Les ministres européens de la Culture se sont réunis, mardi 18 mai, afin d’aborder la question de la diversification des sources de financement pour la protection du patrimoine culturel européen.
La Présidence portugaise du Conseil de l’UE a profité de l’occasion pour sonder l’assemblée sur la création d’une agence européenne ou d’un observatoire européen chargé de développer une vision à long terme pour la promotion, la sauvegarde et la protection du patrimoine culturel européen. La question portait même, précisément, sur le lancement d’une étude de faisabilité, d’un projet pilote ou d’une analyse d’impact relatifs à un tel projet.
Mais la proposition a été déclinée par une majorité d’États membres. Elle a notamment essuyé un refus catégorique des Pays-Bas et du Danemark, ce dernier craignant qu'une telle initiative accroisse la charge administrative.
D’autres pays ont également exprimé leur scepticisme : la Slovénie, la Hongrie, le Luxembourg et la Belgique ont plutôt préconisé de faire le point « sur la manière de faire levier sur les réseaux existants », avant d’envisager la création de nouvelles structures. Plusieurs États ont en outre soulevé des doutes quant à « la valeur ajoutée » d’une telle agence.
La ministre française est l’une des rares à s’être montrée enthousiaste.
La secrétaire d’Etat allemande, Monika Grütters, quant à elle, est restée vague sur ce point, mais a appelé à une coopération européenne accrue sur le plan culturel. Cette coopération, a-t-elle souligné, devrait notamment être renforcée s’agissant de la gestion des œuvres ayant un « passé colonial ».
Mme Grütters avait annoncé fin avril que l’Allemagne restituerait au Nigeria, à partir de 2022, des œuvres issues de pillages remontant à l’époque coloniale. « Je crois qu’il faut vraiment que nous attachions une grande importance à l’héritage culturel », a-t-elle insisté, estimant que la question dépassait les seules frontières allemandes.
Moyens supplémentaires de financement
De nombreux États ont en revanche salué la décision de la Commission de créer un site Internet qui détaillera les possibilités de financements européens pour les secteurs culturels et créatifs.
« Le site sera disponible d’ici septembre prochain » et « inclura également les possibilités de financement du patrimoine culturel », a confirmé à la presse Mariya Gabriel, la commissaire européenne chargée de la Culture, à l’issue de la réunion.
Par ailleurs, Mme Gabriel a insisté sur la nécessité de trouver des moyens de compléter les financements publics alloués à la protection et à la promotion du patrimoine culturel.
Les ministres, invités à aborder la question de la diversification des financements, ont soumis quelques idées en ce sens.
Plusieurs États membres ont espéré pouvoir compter sur des sources volontaires. L’Italie a plaidé pour la défiscalisation des investissements culturels, assurant que « cela permettrait d’attirer des financements privés ». Selon elle, les partenariats public-privé pourraient se révéler essentiels pour la promotion du patrimoine culturel.
La Slovénie, quant à elle, a suggéré l’organisation d’une « loterie européenne » lors des journées du patrimoine et le Luxembourg la mise en place d’ateliers réguliers afin de permettre un échange d’expériences.
Relance et résilience du secteur culturel
La nécessité d’améliorer l’accès aux financements disponibles pour le secteur, en simplifiant en particulier les procédures de demandes, a par ailleurs été inscrite dans des conclusions qu'ont adoptées les ministres mardi.
Ce document détaille les priorités du Conseil concernant la relance et la pérennité des secteurs de la culture et de la création, qui comptent parmi les plus touchés par la pandémie.
Il appelle entre autres à faire en sorte qu’il soit plus aisé pour les professionnels du secteur de circuler librement dans l’ensemble de l’UE. Et il encourage le partage de bonnes pratiques et de connaissances « afin d'être en mesure de faire face de manière optimale aux phénomènes imprévus susceptibles de perturber ces secteurs à l'avenir ».
Les conclusions demandent enfin aux États de tenir compte des scènes culturelles, des communautés locales et de leur point de vue lors de la définition des priorités politiques. (Agathe Cherki)