Le vice-ministre des Affaires étrangères grec, Miltiádis Varvitsiótis, et le chef de la diplomatie turque, Mevlüt Çavuşoğlu, ont plaidé pour un dialogue entre leurs deux pays, jeudi 10 septembre, lors de deux auditions distinctes à la commission des Affaires étrangères du Parlement européen, alors que la situation est toujours très tendue en Méditerranée orientale. Ils ont cependant chacun accusé l’autre partie d’être responsable de l’absence d’un tel dialogue.
Ainsi, selon M. Varvitsiótis, « la Grèce est déterminée à résoudre ses différends avec la Turquie à travers le dialogue, et le dialogue passe par la saisine de la Cour de justice internationale à La Haye ». Et de prévenir que la résolution de ce différend ne peut pas « avoir lieu sous la contrainte militaire et la menace » d’une guerre, sinon cela n’est pas du dialogue, mais « du chantage ».
Le ministre grec a reproché à la Turquie une « rhétorique belliqueuse », une « attitude de provocation, unilatérale, d’agressivité qui menace la paix en Méditerranée orientale, une violation flagrante du droit international qui sape l’intérêt de l’UE ». Un langage « excessivement polémique » qui a fait tiquer Reinhard Bütikofer (Verts/ALE, allemand), qui s’est demandé si le ministre grec souhaitait un apaisement du conflit ou s’il était content de l’escalade qui lui donne une chance de bénéficier de la solidarité européenne.
Et si M. Varvitsiótis a qualifié de « fake news » les déclarations turques selon lesquelles la Grèce ferait preuve d’un manque de volonté pour dialoguer, quelques heures plus tard, son homologue turc a une nouvelle fois pointé Athènes du doigt. « Ce n’est que par le biais d’un dialogue sincère que l’on arrivera à mieux se comprendre », a estimé M. Çavuşoğlu, ajoutant que son pays était « prêt à se réengager en faveur d’un apaisement ». « Nous sommes prêts à dialoguer sans condition préalable, mais si la Grèce insiste pour des conditions préalables, alors nous en mettrons aussi », a-t-il prévenu.
« Les droits de la Turquie sont mis de côté, nous n’avons pas d’autres choix que de défendre des mesures militaires, mais le président Recep Tayyip Erdogan s’est dit prêt à s’asseoir autour de la table des négociations avec les pays concernés pour arriver à un partage équitable des ressources », a ajouté M. Çavuşoğlu, regrettant qu’il soit toujours demandé à son pays de faire preuve de bonne volonté, mais que la même demande ne soit pas faite aux Grecs ni à la communauté chypriote grecque.
Le ministre turc a aussi appelé l’UE à faire preuve de neutralité et d’honnêteté. « Nous comprenons le concept de solidarité, mais il va à l’encontre de nos droits souverains ; nous espérons que le bon sens l’emportera », a-t-il expliqué. Selon M. Çavuşoğlu, l’UE « est devenue malheureusement partie du problème en se rangeant du côté de la Grèce » et il a rappelé qu’en janvier dernier, la Cour de justice de l’UE s’était déclarée incompétente pour arbitrer le différend frontalier entre la Croatie et la Slovénie (EUROPE 12416/24).
Lancer un message clair à la Turquie
Le Conseil européen se réunira les 24 et 25 septembre prochains pour discuter des relations avec la Turquie et toutes les options seront sur la table. M. Varvitsiótis a souhaité qu'à cette occasion, un « message clair » soit lancé à Ankara. Il a précisé que l’UE devait décider quel type de relations elle voulait avec Ankara, mentionnant la politique « du bâton et de la carotte ». Le ministre grec a mis en avant des sanctions « sévères », « mais peut-être limitées dans le temps », à l’encontre de la Turquie afin d’exercer une « pression considérable » pour qu’elle change d’attitude et pour montrer que l’UE est prête à négocier, mais qu’elle est toujours là pour défendre ses valeurs.
Selon lui, l’UE devrait dire à la Turquie qu’elle a un temps limité pour mettre un terme à ses menaces, qu’elle arrête son comportement provocant et qu’elle revienne à la table des négociations pour trouver une solution pacifique, pas seulement pour la délimitation des zones maritimes, mais aussi à l’ensemble des conflits qui émaillent les relations entre Athènes et Ankara depuis des années.
Le ministre a reçu des témoignages de solidarité de nombreux députés, qui ont souhaité l’adoption de sanctions, voire d’un embargo sur les armes à destination de la Turquie « car les citoyens grecs ne doivent pas vivre dans la crainte d’armes européennes pointées contre eux », a expliqué le Grec Níkos Androulákis, au nom du S&D. Angel Dzhambazki (PPE, bulgare) a également proposé la fin des négociations d’adhésion à l’UE.
La Méditerranée reste à l’agenda du PE
Le Parlement européen reviendra sur la question mardi 15 septembre au matin, avec un débat en session plénière sur l’escalade des tensions en Méditerranée orientale, suivi par l’adoption d’une résolution.
Par ailleurs, le président français, Emmanuel Macron, en Corse, en amont d’une réunion Med7 (EUROPE 12534/34), a appelé les Européens à être « clairs et fermes » avec le gouvernement turc, qui a « des comportements inadmissibles ». Selon lui, la Turquie « n’est plus un partenaire » en Méditerranée orientale, tout en précisant qu’il souhaitait profondément réengager un dialogue « fécond » avec elle. Un des objectifs de la rencontre est de « progresser dans le consensus sur la relation UE-Turquie » en amont du Conseil européen de la fin du mois. Pour préparer ce Conseil européen, son Président, Charles Michel, se rendra en Grèce, à Chypre et à Malte la semaine prochaine. (Camille-Cerise Gessant)