Le Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, a présenté au Collège des Commissaires, mercredi 10 novembre, son projet de ‘Boussole stratégique’ (EUROPE 12763/26).
Ce document est une « proposition du Haut Représentant, à la suite de nombreuses consultations », a-t-il expliqué lors d'une rencontre avec quelques journalistes, dont EUROPE, lundi 8 novembre. Réalisé à partir d’une analyse des risques et rédigé depuis septembre, il est décrit par M. Borrell comme ‘un guide pour agir’.
Ce « guide pour la préparation, la décision et l’action » propose des « idées concrètes » afin « d'agir plus rapidement et de manière plus décisive en cas de crise, de protéger nos citoyens contre des menaces qui évoluent rapidement, d'investir dans les capacités et les technologies dont nous avons besoin et de nous associer à d'autres pour atteindre des objectifs communs », détaille le Haut Représentant dans son avant-propos.
Devant les médias, M. Borrell a expliqué qu’il partait du principe que l’UE devait être un « fournisseur de sécurité » et que les Européens voulaient être protégés par l’UE.
« L’Europe est en danger », a-t-il prévenu, expliquant que l’espace économique, tout comme l’espace stratégique et l’espace politique de l’UE étaient « de plus en plus contestés ».
Ainsi, selon le chef de la diplomatie européenne, « être un soft power quand tout est instrumentalisé n’est pas suffisant ». « Il est clair que, si vous voulez que le dialogue, la diplomatie et le multilatéralisme réussissent, vous devez mettre de la puissance derrière », a-t-il ajouté.
Au-delà de l’autonomie stratégique, nouveau concept en vogue au sein de l’UE, le Haut Représentant a mis en avant la « responsabilité stratégique ».
Pouvoir se déployer rapidement
Pour lui, il faut avoir les capacités d’agir. Pour cela, M. Borrell mise sur une ‘capacité de déploiement rapide’ (Rapid deployment capacities), qu’il avait auparavant appelée ‘forces de première entrée’ (EUROPE 12714/5). « Cela devrait nous permettre de mobiliser des modules interopérables qui permettront de déployer des troupes », a-t-il expliqué, citant un maximum de 5 000 hommes. Ces modules seraient terrestres, maritimes et aériens.
« Ce qui est important est d’avoir les capacités pour se déployer - ce ne serait pas une force préétablie, mais différents modules qui peuvent être combinées pour faire face à chaque défi spécifique », a dit M. Borrell, expliquant que la mission devait déterminer les forces utilisées et non l’inverse. Il n’y aurait pas de force permanente.
Ces forces pourraient servir dans des situations de conflit « pour s’interposer entre des personnes qui se battent », pour sécuriser un aéroport ou encore pour procéder à des opérations d’évacuation.
L’objectif serait, selon une source européenne, qu'elles soient opérationnelles en 2025. La prise de décision concernant ces forces restera l’unanimité, en vertu de l’article 44 du TFUE.
M. Borrell ne veut pas reproduire les erreurs commises avec les groupements tactiques de l’UE, qui n’ont jamais été utilisés et ne se sont jamais entrainés ensemble. Il mise donc sur des exercices communs réguliers des forces.
En outre, le Haut Représentant de l’UE estime qu’il est nécessaire de développer un ensemble de capacités de nouvelle génération : la plateforme maritime sans pilote, le système de combat aérien du futur, la capacité d'observation de la terre depuis l'espace et le char de combat principal, comme définis par le dernier examen annuel coordonné en matière de défense (CARD) (EUROPE 12606/2).
Lutter contre les menaces hybrides et cyber
Au-delà des conflits que l’on pourrait définir comme 'classiques', M. Borrell veut renforcer l’action de l’UE face aux menaces hybrides et cybernétiques. Il veut ainsi développer une ‘boîte à outils hybride (hybrid tool box), qui réunira les instruments pour faire face à un nombre important de menaces. « Nous devons les prévenir, les détecter et y répondre », a-t-il ajouté.
Il souhaite également définir une politique de défense cybernétique pour répondre aux cyberattaques.
L’UE doit en outre assurer la défense et la sécurité de l’espace, qui est, selon M. Borrell, « le nouveau champ de bataille ».
M. Borrell plaide aussi pour la création, au sein de l’Agence européenne de défense, d’un centre d’innovation pour la défense (Defense innovation hub).
Enfin, si l’UE veut avancer par elle-même, elle mise toujours sur la coopération. Le Haut Représentant a souligné l’importance de développer des partenariats multilatéraux, avec l’OTAN, les Nations unies, mais aussi bilatéraux, notamment avec les États-Unis, la Norvège et le Canada. Il propose même la création d’un forum sur le partenariat en termes de sécurité et de défense « pour travailler étroitement et efficacement » afin de développer des partenariats à travers le monde.
La balle est dans le camp des États membres
Les États membres vont désormais devoir trancher au sujet des propositions du Haut Représentant. La 'Boussole stratégique' sera discutée par les ministres des Affaires étrangères et de la Défense, lundi 15 novembre, puis par les chefs d’État ou de gouvernement, en décembre.
L’objectif est d’adopter le document définitif en mars 2022.
« Maintenant, il appartient aux États membres de décider du niveau d’ambition », a expliqué M. Borrell. Si le document n’est pas un compromis des Vingt-sept, « il serait stupide de présenter un avion qui ne peut pas voler », a-t-il expliqué, tout en avouant que « ce n’est pas non plus quelque chose que j’ai dilué afin qu’il soit buvable par tous ». (Camille-Cerise Gessant)