Accélérer les progrès dans l'égalité des genres et l'autonomisation des femmes et des filles dans un monde qui est loin du compte et fragilisé par la crise de la Covid-19, c'est l'ambition du nouveau 'plan d'action pour l'égalité de genre dans les relations extérieures de l’UE' (GAP III 2021-2025).
Il a été dévoilé mercredi 25 novembre par le Haut Représentant de l'UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, et la commissaire aux Partenariats internationaux, Jutta Urpilainen, à l'heure où aucun pays au monde n'est en voie d'atteindre l'égalité des genres et l'autonomisation de toutes les femmes et de toutes les filles d'ici 2030.
S'il s'agit du troisième plan d'action, c'est le premier à offrir un cadre politique endossé par le collège des commissaires et témoignant d'une volonté politique qu'il débouche sur des sociétés plus inclusives et plus prospères. C'est « un cadre global pour orienter nos actions dans tous les secteurs de l'action extérieure », a précisé M. Borrell.
Le GAP III a été présenté à la presse le jour de la Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, mais son champ est beaucoup plus large.
Il se concentre sur six domaines : - mettre fin à la violence fondée sur le genre ; - les droits à la santé sexuelle et reproductive ; - les droits et l'autonomisation au plan économique et social ; - l'égalité de participation et de leadership ; - les femmes ; - la paix et la sécurité.
« La pandémie de Covid-19 a accru les inégalités. Après des décennies de progrès, les acquis risquent d'être perdus et les femmes et les filles sont en première ligne», a insisté Mme Urpilainen, soulignant que le plan doit promouvoir des sociétés durables dans lesquelles les hommes et les femmes ont des opportunités égales.
Selon elle, les discussions survenues lundi entre les ministres européens chargés du Développement ont montré que le plan a remporté l’adhésion d'une majorité d' États membres (EUROPE 12608/17). Si la Pologne et la Hongrie se sont opposées à l’emploi du terme 'égalité de genre', lui préférant celui d’égalité 'des sexes', c'est au Conseil de régler ce problème, a estimé le Haut Représentant.
'Égalité de genre' « est une terminologie internationale que nous utilisons et à laquelle nous sommes attachés », a souligné la commissaire européenne. Le Haut Représentant, quant à lui, a indiqué que le collège s’était entendu à l’unanimité sur l’utilisation de ce terme « largement utilisé et universellement compris ».
Domaines d’action. Le plan détaille les domaines dans lesquels des progrès sont particulièrement attendus.
Ainsi, d'ici à 2025, 85% des actions de l'UE devraient contribuer à atteindre l'égalité de genre (contre 64% en 2019).
Un plan d'action spécifique par pays partenaire devra être préparé - du « sur-mesure ».
Il s'agira aussi que l'UE et les États membres travaillent mieux ensemble, comme le fait 'Team Europe' dans la réponse mondiale à la pandémie
En matière de lutte contre les violences de genre, l'UE devrait notamment soutenir la préparation, la prévention et la réponse aux violences sexuelles et sexistes et soutenir davantage les organisations de défense des droits des femmes.
Elle devrait également veiller à la promotion des droits sexuels et reproductifs en soutenant notamment l’élimination de pratiques telles que les mutilations génitales.
L’UE entend également soutenir l’autonomisation économique, l’accès à l’éducation et à la santé des femmes, étant donné qu’en 2020, dans le monde, moins de 50% des femmes sont présentes sur le marché du travail, contre 76% des hommes, et que 2 sur 3 des 740 millions d'adultes analphabètes dans le monde sont des femmes.
L’UE entend aussi apporter son soutien aux actions visant à faire progresser l'égalité « de participation et de leadership » des femmes, notamment dans le cadre des processus de paix.
« Entre 1992 et 2018, les femmes ne représentaient que 13% des négociateurs, 6% des médiateurs et 6% des signataires dans les grands processus de paix », détaille le texte.
Quelle place pour les femmes au sein des institutions européennes ?
Constatant que les postes d'encadrement supérieur du Service européen pour l’action extérieure (SEAE) demeurent occupés à 87% par des hommes, les eurodéputés avaient, le mois dernier, appelé la Commission à commencer par pallier ces inégalités de genre (EUROPE 12587/7).
Le Parlement avait ensuite invité le SEAE à garantir que 50% de ses postes d’encadrement soient occupés par des femmes, y compris ceux de chefs de délégation et de mission et d'opérations relevant de la Politique de sécurité et de défense commune (EUROPE 12588/25).
Si la Commission se dit ici déterminée à « montrer l’exemple » et à « faire un bond en avant », elle ne se fixe toutefois aucun objectif concret et se contente de rappeler l’engagement de sa présidente, Ursula von der Leyen, à ce qu’à la fin de son mandat, l'équilibre entre les sexes dans les postes d'encadrement soit de 50/50.
« L'une des principales priorités a été d'encourager les États membres à présenter des candidatures féminines pour tous les postes du SEAE », peut-on lire dans l’avant-dernière et brève partie du GAP III, consacrée à l’égalité de genre au sein des institutions.
La Commission assure, enfin, vouloir renforcer le rôle des « personnes/points de contact pour l’égalité de genre », en garantissant notamment que leur « réseau sera élargi », et indique que le personnel d'encadrement recevra une formation obligatoire sur l'égalité de genre et sur la mise en œuvre du plan d'action. Ce que le Parlement européen avait également requis.
« Nous avons maintenant besoin d'objectifs clairs et mesurables », a toutefois estimé Hannah Neumann (Verts/ALE, allemande), rapporteur pour avis sur le sujet au PE, appelant la Commission à « agir et agir vite, pour que ce bon plan change la réalité dans nos propres institutions et dans le monde ».
Consulter le GAP III : https://bit.ly/3fEH867 (Agathe Cherki et Aminata Niang)