Les ministres des Affaires européennes des États membres de l'UE ont jeté les bases, lundi 18 janvier, de la discussion informelle sur la Covid-19 qu'auront, jeudi 21, les dirigeants européens, en abordant la difficile question d'un passeport vaccinal.
Les Vingt-sept ont également préparé le terrain en discutant de la disponibilité des vaccins, des campagnes de vaccination, du dépistage et de l'inquiétante mutation du virus, a laissé entendre en conférence de presse la secrétaire d'État portugaise aux Affaires européennes, Ana Paula Zacarias.
De son côté, au nom de la Commission européenne, le vice-président Maroš Šefčovič a réaffirmé l'intention de son institution de présenter mardi une nouvelle communication liée à la Covid-19. « Cette communication se concentrera sur les moyens d'accélérer la vaccination et les approvisionnements en vaccins, d'intensifier le dépistage et le séquençage pour gérer l'infection et les nouvelles variantes, d'assurer le fonctionnement du marché intérieur et de faire preuve de leadership international et de solidarité envers nos voisins », a-t-il déclaré.
La lente marche vaccinale
Si sept vaccins sont actuellement administrés dans le monde, seulement deux - ceux de Pfizer/BioNTech et Moderna - sont autorisés au niveau européen (sachant que le vaccin d'AstraZeneca pourrait être autorisé fin janvier et celui de Johnson & Johnson en février).
Les États membres, confrontés à des retards dans les livraisons, vaccinent à des rythmes différents. En proportion de sa population, c'est le Danemark (2,9%) qui est à la première place parmi les 27. En nombre de doses, il s'agit de l'Italie (1,15 million) et de l'Allemagne (1,05 million). « Nous devons combler cet écart entre la livraison et la vaccination tout en restant largement synchronisés pour des raisons relatives à la santé et au marché unique », a déclaré le vice-président Šefčovič, soulignant que « des objectifs de vaccination concrets pour tous les États membres pourraient s'avérer utiles ».
Et d'ajouter : « Nous devons également augmenter l'offre de vaccins en travaillant avec les fabricants. Cela peut signifier, dans les nouvelles usines de fabrication, l'obtention d'accords entre les fabricants pour réutiliser leurs entreprises et surmonter les obstacles dans la chaîne d'approvisionnement », a-t-il déclaré à l'issue de sa réunion avec les ministres européens des Affaires européennes.
Certificat de vaccination
Les ministres européens ont également évoqué la délicate proposition du Premier ministre grec en faveur d'un certificat de vaccination « standardisé », destiné à donner un coup de pouce à l'industrie du tourisme mise à mal par la pandémie du coronavirus.
Lors d'une interview à la télévision néerlandaise, le président du Conseil européen avait indiqué qu'il s'agissait d'une question « sensible » au sein des Vingt-sept, mais que ce n'était pas une raison pour « éviter » le débat. Selon lui, il convient de répondre à deux questions : sommes-nous d'accord pour introduire un tel certificat ? Et, si nous le sommes, quand est-ce approprié de le faire ?
En conférence de presse, la secrétaire d'État portugaise et le vice-président de la Commission européenne ont tous deux souligné que la discussion n'en était qu'à ses débuts. « La lettre grecque est l’un des éléments de ce débat. Il y a différentes visions et nous devons travailler sur ce que nous ferons à l’avenir », a résumé Mme Zacarias.
Maroš Šefčovič a souligné que la discussion ministérielle visait à « créer une plateforme adéquate pour collecter et partager les données électroniques de vaccination » afin d'évaluer l’efficacité de la vaccination et de la stratégie européenne de vaccination. « Je répète qu’en aucune circonstance, nous ne voulons arriver à une situation où des personnes qui ne voudraient ou ne pourraient être vaccinées se voient limitées dans l'exercice de leurs droits et libertés ».
Maintenir « Schengen ouvert »
Le vice-président a par ailleurs souligné que de nombreux pays avaient rappelé la nécessité de maintenir « ouvertes les frontières dans Schengen » et de protéger la circulation sur le marché intérieur.
Ce sujet des frontières intra-Schengen sera aussi discuté par les dirigeants alors que des pays comme la France souhaitent se coordonner avec leurs voisins pour durcir les conditions d’entrée des autres ressortissants de l’UE.
Un certain nombre de pays membres exigent toutefois déjà un test PCR négatif et/ou une quarantaine obligatoire pour la venue des ressortissants d’autres États membres. D'autres, comme la Belgique, imposent aussi un test à leurs résidents revenant de zones rouges.
« Ce qui compte pour la coordination, c’est de respecter les traités et de respecter les prérogatives du marché unique ». Il faut que « Schengen fonctionne, que le marché intérieur fonctionne », a ajouté le vice-président, tout en reconnaissant qu’il faut « un équilibre » qui prenne en compte la situation plus mauvaise de certains pays.
« L’objectif est de trouver un équilibre qui permette de préserver la mobilité dans l’UE, tout en prenant en compte la vitesse de propagation des variants », a renchéri une source. Les États de l’Est, par exemple, ont insisté lundi sur la préservation de la mobilité des routiers.
Les frontières extérieures seront aussi abordées le 21 avec le renforcement des contrôles et une meilleure coordination pour les tests des voyageurs des pays tiers.
La Commission critiquée
Lors du rendez-vous de midi avec la presse, la Commission a par ailleurs été invitée à s'expliquer sur les documents volés à l'Agence européenne des médicaments (EMA) et diffusés sur le Dark Web, qui font état de pressions sur l'agence pour que celle-ci autorise rapidement le vaccin de Pfizer/BioNTech.
« La Commission européenne n’a jamais exercé de pression politique sur l’EMA concernant l’évaluation de l’efficacité et la sûreté du vaccin. La rapidité, c’est important, mais pas aux dépens de la sûreté et de l’efficacité », a déclaré le porte-parole chargé de la santé, Stefan De Keersmaecker. « Il est vrai qu'il y a eu des contacts entre la Commission et l'EMA, mais ceux-ci portaient surtout sur les aspects de procédure, à savoir comment accélérer la procédure d'un point de vue administratif ».
Autre sujet sensible : le voyage de plusieurs représentants de la Commission européenne au Portugal, à la suite duquel trois commissaires (Dombrovskis, Vestager et Ferreira) se sont mis en quarantaine suite à leur contact avec le ministre portugais des Finances. Selon la Commission et la Présidence portugaise du Conseil de l'UE, toutes les mesures de sécurité, y compris le port du masque, ont été respectées. (Sophie Petitjean avec Solenn Paulic)