La Présidence française a défendu l'accord d'investissement UE/Chine, lundi 18 janvier, alors que des critiques sont émises de part et d'autre de l'Union. Paris a assuré que les engagements pris par la Chine en termes de droits de l'homme seraient « vérifiés très scrupuleusement ».
La Chine s'est engagée à ratifier les conventions fondamentales de l'Organisation internationale du Travail (OIT), notamment en matière de travail forcé (EUROPE 12628/7), mais de nombreuses voix s'élèvent pour exprimer une opinion contraire. Le député européen Bernard Guetta (Renew Europe, français), affilié au même parti que le Président français, a publié une tribune dans Libération pour exprimer son refus catégorique de voir l'accord ratifié. Parmi les raisons, il mentionne une ouverture du marché chinois encore trop faible ou encore une « cynique hypocrisie » en ce qui concerne les droits de l'homme : « Ou bien nous attendons que la Chine signe et ratifie ces conventions pour signer avec elle des nouveaux accords commerciaux ou bien, tout autre attitude, nous renonçons définitivement à lier le commerce et le respect des droits fondamentaux ».
Le député Reinhard Bütikofer (Verts/ALE), président de la délégation pour les relations avec la République populaire de Chine au PE, considère aussi que l'accès au marché chinois est encore trop limité dans les termes de l'accord. Les garanties en termes de protection des travailleurs sont également beaucoup trop faibles, selon lui. « L'accord est bien en dessous de la demande qu'a formulée le Parlement européen sur la prévention du travail forcé en décembre 2020. Je me demande pourquoi la Commission européenne ne l'a pas pris plus sérieusement que cela », a-t-il déclaré à EUROPE. Le Parlement avait appelé à des sanctions envers la Chine en votant une résolution sur la détention arbitraire de masse d’Ouïgours et de Kazakhs dans la région autonome ouïgoure du Xinjiang (EUROPE 12625/20).
Reinhard Bütikofer et Bernard Guetta sont rejoints dans ces arguments par leur collègue français du groupe La Gauche Emmanuel Maurel, qui ne croit en aucun cas aux promesses de la Chine de respecter ses engagements, tant en matière de respect des travailleurs, qu'en ce qui concerne les règles commerciales.
À droite, en revanche, la députée María Spyráki (PPE, grecque), vice-présidente de la délégation pour les relations avec la République populaire de Chine, pense que les instruments d'arbitrage prévus dans l'accord pourront faire respecter les engagements pris et assurer une concurrence loyale. « D'après les informations disponibles, je pense que c'est un bon accord. Il est grand temps d'établir une réciprocité entre l'UE et la Chine », a-t-elle affirmé à EUROPE.
Le texte intégral de l'accord conclu entre la Commission européenne et la Chine n'a pas encore été publié et le processus de ratification par le Parlement européen ne devrait pas intervenir avant la deuxième moitié de 2021. (Léa Marchal)