Le 28 octobre 2020, le Comité économique et social européen (CESE) a élu sa nouvelle présidente, l'Autrichienne Christa Schweng. Avec la présidente, EUROPE a discuté de la réforme du code de conduite, de l'évolution du rôle de son institution dans le processus décisionnel européen, de l'impact de la pandémie sur son travail et de ses attentes par rapport à la Conférence sur l'avenir de l'Europe. (propos recueillis par Pascal Hansens)
Agence Europe - Quels sont les principaux changements du code de conduite (EUROPE 12647/28) que vous avez introduits et qui ont été votés en janvier dernier ?
Christa Schweng - C'était donc pour obtenir une meilleure clarté et une plus grande transparence financière, mais aussi une tolérance zéro sur le harcèlement et des sanctions plus sévères en cas de non-respect. Nous avons renforcé le pouvoir du comité d'éthique à cet égard. Par exemple, le comité d'éthique, composé de 6 personnes, joue un rôle de premier plan dans l'enquête en cas de violation possible des normes éthiques par les membres et recommande une décision et des sanctions éventuelles le cas échéant. Les membres peuvent également demander conseil au comité d'éthique en cas de conflit d'intérêts potentiel.
Pour le code de conduite, nous nous sommes inspirés d'autres institutions européennes, comme le Parlement européen. Nous avons également suivi les recommandations du Médiateur européen et de l'Office européen de lutte antifraude (OLAF), je pense que nous avons un code de conduite qui est tout simplement à jour.
Vous êtes dans cette institution depuis 22 ans maintenant. Trouvez-vous que vous êtes actuellement entendus de manière équitable par les institutions européennes et par la Commission européenne ?
Il y a des choses que nous pouvons améliorer et sur lesquelles nous allons travailler. Ce que nous n'avons pas assez fait, c'est vendre nos avis aux institutions de l'UE. Une fois que nous avons une adoption en session plénière, nous agissons souvent comme si le processus était terminé. Mais il est à moitié fini. Et je pense que nous devons voir les membres du Parlement européen de manière proactive, par exemple.
L'autre chose, c'est le moment où nous intervenons. Est-ce lorsque la Commission a déjà préparé sa proposition et l'a mise sur la table, comme le prévoient les traités, ou pourrions-nous intervenir à un stade plus précoce du processus décisionnel ?
Souvent, les institutions européennes demandent l'avis du CESE. C'est ce qu'ont fait la Présidence portugaise et d'autres Présidences en général, ainsi que le Parlement européen. Mais la Commission pourrait nous le demander plus souvent. Je vois ici des moyens d'améliorer l'implication du CESE dans le processus législatif de l'Union européenne. Nous pourrions commencer à alimenter le programme de travail de la Commission.
Nous parlons également de la Conférence sur l'avenir de l'Europe (EUROPE 12656/30). Avez-vous le sentiment que votre institution a un rôle équitable au sein de cette conférence ?
D'après ce que nous avons vu jusqu'à présent, nous sommes présents au sein du comité exécutif en tant qu'observateurs, tout comme le Comité des régions, « quand c'est approprié » (‘when appropriate’). Et, bien sûr, nous comprenons que c’est toujours approprié d'observer ce qui s’y passe.
Mais ce n'est qu'une chose. Pour moi, la Conférence sur l'avenir de l'Europe sera aussi l'occasion d'expliquer un peu mieux l'Europe à nos électeurs et à nos concitoyens. En effet, la distance entre l'Union européenne et le niveau national est perçue comme de plus en plus grande. Et aussi, nous devons écouter ce que les gens aimeraient voir au niveau européen et, ensuite, rendre compte du fait que leurs retours ont été portés à l'attention des personnes qui prennent les décisions.
Comment coordonnez-vous cette approche ascendante avec le Comité des régions ?
Ce n'est pas encore tout à fait clair et cela reste à discuter. Il y a une différence. Nous sommes complémentaires et apportons une contribution différente au processus politique de l'UE.
Comment la pandémie a-t-elle modifié le fonctionnement interne de votre institution et votre travail quotidien ?
Je passe énormément de temps devant mon ordinateur et je ne me déplace pas. Je pense que c'est fondamentalement vrai pour tous les membres du Comité. J'ai été élue présidente le 28 octobre dernier et je n'ai pas vu mon bureau de l'intérieur depuis lors. Je n'ai pas été à Bruxelles depuis cette date. J'ai dans mon cabinet des personnes que je n'ai pas rencontrées en personne, sauf par vidéoconférence.
D'autre part, nous gagnons beaucoup de temps en ne passant pas de temps dans les avions, ce qui réduit l'empreinte de CO2, mais le contact personnel fait vraiment défaut. Ce que nous pouvons résoudre rapidement dans un couloir grâce à une discussion informelle peut finir dans le chaos total par une vidéoconférence. Parce que notre travail est basé sur le consensus et que le consensus est basé sur l'échange et l'échange personnel. Si vous avez l'image et le son, mais pas le langage corporel, il manque tellement de choses !
Une fois votre mandat terminé, sur quoi aimeriez-vous être jugée ?
Je voudrais être jugée sur le fait que la réputation et l'image du CESE ont changé et qu'il est devenu une institution qui est sur un pied d'égalité avec les autres organes consultatifs, qui respecte des normes morales et éthiques plus élevées et dont les gens sont fiers d'être membres et de travailler pour lui.