La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, devrait présenter ce mercredi 16 septembre, lors de son premier discours sur l’État de l’Union, un Plan d’action visant à lutter contre le racisme dans l'UE. Mme von der Leyen s’était emparée de ce sujet en juin dernier : des protestations essaimaient alors aux États-Unis et dans de nombreux pays européens en réponse à la mort de l’Afro-Américain George Floyd.
Alors que l’institution s’apprête à lever le voile sur les « actions concrètes » promises en juin (EUROPE 12513/12), EUROPE s’est entretenue avec l’eurodéputée Alice Kunhke (Verts/ALE, suédoise), consultée par Mme von der Leyen au début du mois au sujet du Plan d’action.
« J’ai cru comprendre qu’il était rare que la présidente de la Commission invite un unique député, qui plus est issu de l’opposition, pour lui demander son avis », s’amuse Mme Kunhke, saluant la « détermination et l’engagement » dont semble faire preuve Ursula von der Leyen vis-à-vis de ce sujet, jusqu’ici peu considéré.
Revendications. Lors de cette rencontre, l’eurodéputée a insisté sur la nécessité de reprendre les négociations sur la directive contre les inégalités de traitement, bloquée au Conseil depuis 2008.
À d'autres occasions, elle a également plaidé pour que l’Agence des droits fondamentaux de l’UE (FRA) bénéficie des financements et des outils nécessaires pour pouvoir épauler les États, notamment dans la mise en place de plans d’action nationaux contre le racisme.
« Nous savons tous que l'UE a des normes très élevées en matière de droits de l'homme, mais nous savons aussi que la situation dans les pays membres est très critique en ce qui concerne la lutte contre le racisme », déplore Alice Kunhke. Seuls 15 des 27 États membres disposent en effet de plans d’action en la matière aujourd’hui, rappelle-t-elle.
Aucune avancée ne se fera toutefois à l’échelle de l’UE sans financement adéquat. La députée l’a également rappelé à Mme von der Leyen lors de leur entrevue : la position du Conseil européen à cet égard n’est, pour elle, pas acceptable.
Le 21 juillet dernier, les chefs d’État et de gouvernement sont convenus d’allouer 841 millions d'euros au programme « Justice, droits et valeurs » du cadre financier pluriannuel. Le Parlement, lui, en réclamait près de 2 milliards.
Enfin, Mme Kunhke et la présidente de la Commission se sont entendues sur la nécessité de lutter contre le racisme au sein des institutions européennes elles-mêmes. « La première étape est de reconnaître que nous avons un problème à ce niveau. La seconde est de faire évoluer la façon dont nous recrutons ».
Être issu d’un milieu modeste, être réfugié ou enfant de réfugiés… Pour la députée, de tels critères pourraient également être valorisés afin d’accroître la représentativité au sein d’institutions traitant de sujets aussi divers que ceux qui touchent les citoyens au quotidien.
Propositions législatives. Une fois les solutions identifiées, il reste à les faire appliquer. Alice Kunhke attend avant tout du Plan d’action de la Commission qu’il se compose de propositions législatives. Une révision de la directive antiracisme pourrait notamment être annoncé, a appris EUROPE.
« Sans législations et actions concrètes, ce ne sont que de belles paroles. Et nous avons dépassé l'époque où seules les paroles suffisaient », assure la députée.
En témoignent les réactions de ses collègues à l’issue de son discours sur les violences policières, tenu lors de la session plénière du mois de juin. À sa sortie de l’hémicycle, plusieurs députés du PPE lui avaient alors assuré leur soutien et admis : « nous devons faire plus ». (Agathe Cherki)