Les commissions des droits des femmes et des libertés civiles du Parlement européen ont auditionné, mercredi 24 février, des militants, experts et représentants du gouvernement polonais au sujet de l'interdiction de facto de l'avortement dans le pays (EUROPE 12588/9).
Ces derniers ont défendu avec vigueur la décision rendue par le Tribunal constitutionnel polonais en ce sens, malgré les critiques avancées par une large majorité d’eurodéputés depuis plusieurs semaines (EUROPE 12654/5) et réitérées ce mercredi.
Rappelant qu’il appartient aux États membres de légiférer sur ce sujet, l’ambassadeur polonais auprès de l’Union européenne, Andrzej Sadoś, a indiqué que la Pologne avait « toujours défendu le droit à la vie » et ne souhaitait « aucune ingérence politique des institutions européennes dans ce domaine ».
M. Sadoś a en outre rappelé la signature par la Pologne, en 2003, dans le cadre de sa procédure d’adhésion, d'une déclaration stipulant « que rien dans les dispositions du Traité sur le fonctionnement de l’UE [...] ne constitue un obstacle pour l'État polonais dans la réglementation des questions d'importance morale ».
Il a par ailleurs nié toute violation du droit international. La commissaire à l’Égalité, Helena Dalli, avait, quelques minutes plus tôt, indiqué que la décision polonaise avait été jugée, au niveau des Nations Unies, contraire aux obligations internationales du pays en matière de droits de l'homme.
La Présidente du 'Conseil de la famille' - instance ministérielle polonaise -, Dorota Bojemska, quant à elle, a réfuté les accusations de mainmise de l’État sur le Tribunal constitutionnel. Ce dernier « s’est toujours prononcé pour le droit à la vie, peu importe sa composition », a-t-elle insisté, saluant la « position sociale très élevée » des femmes en Pologne.
Des discours en totale opposition avec le témoignage apporté par Marta Lempart, meneuse du mouvement de grève des femmes polonaises. « Nous perdons nos emplois, nos familles souffrent, nous avons été détenues, nous avons été battues. L'État polonais traite ses citoyens comme ses ennemis », a-t-elle déploré. (Agathe Cherki)