Les ministres des Affaires européennes de l'Union européenne, réunis à Luxembourg mardi 13 octobre, ont, sans surprise, renouvelé leur soutien au négociateur en chef de l’UE sur les relations futures avec le Royaume-Uni, Michel Barnier, et au vice-président de la Commission européenne, Maroš Šefčovič, chargé de suivre la mise en œuvre de l’accord de retrait britannique.
Mais ils ont aussi appelé les citoyens et les entreprises à se préparer à tous les scénarios, y compris celui d’une absence d’accord au 1er janvier 2021, terme de la période de transition post-Brexit. Une telle situation serait « désastreuse pour les deux parties », a commenté le secrétaire d’État allemand, Michael Roth, « mais encore plus pour le Royaume-Uni ». Londres doit faire rapidement les propositions nécessaires pour parvenir à un accord, car le temps presse, a-t-il ajouté.
Au même moment, devant le Comité des Régions, la chancelière allemande, Angela Merkel, a estimé qu’un accord était dans l’intérêt des deux parties, même si l’UE devait aussi se préparer à un échec des négociations.
Un appel téléphonique aura lieu mercredi 14 octobre entre la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, et le Premier ministre britannique, Boris Johnson.
Sur les pourparlers relatifs à l’accord de libre-échange et aux relations économiques et sécuritaires, Michel Barnier a estimé qu’il reste encore « un certain nombre de semaines et non de jours » pour poursuivre les négociations, a relaté le ministre des Affaires étrangères irlandais, Simon Coveney, à l’issue du Conseil 'Affaires générales'.
L’Irlandais, qui s’est ensuite entretenu en bilatéral avec les deux hommes sur le Protocole nord-irlandais, a dit ne pas s’attendre à « une percée » dans les prochains jours entre Londres et l’UE. Il y a eu « des progrès sur les conditions de concurrence équitable, mais pas de progrès sur la pêche où les parties restent très éloignées », a dit M. Coveney, se référant à l'exposé de Michel Barnier. Et les intérêts des « pêcheurs européens ne seront sûrement pas bradés dans une tentative de réussir un accord avec Londres sur le commerce », a-t-il ajouté.
Des négociations prolongées potentiellement jusqu’à la mi-novembre
Selon une source diplomatique, les pourparlers devraient donc se poursuivre après le sommet européen des jeudi 15 et vendredi 16 octobre, qui servira à faire un bilan d'étape des négociations. Ils pourraient même continuer potentiellement jusqu’au nouveau rendez-vous des Vingt-sept prévu pour la mi-novembre à Berlin, en marge du sommet UE/Chine.
Selon cette source, la réunion a été l’occasion de réitérer l’unité des Vingt-sept et le soutien à M. Barnier, même si de légères divergences sont en effet apparues ces derniers jours sur la pêche. M Barnier a en effet proposé des ouvertures envers Londres que les États membres ont rejetées.
Sur la concurrence équitable et les aides d’État, les discussions auraient progressé sur des principes clefs et une autorité indépendante au Royaume-Uni chargée de les surveiller. Mais cette offre reste insuffisante, selon cette source, pour qui toute petite distorsion de concurrence aura un effet important en termes d’avantages compétitifs pour le Royaume-Uni.
De manière générale, cette source a estimé que Londres devait faire davantage de propositions pour bénéficier d’un « accord zéro quota et zéro tarif douanier » qui lui est proposé.
Accord de retrait et Protocole nord-irlandais
Maroš Šefčovič a indiqué que les échanges se poursuivaient avec Londres sur la mise en œuvre de l’accord de retrait britannique et le Protocole nord-irlandais. Une nouvelle réunion du comité conjoint aura lieu la semaine prochaine, mais l’UE reste préoccupée par la mise en œuvre dans les temps de ces dispositifs censés prendre place au 1er janvier 2021.
À ce titre, Simon Coveney a indiqué que le projet de loi britannique sur le marché intérieur, qui viole certaines dispositions du Protocole nord-irlandais, continuait de poser problème. Un « message très clair » a été envoyé lors de la réunion ministérielle sur le fait que cette loi « devrait être retirée » avant que soit signé ou ratifié tout accord sur la relation UE/Royaume-Uni post-Brexit. (Solenn Paulic)