Chercheur auprès du groupe de réflexion Bruegel et de l'Institut Peterson, Nicolas Véron, est d'avis que l'accord commercial UE/Royaume-Uni épouse, dans sa structure et dans son contenu, le mandat de l'Union européenne. Il loue l'unité indéfectible des Vingt-sept qui a pesé dans les négociations (propos recueillis par Mathieu Bion).
Agence Europe – En quoi l’accord commercial avec le Royaume-Uni est-il meilleur qu'un échec ?
Nicolas Véron – Il y a clairement plus de visibilité, car une absence d'accord aurait eu des conséquences plus chaotiques qui, elles-mêmes, auraient stimulé une nouvelle forme de négociation d'une manière ou d'une autre.
Étant donné la part de la City dans l'économie britannique, à quoi attribuer le fait qu'il y ait très peu d'éléments liés aux services financiers dans l'accord bilatéral ?
Depuis le début de la négociation en 2017, le gouvernement britannique a fait le choix un peu surprenant de ne pas privilégier les services financiers dans ses priorités de négociation. Et, au cours des derniers mois, la position britannique n'a pas été différente des étapes antérieures.
Pourquoi cela ? La réponse est surtout politique : la défense des entreprises financières a très peu de résonnance dans l'électorat conservateur.
Quels éléments de l'accord sont plus faciles à vendre auprès de l'électorat conservateur ?
Le point symbolique principal, je crois, est le mécanisme mis en place pour le contrôle des engagements britanniques qui ne donne pas un rôle formel à la Cour de justice de l'UE.
La réalité, c'est que, si on compare les mandats de négociations britannique et de l'UE, l'accord final ressemble plus au mandat européen, à la fois dans sa structure et dans son contenu, qu'au mandat britannique. Depuis le début, une caractéristique fondamentale de la négociation Brexit a été le séquençage entre, premièrement, l'accord de retrait fin 2019 et, deuxièmement, un accord commercial fin 2020, séquençage qui, au départ, ne faisait pas du tout l'objet d'un accord du côté britannique.
En quoi l’unité indéfectible des Vingt-sept y a-t-elle contribué ?
La démarche européenne a été déterminée par des considérations techniques et de substance, pas tellement par des considérations de court terme, parce que cette négociation Brexit n'avait pas énormément de résonnance dans les opinions publiques.
Par ailleurs, le négociateur en chef de l'UE, Michel Barnier, et son équipe ont réussi à faire en sorte que la délégation de la négociation à la Commission européenne crée une dynamique de confiance et œuvre dans l'intérêt commun.
À l'inverse, au Royaume-Uni, chaque micro-étape de la négociation a été sous le feu des projecteurs politiques, a généré des gros titres et, donc, a conduit à un pilotage beaucoup plus politique et à court terme.
Présentée comme une urgence nécessaire, l’application provisoire de l'accord conduit-elle à une perte de crédibilité pour le Parlement européen ?
Ce qui aidera dans ce débat, c'est le contraste avec le Parlement britannique, qui n'a eu que quelques heures pour regarder et entériner l'accord, alors que le Parlement européen a un temps de délibération qui permet un examen plus crédible.
On l'imagine mal rejeter l'accord ou demander des modifications...
Je ne pense pas que le Parlement remette en question les équilibres généraux de l'accord. Maintenant, est-ce que l'accord qui sera ratifié au final sera complètement identique à celui qui a été négocié ? Cela reste à voir.
Un Plan de relance européen aurait-il été possible avec le Royaume-Uni ?
Je crois que la réponse est non. Il est peu probable qu’un Plan de relance européen Next Generation EU, incluant les pays hors zone euro, aurait été adopté sous cette forme, si le Royaume-Uni avait encore été un État membre.
Next Generation EU représente un pas important vers une union budgétaire. Cela a toujours été quelque chose qui a été une ligne rouge pour les Britanniques.