Les Chefs d'État ou de gouvernement des États membres de l'UE s'apprêtent à se réunir pour la neuvième fois depuis l'apparition du virus, jeudi 21 janvier, pour discuter de la pandémie de Covid-19. Ils aborderont la situation épidémiologique à la suite des vacances d'hiver ainsi que les campagnes de vaccination dans l'UE et dans le monde. Ils tenteront également d'avancer sur la question d'un passeport de vaccination.
Accélérer les campagnes de vaccination
Mardi 19 janvier, la Commission européenne avait présenté une communication destinée à jeter les bases d'un tel débat. Elle y proposait de nouveaux objectifs chiffrés en termes de séquençage du génome et de couverture vaccinale, comme celui de vacciner 80% des soignants et des personnes âgées d'ici mars 2021 et 70% de la population adulte d'ici l'été (EUROPE 12639/1).
« Nous essaierons tous d’y arriver, mais, en fin de compte, chaque État membre doit établir sa propre trajectoire. Elle peut varier d'un État membre à l'autre, voire d'une partie du pays à l'autre », a réagi le lendemain une source européenne, soulignant qu'il ne devait pas s'agir d'un objectif collectif.
« Je pense qu’il est bon d’avoir un objectif ambitieux, car nous savons que d’autres vaccins vont arriver », a ajouté mercredi après-midi la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, lors d'une conférence de presse à l'issue de la présentation au Parlement européen des priorités de la Présidence portugaise du Conseil de l'UE. « Si nous regardons la quantité de doses à venir, je pense que cet objectif est réalisable », a-t-elle poursuivi, en référence aux vaccins d'AstraZeneca, de Johnson & Johnson et de CureVac (EUROPE 12638/1).
Mercredi, le fonds souverain russe a en outre annoncé avoir déposé une demande d'enregistrement de Sputnik V auprès de l'Agence européenne des médicaments et s'attend à ce qu'il soit examiné en février.
L'Italie annonce son intention de porter plainte contre Pfizer
À ce stade, l'objectif semble toutefois loin d'être atteint. Selon les chiffres de la Commission, le pourcentage de vaccination est de « plus de 2% à moins de 0,5% » dans les différents États membres alors que quelque 13 millions de doses ont jusqu'ici été livrées aux pays de l'UE.
Plusieurs États membres estiment que le processus d'autorisation centralisé est trop lent. C'est ce qu'ont fait savoir, dans un courrier commun, les représentants de la Grèce, de la République tchèque, du Danemark et de l'Autriche au président du Conseil européen, Charles Michel.
D'autres États membres s'inquiètent des retards de livraison des vaccins déjà autorisés, qui ont des effets sur leur calendrier de vaccination (comme en Belgique et au Danemark). À la fin de la semaine passée, le consortium germano-américain Pfizer/BioNTech avait en effet annoncé « 3 à 4 semaines » de retard, avant de s'engager à limiter ce retard à une seule semaine.
N'en déplaise, mardi soir, l'Italie a annoncé son intention d'entreprendre, « dans les prochains jours », des actions légales contre Pfizer. « La campagne de vaccination ne peut pas être ralentie, encore moins pour l'administration des deuxièmes doses à de nombreux Italiens qui ont déjà reçu la première », a déclaré le patron de la cellule de crise italienne pour la pandémie, Domenico Arcuri.
De son côté, la présidente de la Commission européenne s'est montrée moins alarmiste, indiquant faire confiance à Pfizer, vu son engagement écrit à limiter les retards.
Passeport de vaccination, et non d'immunité (à ce stade)
Les dirigeants européens devraient également discuter du fameux passeport de vaccination et de ses usages futurs. Ce week-end, Charles Michel avait en effet indiqué qu'il s'agissait d'une question « sensible » au sein des Vingt-sept (craignant que ce passeport serve de passeport d'immunité), mais que ce n'était pas une raison pour « éviter » le débat (EUROPE 12638/1).
Dans sa communication, la Commission rappelle que « les certificats de vaccination permettent un enregistrement clair des antécédents de vaccination de chaque individu pour assurer le bon suivi médical ainsi que la surveillance des effets indésirables possibles ». Faisant écho à la position exprimée par son pays d'origine, la Grèce, le vice-président Margarítis Schinás avait toutefois laissé entendre qu'une discussion politique permettrait peut-être d'envisager d'autres usages, comme de faciliter les voyages et précéder la levée des restrictions.
Toutefois, un fonctionnaire européen insiste : la priorité, aujourd'hui, c'est d'« éviter des blocages qui résulteraient du fait qu'un certificat n'est pas reconnu d'un pays à l'autre ».
Les mesures de restrictions aux déplacements intra-UE en débat
Les mesures de restrictions aux déplacements intra-UE, comme l’obligation de tests PCR négatifs à l’arrivée sur un territoire d’un État membre ou la quarantaine obligatoire, seront aussi débattues par les Vingt-sept.
Alors que le gouvernement français s’est interrogé ce week-end sur la pertinence de généraliser ces exigences de tests PCR négatifs dans Schengen, mais aussi aux frontières extérieures, la chancelière allemande, Angela Merkel, a également affirmé, le 19 janvier, qu’il faudrait de nouveaux contrôles aux frontières intérieures si les pays de l’UE ne durcissent pas leurs mesures.
Mais il s’agira surtout de coordonner les restrictions aux déplacements qui existent déjà ou de les recommander aux pays qui ne les mettent pas encore en vigueur. Lundi, la ministre belge des Affaires étrangères, Sophie Wilmès, a ainsi souhaité que tous les États membres s’entendent sur une position commune d’exigence de tests PCR négatifs pour les non-résidents.
Plusieurs pays comme la Belgique, justement, les Pays-Bas ou l’Italie exigent ce test négatif à l’arrivée sur leur sol, même lorsque la personne vient d'un État Schengen.
Les Vingt-sept sont-ils en mesure de s’entendre déjà sur ce point et peuvent-ils aller plus loin ? « On ne va rien imposer, mais l’idée est de coordonner notre action et l’on ne pourra durcir ces mesures qu’à la marge », reprend cette source, car les États membres ne souhaitent surtout pas sacrifier les travailleurs frontaliers ou en transit qui doivent être exemptés de tout durcissement de ce type.
Un objectif de solidarité internationale
Même si la vaccination dans l'UE est à la peine, les chefs d’État ou de gouvernement devraient également aborder la coopération avec les pays tiers en ce qui concerne les vaccins, « qui devraient être traités comme un bien public mondial », insiste Charles Michel dans sa lettre d’invitation aux Vingt-Sept. « Nous examinerons comment nous pouvons aider nos partenaires dans le voisinage et au-delà », indique-t-il.
« Il ne s’agit pas seulement de solidarité, mais de notre propre intérêt », a souligné Mme von der Leyen devant le Parlement européen. Et d’annoncer que « la Commission propose un mécanisme européen de partage des vaccins qui acheminera les vaccins soit directement, soit par l’intermédiaire de la Facilité COVAX », qui vise à garantir un accès juste et équitable aux vaccins pour 92 pays à faibles et moyens revenus (EUROPE 12624/38).
Elle a souligné l’importance de soutenir les pays de voisinage pour qu’ils commencent à vacciner les travailleurs de première ligne, notamment dans les Balkans occidentaux, les pays du Partenariat oriental et les pays africains. (Sophie Petitjean, avec Agathe Cherki, Aminata Niang et Solenn Paulic)