux d'intérêt et les marchés financiers russes ».
La décision du Conseil de l'UE de geler les avoirs de la Banque centrale russe permet néanmoins aux autorités compétentes nationales d'autoriser une transaction « à condition que cela soit strictement nécessaire pour garantir la stabilité financière de l'Union dans son ensemble ou de l'État membre concerné ».
Voir la décision du Conseil : https://aeur.eu/f/j8
La liste des banques russes qui seraient exclues du système Swift n'est pas encore disponible.
Le système Swift étant le système permettant d'initier les paiements interbancaires à l'échelle mondiale, les banques qui en sont exclues peuvent trouver d'autres manières de démarrer leurs transactions, « mais pas à la même vitesse, au même coût et avec la même sécurité », a estimé Eric Mamer, le porte-parole de la Commission européenne.
Lundi, M. Le Maire a réuni ses homologues allemand, italien, espagnole et néerlandaise, les présidents de l'Eurogroupe et de la BCE, ainsi que les commissaires européens Valdis Dombrovskis et Paolo Gentiloni pour renforcer la coordination sur les mesures prises, en vue de la tenue d'une réunion extraordinaire des ministres européens des Finances, mercredi 2 mars, à la veille du sommet européen de Versailles, jeudi 10 et vendredi 11 mars.
Selon une source française, la Commission devait faire une proposition « dans les heures qui viennent » et dont l'application devra être « la plus rapide possible à partir de son entrée en vigueur, tout en prenant en compte les réalités opérationnelles auxquelles feront face les institutions financières européennes ». Les ministres ont convenu d'évaluer « dans la semaine » les conséquences économiques concrètes des sanctions économiques et financières sur les entreprises européennes, puis de coordonner, le cas échéant, le soutien dont celles-ci pourraient avoir besoin (EUROPE 12899/4).
Une réunion du G7 'Finances' est également programmée, mardi, sur les sanctions liées au système Swift.
Les réserves de la Banque centrale russe seraient d'environ 650 milliards de dollars, dont 300 milliards localisés dans les banques centrales et le système bancaire des pays du G7. La priver de ces avoirs limiterait sa capacité d'action pour soutenir les entreprises et banques russes en difficulté et maintenir le niveau du rouble, dont le cours était en chute libre lundi. La chute du rouble renchérit les importations et limite fortement le pouvoir d'achat des Russes. Des retraits importants en liquidités ont lieu en Russie, a constaté le correspondant du journal Le Monde à Moscou.
Dans un communiqué, le gouverneur de la Banque de Russie, Elvira Nabiullina, a souligné, lundi, le besoin d'utiliser « une large gamme d'outils pour maintenir la stabilité financière » en réaction au changement « dramatique » des conditions économiques provoqué par l'augmentation « considérable » du taux de change du rouble et le gel partiel de ses avoirs.
La Banque de Russie a relevé son taux d'intérêt directeur de 9,5 à 20% et procédé à des interventions sur les marchés de devises pour soutenir le rouble (1 milliard de dollars jeudi, une somme inférieure vendredi). Elle continue de fournir les liquidités nécessaires pour répondre à une demande « anormale » du secteur bancaire, les banques russes ayant été autorisées à ne pas revoir leur niveau de fonds propres à la lumière de l'évolution de leur exposition aux actifs libellés en devise étrangère. Elle demande aux banques de ne pas pénaliser les entreprises et les particuliers en difficulté en rééchelonnant leurs prêts.
En outre, le gouvernement russe a limité le retrait des capitaux détenus par des non-résidents. Face aux risques de turbulences, MOEX, la principale place boursière russe, n'ouvrira pas jusqu'au 5 mars et son site Internet n'était pas accessible, lundi.
Voir la déclaration de la Banque de Russie : https://aeur.eu/f/j9
Lundi, la Banque centrale européenne, agissant en tant que superviseur unique au sein de l'union bancaire, a constaté que la filiale européenne de Sberbank, le principal établissement de crédit russe, détenu majoritairement par l'État russe, et deux autres entités situées en Croatie et en Slovénie étaient « en faillite ou susceptibles de faire faillite » en raison de retraits « importants » de dépôts provoqués par « les tensions géopolitiques ». Elle a précisé que la filiale en question « ne sera pas en mesure de payer ses dettes ou autres engagements à leur échéance ».
Dans la foulée, le Conseil de résolution unique, l'autorité européenne chargée de résoudre une banque en difficulté dans la zone euro, a fait le même constat. Il examine désormais « les prochaines étapes » qui s'imposeraient pour préserver la stabilité financière dans l'union bancaire, notamment « une action de résolution » (ex. : renflouement interne, cession d'actifs...)
En tout état de cause, les dépôts éligibles des épargnants sont protégés « jusqu'à 100 000 euros » par le droit de l'UE, rappelle le Conseil SRB. (Mathieu Bion)