Les ministres européens de la Pêche sont parvenus, mardi 14 décembre, après une nuit de difficiles négociations, à un accord politique sur les totaux admissibles de captures (TAC) et quotas pour 2022 dans l’Atlantique, Manche, en mer du Nord, et sur une baisse de 6% de l’effort de pêche pour les chalutiers opérant en Méditerranée occidentale.
S’agissant des limites de captures décidées pour l’Atlantique et la mer du Nord, le commissaire européen à la Pêche, Virginijus Sinkevičius, a expliqué devant la presse que, pour le cabillaud du Kattegat, le Conseil de l’UE est convenu d'une limite de capture de 97 tonnes (dont 60 t pour le Danemark) uniquement pour les captures inévitables effectuées dans d'autres pêcheries, et d'une allocation (+30%) accordée aux pêcheurs « qui participent à des projets de surveillance électronique à distance afin de faire entrer le contrôle des pêcheries dans le XXIe siècle ».
Pour la zone du golfe de Gascogne, les ministres ont pris la décision « très difficile » de réduire le TAC de sole de 36% afin d'atteindre le rendement maximal durable (RMD), a ajouté le commissaire.
Il a relevé des « points positifs » pour les pêcheurs dans les eaux ibériques, avec des hausses de TAC pour les cardines (+13%), la baudroie (+5%) et le chinchard (+12%). « Ces augmentations montrent que les efforts de conservation portent leurs fruits ».
L’Espagne est parvenue à atténuer la baisse du TAC de merlu du Sud (-8%, à 7 836 tonnes).
Méditerranée. En ce qui concerne les possibilités de pêche en Méditerranée, « nous avons pris des mesures cruciales pour une nouvelle et meilleure gouvernance de la pêche en Méditerranée et en mer Noire », a estimé Virginijus Sinkevičius.
Il a reconnu les « discussions intenses » qui ont eu lieu au Conseil sur la mise en œuvre du plan de gestion des stocks en Méditerranée occidentale. « Bien que nous observions une légère amélioration pour certains stocks, la situation reste désastreuse pour la plupart des stocks, tels que le merlu et les crevettes bleues et rouges ».
Il a salué l’approche « réaliste » entérinée par le Conseil : une baisse de 6% de l'effort de pêche pour les chalutiers. « Après avoir écouté attentivement les commentaires et suggestions des ministres, nous avons proposé un mécanisme récompensant l'augmentation de la sélectivité et la protection des juvéniles et des géniteurs », a expliqué le commissaire.
L'Espagne, la France et l'Italie ont obtenu une réduction moindre que celle proposée au départ (-7,5%). En outre, il est prévu une hausse de 2% des jours de pêche à condition de respecter des critères (augmentation de la sélectivité ou efficacité des zones de fermeture).
En ce qui concerne les palangriers, toujours en Méditerranée, les ministres sont convenus de l'introduction d'un régime d'effort de pêche fondé sur le nombre de jours de pêche entre le 1er janvier 2015 et le 31 décembre 2017.
Les ministres ont accepté (pour la première fois) des TAC pour les crevettes bleues et rouges ainsi que pour les crevettes rouges géantes.
« Prendre ces décisions maintenant nous permettra d'éviter des mesures encore plus drastiques dans les années à venir », a conclu le commissaire.
Quotas provisoires avec le Royaume-Uni. Par ailleurs, en l’absence d’un accord UE/Royaume-Uni sur les possibilités de pêche 2022 pour les 65 TAC dans les eaux partagées, les ministres ont accepté la proposition de la Commission européenne visant à établir des quotas provisoires. Il a été décidé une reconduction pour trois mois (janvier-mars) des quotas de 2021 (soit 25% des TAC de 2021) avec des volumes un peu plus élevés pour les espèces qui sont pêchées principalement au cours des premiers mois de chaque année. La Commission et le Royaume-Uni poursuivent les consultations en vue d’aboutir à des TAC définitifs pour 2022.
ONG dépitées. Selon Oceana, plus d'un tiers des quotas adoptés dépassent les maximums recommandés par les scientifiques (merlu du sud, sole de la côte atlantique ibérique ou rouget en Méditerranée). « Prétexter des nécessités socioéconomiques, c'est ne pas comprendre que protéger les stocks est dans l'intérêt des pêcheurs », a renchéri Seas At Risk. ClientEarth s’inquiète que les stocks partagés avec le Royaume-Uni, comme le cabillaud en mer Celtique ou dans les eaux écossaises, restent en suspens alors que les scientifiques demandent une interdiction de pêche. (Lionel Changeur)