La Commission européenne a adopté, mercredi 24 février, sa nouvelle stratégie en matière d’adaptation au changement climatique, avec notamment pour ambition de renforcer l’action de l’Union européenne sur la scène internationale par rapport à la stratégie précédente datant de 2013.
« Notre ambition en matière d’adaptation au changement climatique doit être à la hauteur de notre leadership mondial dans l’atténuation du changement climatique », indique ainsi la stratégie, qui vise à rendre l’UE résiliente aux impacts inévitables du changement climatique d’ici à 2050.
Et le vice-président exécutif de la Commission chargé du Pacte vert européen, Frans Timmermans, de déclarer : « Ce qui est complètement nouveau, c’est qu’on se concentre maintenant sur l’aspect international. On n’avait pas fait ça en 2013 ».
L’UE intégrera, par exemple, la résilience et la préparation au changement climatique dans les politiques et instruments d’action extérieure pertinents de l’Union, précise la stratégie.
La Commission entend également renforcer le soutien à l’élaboration et à la mise en œuvre de plans d’adaptation nationaux dans les pays partenaires de l’Union, comme il en existe pour chacun des États membres de l’UE.
Soulignant la nécessité d’accroître le financement international de l’adaptation au changement climatique, l’institution entend utiliser les instruments de l’Union pour l’action extérieure, tels que le Fonds européen pour le développement durable Plus (FEDD+), et attirer des investissements du secteur privé.
Néanmoins, la stratégie « ne précise pas comment elle permettra de lever les obstacles à l’accès des communautés les plus vulnérables au financement » pour l’adaptation au changement climatique, a regretté le réseau d’ONG CAN Europe, tout en préconisant un financement basé sur des subventions plutôt que sur des prêts.
Renforcer les connaissances et les données
Un autre objectif majeur de la stratégie est de « repousser les frontières des connaissances en matière d’adaptation » et d'« acquérir des données plus nombreuses et de meilleure qualité », notamment sur les pertes économiques dues à des événements extrêmes liés au climat (inondations, sécheresses…)
Selon la Commission, ces pertes dans l’UE s’élèvent déjà en moyenne à plus de 12 milliards d’euros par an et pourraient dépasser les 170 milliards d’euros chaque année si l’économie européenne actuelle devait être exposée à un réchauffement climatique de 3°C par rapport aux niveaux préindustriels.
L’institution souhaite notamment faire du programme ‘Climate-ADAPT’ la plateforme de connaissances européenne faisant autorité en matière d’incidences liées au climat et d’adaptation.
Dans le cadre de ce programme, elle compte créer un « observatoire européen du climat et de la santé ».
Ce dernier « examinera l’impact direct des extrêmes de chaleur et de froid et ce que cela signifie pour la propagation de nouvelles maladies », alors que la Covid-19 « nous a brutalement rappelé qu’une préparation insuffisante peut avoir des conséquences désastreuses », a indiqué M. Timmermans.
Une adaptation plus systémique
Désireuse de rendre l’adaptation au changement climatique plus systémique, la Commission entend également soutenir l’élaboration de politiques à tous les niveaux de gouvernance et dans tous les secteurs de la société.
Pour ce faire, elle prévoit d’améliorer les stratégies et les plans nationaux d’adaptation, d'intégrer les principes de résilience climatique dans la politique macrobudgétaire et de promouvoir des solutions d’adaptation fondées sur la nature et au niveau local.
« Les solutions basées sur la nature sont toujours les meilleures solutions », a déclaré à ce propos le vice-président.
Saluant cette volonté de politiques d’adaptation plus systémiques, CAN Europe a néanmoins estimé que la stratégie aurait dû aller plus loin en prévoyant au moins l’élaboration de plans d’adaptation contraignants, d’évaluations de la vulnérabilité climatique et de « stress tests » climatiques aux niveaux local, régional et national.
Interrogé sur la possibilité de ne financer que des infrastructures jugées aptes à faire face aux impacts du changement climatique afin d’éviter d’investir de l’argent public européen dans des projets inadaptés, M. Timmermans a dit préférer une approche « positive » plutôt que « des sanctions ». Il faut toujours « avoir en tête l’aspect adaptation », quel que soit l’instrument de l’UE utilisé pour financer un projet, a-t-il néanmoins déclaré.
Voir la stratégie : https://bit.ly/2NVsYDQ (Damien Genicot)