Les représentants de l’industrie pharmaceutique impliqués dans le développement, la production et la livraison des vaccins contre la Covid-19 commandés par l’UE sont venus témoigner de leur bonne foi, jeudi 25 février, devant les eurodéputés des commissions de l'industrie et de la santé publique.
Les représentants d'AstraZeneca, Moderna, CureVac, Novavax, Johnson&Johnson, Pfizer et Sanofi ont tous répété à l'envi combien leurs équipes étaient mobilisées « 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 » pour produire un maximum de vaccins et combien l'exercice réalisé en peu de temps était compliqué.
AstraZeneca particulièrement dans le viseur
AstraZeneca a fait l'objet de multiples questions de la part des eurodéputés. L'entreprise est en effet sous le feu des critiques pour n'avoir livré que la moitié des doses promises au 1er trimestre, à savoir 40 millions, et pour avoir annoncé cette semaine qu'elle ne produirait pas dans l'UE la moitié des doses qui seront livrées sur le territoire européen au second trimestre, contrairement à ce qui était prévu (ces doses devraient être produites aux États-Unis).
En réponse, le PDG d'AstraZeneca, Pascal Soriot, a indiqué être très peiné par les retards actuels de livraison, réitérant que ceux-ci étaient dus à des problèmes de fabrication. « La raison pour laquelle l'offre est plus faible que prévu a trait à un rendement plus faible qu'escompté, malheureusement », a-t-il expliqué. Selon lui, la quantité de doses qui peut être extraite d'un litre fabriqué en bioréacteur varie d'un site de production à l'autre, avec un ratio d'un à deux.
Invité à s'expliquer sur une possible exclusivité de livraison entre l'entreprise et le Royaume-Uni, comme il l'avait évoqué dans une interview fin janvier, Pascal Soriot a répondu : « L'écrasante majorité de ce qui est fabriqué dans l'UE (y compris aux Pays-Bas) est destinée à l'approvisionnement de l'UE », ajoutant que la production du fabricant néerlandais était pourtant réservée à l'origine au Royaume-Uni. « C'est définitivement ce que j'appelle du partage ! »
Un calendrier légèrement plus précis
Cette audition a aussi permis d'avoir une idée plus précise du calendrier lié aux vaccins non encore autorisés.
Pour rappel, à ce stade, seuls les vaccins de Pfizer/BioNTech, Moderna et AstraZeneca sont autorisés dans l'UE. La Commission a également conclu un contrat avec Sanofi-GSK, Johnson&Johnson et CureVac, et elle est en pourparlers avec Novavax et Valneva. Dans son introduction, la commissaire à la Santé, Stella Kyriakides, a toutefois indiqué : « Nous sommes prêts à mettre à jour ou à conclure de nouveaux contrats d'achat anticipé et à nous attaquer à tous les goulets d'étranglement ».
Lors de l'audition, le PDG de CureVac, Franz-Werner Haas, a indiqué prévoir une « approbation conditionnelle du marché fin mai/début juin ». Sanofi espère, quant à lui, rentrer en essai clinique de phase 3 au deuxième trimestre 2021 et recevoir une approbation au quatrième trimestre. Quant au PDG de Novavax, Stan Erck, il a refusé de se prononcer, mais a rappelé que l'Agence européenne du médicament analysait déjà les données en continu. À terme, « nous pourrons produire 2 milliards de doses par an et 150 millions par mois », a-t-il mis en avant.
Un message envoyé aux dirigeants européens
Cette audition se déroulait en marge d'une visioconférence des chefs d'État et de gouvernement européens consacrée à la pandémie de Covid-19, qui visait notamment à identifier les moyens d'accélérer la production et la livraison de vaccins.
À cette interrogation, le PDG de Johnson&Johnson, Paul Stoffels, a répondu d'un mot : « la collaboration ! », a-t-il indiqué, ajoutant que son entreprise travaillait sans relâche pour construire 3 usines de production dans l'UE, aux États-Unis et en Asie, et était en contact avec 7 entreprises de remplissage (fill and finish) différentes. Et de conclure : « Nous pensons que J&J respectera son engagement de 200 millions de doses pour l'UE en 2021 ». Du côté de CureVac, on se vante également d'avoir mis en place une collaboration paneuropéenne avec plus de 15 partenaires dans toute l'Europe. L'entreprise, a affirmé Franz-Werner Haas, vise 300 millions de doses en 2021 et 1 milliard en 2022. Quant à Moderna, l'entreprise rappelle que la substance est fabriquée en Suisse, la finition a lieu en Espagne et bientôt en France, tandis que la distribution se fait depuis la Belgique.
Pour l'ensemble des PDG, faisant écho à un document de position publié la veille par la Fédération des industries et associations pharmaceutiques (l'EFPIA), la levée des droits de propriété intellectuelle (compulsory licensing) n'est toutefois pas une réponse appropriée. « En ce qui concerne la propriété intellectuelle et le partage des brevets, le problème n'est pas de partager les brevets, mais de passer à une grande capacité de fabrication », a lancé Pascal Soriot, d'AstraZeneca.
Mécanisme d'exportation et transparence
Enfin, l'audition a abordé les questions de transparence. « C'est la double stratégie du Parlement européen : le soutien au cadre européen de négociation (rien n’eut été pire que 27 cadres concurrents) et l’exigence de transparence à tous les niveaux », avait prévenu en introduction le président de la commission de la santé publique, Pascal Canfin.
À ce stade, pourtant, seulement 4 contrats sont publiés, de façon expurgée. Le PDG de Curevac s'est félicité que son entreprise ait montré la voie. « Nous pensons que c'est ainsi que cela devrait être ! », a remarqué Franz-Werner Haas. De son côté, Angela Hwang a indiqué que Pfizer travaillait avec la Commission européenne pour également rendre publique une version expurgée du contrat conclu avec l'UE.
Enfin, plusieurs PDG ont tancé le mécanisme de transparence des exportations mis en place par l'UE. Angela Hwang (Pfizer) a clairement exprimé son opposition, soulignant qu'il était très important de pouvoir importer et exporter dans le monde. De son côté, Franz-Werner Haas (CureVac) a indiqué que son entreprise avait été pénalisée par ce mécanisme. « Le contrôle des exportations, cela nous a touchés d'une certaine manière, car nous n'avons pas pu obtenir de matériel d'essai clinique en Amérique latine », avant d'indiquer que cela avait entraîné un retard d'une semaine. De son côté, AstraZeneca a joué les bons élèves, indiquant être « tout à fait d'accord pour utiliser ce mécanisme ». Pressé de faire taire les rumeurs, Pascal Soriot a précisé que ce mécanisme avait été utilisé « pour exporter des échantillons au Mexique, afin de leur montrer que le vaccin fabriqué à Los Angeles est le même qu'en Europe ». (Sophie Petitjean)