*** modifié mercredi 19 mai 10h00 ***
Les eurodéputés ont longuement débattu, mardi 18 mai, des opérations de sauvetage de migrants en mer ainsi que de la dimension extérieure de la politique migratoire européenne et ont appelé le Conseil de l'UE à progresser sur le Pacte asile et migration et à cesser son 'hypocrisie' sur les sauvetages en mer, comme l'ont dénoncé certains élus.
Cette discussion était articulée autour d'un débat, le matin, sur les secours et sauvetages en mer et, l'après-midi, sur la protection des droits humains dans la politique migratoire extérieure de l'UE, qui fait l'objet d'un rapport porté par la Néerlandaise Tineke Strik (Verts/ALE).
Elle a aussi eu lieu au lendemain de nouvelles arrivées de migrants en Espagne, à Ceuta, qui ont amené le gouvernement espagnol à déployer l'armée et à exiger du Maroc qu'il prévienne les départs vers l'Espagne.
Sur les 6 000 personnes arrivées depuis le Maroc en l'espace de quelques heures, le gouvernement espagnol en avait déjà renvoyé 2 700 vers le Maroc mardi après-midi.
La commissaire européenne aux Migrations, Ylva Johansson, a exhorté elle aussi le gouvernement marocain à prévenir ces départs. Les ministres des Affaires étrangères des États membres de l'UE, réunis le même jour, et le président du Conseil européen, Charles Michel, ont aussi exprimé leur soutien à Madrid.
Augusto Santos Silva, le secrétaire d’État portugais aux Affaires étrangères, a rappelé mardi matin que 700 personnes avaient déjà perdu la vie en Méditerranée depuis le début de l'année et que « la sécurité des personnes prévaut sur la gestion des frontières », tous les acteurs concernés devant « se plier aux règles du sauvetage en mer » qui impliquent que le navire le plus proche doit aller porter secours à un navire en détresse.
Pour sauver des vies, il y a « besoin du Pacte asile et migration », a dit la commissaire, citant encore l'exemple des récentes arrivées de migrants à Lampedusa, même si, à ce stade, seule l'Irlande a répondu à l'appel de la Commission d'aider l'Italie.
Le nouveau Pacte prévoit, outre des règlementations pour contrôler les frontières extérieures, un mécanisme spécial pour les opérations de sauvetage et de secours en mer avec des plans d'aide obligatoires à activer dès qu'ont lieu des débarquements. Les relocalisations de migrants seront obligatoires pour ce type de situations.
La commissaire a aussi rappelé qu'elle compte lancer un plan d'action contre les passeurs, qui demandent aujourd'hui « en moyenne 3 000 euros » pour une traversée. Cette action passera aussi par un dialogue renforcé avec les pays d'Afrique du Nord et des partenariats qui pourront comprendre des enquêtes communes, des campagnes de sensibilisation. Il faudra aussi créer des débouchés légaux, a-t-elle ajouté.
Pour les députés, le Conseil de l'UE doit absolument avancer sur le Pacte asile européen pour mettre fin au modèle « cynique » des passeurs, a notamment dit Jeroen Lenaers, pour le PPE. Mais d'autres élus ont demandé aux mêmes États membres d'arrêter d'être « hypocrites » et de dire s'ils veulent « vraiment sauver des vies », comme s'est demandé Erik Marquardt (Verts/ALE, allemand). Si c'est bien la priorité des États membres et des responsables européens, alors il faut « la traduire dans la politique » européenne.
Évaluations d'impact des accords migratoires
Tineke Strik, pour sa part, a insisté sur le besoin de contrôle et de surveillance des accords informels que l'UE passe avec des pays tiers, des accords pour gérer la migration, « mais qui ne font l'objet d'aucun contrôle », à l'image de la déclaration UE/Turquie de 2016 que des migrants, par exemple renvoyés en Turquie, ne peuvent contester devant aucune instance.
Pour l'élue, ces accords informels, qui se multiplient, n'offrent pas suffisamment de garanties de respect des droits fondamentaux, « pas de critères clairs ». Elle propose ainsi de faire des évaluations d'impact humanitaire avant de s'engager dans des accords informels de coopération et de mettre en place un système de surveillance de ces accords pour intervenir, si les choses se passent mal.
Son rapport sera mis au vote mercredi 19 mai. Lien vers le rapport : https://bit.ly/33SsR0q (Solenn Paulic)