Bien que saluant la clarification apportée par l’accord conclu entre le Royaume-Uni et l’Union européenne, les régions s’inquiètent de l’incidence du Brexit sur leurs activités et de la place qui leur est réservée dans l’accord final.
Bien que l’accord ait été négocié du côté de l’UE par un ancien commissaire à la Politique de cohésion, Michel Barnier, les régions ont constaté le peu de cas dont elles font l’objet dans l’accord. « Du point de vue des autorités locales et régionales, il est regrettable que leur rôle important soit largement absent de l'accord », a ainsi regretté le président du Comité des régions (CdR), Apostolos Tzitzikostas, répondant à EUROPE.
« En effet, elles ne sont mentionnées que lorsqu'il s'agit d'adapter certains points de l'accord aux conditions régionales, ou sur des questions très spécifiques (telles que les dispositions fiscales). Il manque notamment à l'accord la participation des collectivités locales et régionales aux structures envisagées dans le cadre de l'accord », a-t-il poursuivi.
Le président a ainsi indiqué que le CdR cherchera à obtenir une plus grande reconnaissance du rôle des collectivités locales et régionales dans l'avenir des relations UE-Royaume-Uni, soit par le biais de la participation au Conseil de partenariat conjoint ou à l'Assemblée parlementaire de partenariat, soit par une autre structure, a-t-il fait savoir.
M. Tzitzikostas a rappelé que les autorités locales et régionales n’avaient pas été officiellement incluses dans les négociations, mais qu’elles n’étaient pas restées les bras croisés pour autant. En juin dernier, un groupe de contact entre le CdR et le Royaume-Uni a ainsi été créé afin de maintenir la coopération politique entre l’Union et les collectivités locales britanniques, en plus de l'adoption de deux résolutions.
Bien que saluant la réserve ‘Brexit’ dotée de 5 milliards d’euros, le président a estimé que la somme risquait d’être « insuffisante ». « Le mécanisme de gouvernance proposé pour la réserve devrait également inclure un rôle pour les autorités locales et régionales », a-t-il ajouté, pointant du doigt le fait que la clé de répartition nationale et sectorielle proposée ne comporte pas de composante régionale qui permettrait de prendre en compte les critères régionaux, comme on le voit par exemple dans le Fonds européen d'ajustement à la mondialisation.
M.Tzitzikostas a salué le maintien du programme PEACE, le programme de l’Union qui vise à soutenir la paix et la réconciliation en Irlande du Nord et dans la région frontalière de l’Irlande.
Abordant la question de la coopération territoriale, bien qu’il n’existe actuellement aucun groupement européen de coopération territoriale (GECT), « il existe un intérêt à en créer à l’avenir afin de développer la coopération transfrontalière », a-t-il fait savoir. « La coopération territoriale est essentielle et nous allons bientôt commencer à parler de stratégie macro-régionale incluant le Royaume-Uni », a-t-il conclu.
Les régions maritimes de l’Atlantique nord et de la Mer du nord
De son côté, la secrétaire générale de la Conférence des régions périphériques et maritimes (CRPM), Eleni Marianou, a rappelé combien les régions maritimes autour du Royaume-Uni étaient exposées. « À titre d'exemple, la Bretagne estime que les partenaires britanniques représentent 80% de ses projets de coopération avec l'UE. Dans le cadre des programmes INTERREG Espace Atlantique, 192 partenaires britanniques sont impliqués dans la période actuelle (ce qui représente 20% de l'enveloppe totale du programme) » a-t-elle expliqué à EUROPE.
L’une des grandes sources d’inquiétude pour ces régions porte sur les quotas de pêche. Les négociateurs ont convenu d'une période de transition au cours de laquelle la valeur du poisson pêché par l'UE dans les eaux britanniques sera réduite progressivement sur une période de transition de cinq ans et demi, a-t-elle expliqué (voir autres nouvelles).
Une fois la période de transition terminée, le Royaume-Uni contrôlera entièrement l'accès à ses eaux et pourrait procéder à des réductions beaucoup plus importantes sur une base annuelle, avec un préavis de trois mois pour la fermeture de l'accès, a-t-elle poursuivi, ce qui génère de l’incertitude pour les pêcheurs britanniques et européens. En effet, l'UE pourrait réagir en imposant des taxes sur les exportations de poisson britannique vers l'UE ou en refusant aux bateaux britanniques l'accès aux eaux de l'UE.
Par ailleurs, Mme Marianou craint le surcoût que représente le Brexit pour les régions portuaires, pour les PME (voir autre nouvelle sur le marche intérieur). Elle espère également que l’Irlande ne souffrira pas trop de cet accord et qu'elle bénéficiera de connexions maritimes suffisamment solides avec le continent pour éviter « d’être isolée ». (Pascal Hansens)