Les ministres des Affaires étrangères des États membres de l'UE n’ont pas réussi, mardi 18 mai, à adopter une position unanime concernant la situation au Proche-Orient, alors que la flambée des violences entre Israël et la Palestine est la plus importante depuis 2014.
Si 26 ministres des Affaires étrangères européens ont soutenu les 'points à retenir' (takeaways) du Haut Représentant de l'UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, la Hongrie s’est distancée.
« Je suis heureux de dire que 26 des 27 ont soutenu le sens général des discussions », a expliqué le Haut Représentant, qui avait convoqué la visioconférence en urgence afin de coordonner la réponse des Européens, se disant « assez satisfait concernant ce soutien important ». « Ce sont mes points à retenir, mais ils ont reçu un soutien important », a-t-il expliqué.
M. Borrell a cependant reconnu qu’il lui était difficile de comprendre comment on pouvait ne pas être d’accord sur le texte.
« Il y a une très grande convergence des messages. Il y a parfois des questions d’ordre ou de pondération dans lesquels on qualifie les choses ; cela s’appelle plus des nuances que des divisions, mais les nuances empêchent parfois les accords unanimes », a expliqué une source européenne à l'issue de la réunion.
« J'ai un problème en général avec les déclarations européennes sur Israël... Elles sont généralement très unilatérales, et ces déclarations n'aident pas, surtout dans les circonstances actuelles, lorsque la tension est si élevée », a justifié le ministre hongrois, Peter Szijjarto.
Dimanche, déjà, la Hongrie avait bloqué une déclaration de l’ambassadeur de l’UE auprès des Nations Unies au Conseil de sécurité. Le sujet du Proche-Orient fait souvent l'objet de divergences entre les États membres de l'UE.
Appel à la cessation immédiate de la violence
Sur le fond, les États membres, moins la Hongrie, soulignent que la priorité est la cessation immédiate de toutes les violences et la mise en œuvre d’un cessez-le-feu. « L’objectif est de protéger les civils et de permettre un accès humanitaire complet à Gaza », a expliqué le Haut Représentant. Il a qualifié d'« inacceptable » le nombre important de pertes civiles, de morts et de blessés, dont des enfants, dû à la flambée de la violence. Plus de 200 civils ont déjà péri.
« Nous condamnons les attaques de roquettes sur le territoire israélien. Nous soutenons pleinement le droit d’Israël à se défendre, mais nous estimons aussi qu’il doit le faire de manière proportionnée et en respectant le droit humanitaire international », a expliqué le Haut Représentant.
Il a également rappelé la position de l’UE concernant la nécessité de respecter le statu quo pour les lieux saints, le soutien de l’UE au fait de ne pas procéder aux expulsions des Palestiniens de Cheikh Jarrah ou encore la nécessité de tenir des élections palestiniennes, appelant à ne pas bloquer ce processus.
Chercher une solution au conflit
Une fois le calme revenu, le Haut Représentant est prêt à s’engager pour trouver une solution au conflit. « La sécurité des Israéliens et des Palestiniens nécessite une vraie solution politique, car seule une vraie solution politique peut amener la paix. Pour cela, il faut restaurer une perspective politique », a estimé M. Borrell. Et de rappeler que le statu quo n’était pas une option.
Une fois que la violence aura cessé et que le cessez-le-feu sera en place, « nous devrons nous engager pour rouvrir une perspective politique, exploiter un espace pour un réengagement entre les parties, développer des mesures de renforcement de la confiance, améliorer les conditions de vie des populations et ouvrir la voie vers une potentielle relance d’un processus de paix », a-t-il détaillé.
« La communauté internationale et l’UE ont détourné le regard, espérant que le problème se réglerait de lui-même. Cela ne s'est pas produit. Pour chercher une solution, nous devons nous engager dans la recherche de cette solution », a reconnu M. Borrell. Il a donc expliqué que les Européens renouvelaient leur engagement auprès de leurs partenaires, en particulier les États-Unis, mais aussi avec le Quartet. Le nouveau Représentant spécial de l’UE pour le Proche-Orient va se rendre dans la région pour discuter notamment avec le Quartet.
Le Parlement européen condamne la violence
En parallèle de la visioconférence des ministres, les députés européens ont débattu en session plénière de la situation. Ils ont appelé à un arrêt immédiat des hostilités et souligné la nécessité de reprendre le dialogue et les négociations sur une solution à deux États.
Plusieurs d’entre eux ont aussi appelé l’UE à faire plus. Ainsi, selon Pedro Marques (S&D, portugais), la communauté internationale et l’UE doivent prendre leurs responsabilités et, pour David McAllister (PPE, allemand), l’UE doit poursuivre son dialogue étroit avec les États-Unis, l’Égypte et la Jordanie.
Hilde Vautmans (Renew Europe, belge), a été plus loin, appelant M. Borrell à monter dans un avion pour négocier un nouvel accord d’Oslo. « Nous sommes à un stade bien triste où personne n’attend quelque chose de sérieux de notre part. Il est difficile de trouver une position commune au-delà de vaines paroles. (…) L’UE n’est pas un champion diplomatique, mais elle a des outils pour pousser les parties à un règlement durable », a pour sa part estimé Jordi Solé (Vert/ALE, espagnol).
Alors que le groupe ID, par la voix d'Anna Bonfrisco (italienne), et le groupe CRE, par celle de Charlie Weimers (suédois), ont soutenu Israël, Manu Pineda (La Gauche, espagnol), lui, a mis en avant la situation des Palestiniens. (Camille-Cerise Gessant)