Après deux semaines d’annonces, d’alliances et d’intenses négociations entre les pays, la 26e session de la Conférence des Nations unies sur le changement climatique (COP26) battait toujours son plein à Glasgow, vendredi 12 novembre au soir, laissant planer la possibilité de prolongations durant le weekend.
Les discussions entre les délégations des pays étaient ainsi toujours en cours à l’heure où nous mettions sous presse, après la publication, dans la matinée, d’un nouveau projet de décisions de la Présidence britannique de la COP.
« Le temps presse, mais il n’est pas trop tard. Alors, mettons-nous au travail », a lancé le vice-président exécutif de la Commission européenne chargé du Pacte vert, Frans Timmermans, dans son intervention en session plénière de la conférence onusienne.
Incertitude autour de l’article 6
Le vice-président a en outre appelé les parties à la COP26 à « conclure des règles qui garantissent l’intégrité environnementale des marchés internationaux du carbone qui augmentent, et ne sapent pas, l’ambition des CDN (‘contributions déterminées au niveau national’) ».
Cela concerne l’article 6 de l’accord de Paris, qui, en raison de désaccords entre les pays, avait été laissé en suspens il y a deux ans, à l’issue de la COP25 à Madrid.
Sur ce point, le vice-président se veut optimiste, estimant que le compromis proposé par la Présidence britannique constitue « une meilleure option que ce qui était sur la table à Madrid ».
L’enjeu est notamment d’éviter de comptabiliser une même réduction d’émissions deux fois lors de l’échange de crédits carbone sur les marchés internationaux (à la fois par le pays qui a acheté le crédit et par le pays où la réduction des émissions a eu lieu).
« Nous ne pouvons pas laisser Glasgow avec un accord de l’article 6 truffé de failles qui sapent une véritable action climatique », a prévenu l’ONG Greenpeace.
Vers une référence à l’élimination des subventions aux combustibles fossiles ?
Un autre sujet qui divise les parties à la COP26 concerne l’inclusion d’une référence à l’élimination des subventions aux combustibles fossiles dans le texte final. Une idée à laquelle sont fortement opposées l’Arabie Saoudite et la Russie.
Alors que le premier projet de décisions, publié mercredi, appelait les parties à « accélérer la suppression progressive du charbon et des subventions aux combustibles fossiles » (EUROPE 12830/4), beaucoup craignaient que la référence ne survive pas aux négociations.
Si celle-ci est toujours présente dans le nouveau projet de décisions, la formulation, en revanche, a été modifiée.
Le texte appelle désormais les parties à développer rapidement la production d’électricité propre et à accélérer l’élimination progressive de l’électricité produite à partir du charbon et des subventions « inefficaces » accordées aux combustibles fossiles. Une modification qui, selon certains observateurs, affaiblit substantiellement le texte.
Interrogé par EUROPE sur la possibilité que la référence demeure dans le texte à l’issue de la COP, l’eurodéputé Bas Eickhout (Verts/ALE, néerlandais) a souligné l’importance pour l’UE d’établir une large coalition, notamment avec les pays en développement, pour obtenir le soutien des États-Unis, et ainsi pousser la Chine à accepter de maintenir la référence.
« Les États-Unis doivent être persuadés et ensuite toute la pression sera sur la Chine. Ensuite, des parties comme l’Arabie saoudite et la Russie ne pourront plus vraiment bloquer », nous a-t-il confié.
Il a en outre déploré l’absence de date pour l’élimination du charbon et des subventions aux combustibles fossiles.
Manque de financements climatiques
Autre défi de cette COP : l’augmentation du financement climatique.
Alors que les pays en développement s’étaient engagés à mobiliser 100 milliards de dollars par an avant 2020 et jusqu’en 2025 pour aider les pays en développement à faire face au changement climatique, la somme promise demeure insuffisante (elle ne devrait être atteinte qu’en 2023, selon des prévisions datant d’avant la COP – EUROPE 12822/9), et ce, malgré de nouvelles promesses de dons annoncées à la COP26 (EUROPE 12829/5).
« Le fait de n’atteindre cet objectif qu’en 2023 est franchement décevant », a regretté Frans Timmermans, appelant les pays développés à augmenter leurs contributions et, si possible, à les doubler.
Il a en outre recommandé de faire preuve de « créativité ». Selon lui, il faut élargir la « base de donateurs » et « examiner le rôle joué par les institutions financières mondiales » qui « ont été construites pour un monde de 1945 » et « ne sont plus adaptées au monde d’aujourd’hui ».
Selon Bas Eickhout, la source de ce manque de financements est facilement identifiable : « Soyons très honnêtes : nous avons un problème avec les États-Unis sur le financement climatique et je pense que l’UE devrait être un peu plus claire à ce sujet. Nous sommes toujours très polis avec les États-Unis alors qu’ils sont clairement en retard sur le plan du financement ».
Voir le projet de décisions de la Présidence britannique daté du vendredi matin : https://bit.ly/3naeE9S (Damien Genicot)