La commissaire européenne aux Affaires intérieures, Ylva Johansson, s'est émue, jeudi 10 septembre, devant les membres de la commission Libertés civiles du Parlement européen, du sort des milliers de personnes à la rue après l’incendie du camp de Moria sur l'île grecque de Lesbos. Elle a néanmoins assuré que la situation s’était améliorée sur le terrain « au cours des six derniers mois ».
Si la situation reste toujours « inacceptable » pour les 12 700 personnes concernées, la commissaire a expliqué que les choses s'étaient améliorées depuis le début de l’année, avec une population dans le camp passée de 25 000 à 12 000 personnes.
La commission LIBE, présidée par l’Espagnol Juan Fernando López Aguilar (S&D), voulait savoir comment la Commission comptait répondre à un « évènement tragique, mais, hélas, prévisible », a réagi l’Espagnol. La commission LIBE a, en effet, à de nombreuses reprises, alerté sur les risques de catastrophe (humanitaire et autre) qu’encouraient les migrants dans ce camp surpeuplé.
Celui-ci accueillait encore ces derniers jours plus de trois fois sa capacité normale, avec 12 000 personnes pour 3 000 places.
Le président de LIBE s’est ému, comme la commissaire, du fait que ces milliers de personnes se trouvent aujourd’hui obligées « de dormir à la rue, sans tentes ni le début d’un toit pour passer la nuit » et a appelé les responsables « à agir avec urgence et trouver des solutions systémiques et durables ».
Lors de cet échange de vues, nombreux sont ceux qui ont demandé une réforme pérenne de l’asile et « des mécanismes permanents par lesquels chaque État membre joue son rôle », a dit pour sa part la députée maltaise Roberta Metsola (PPE) alors que la Commission doit présenter son Pacte sur l’asile et la migration le 30 septembre.
« On attend ce Pacte », a renchéri Sophie in ’t Veld (Renew Europe, néerlandaise), mais « je serai contre un Pacte qui reproduit les pratiques (actuelles) » avec une multiplication « de Moria ».
Sans donner beaucoup d’éléments sur ce Pacte, qui permettra déjà de répondre plus vite aux catastrophes grâce à une sorte de « pool de ressources » identifiées à l’avance, la commissaire a reconnu qu’il fallait un mécanisme permanent de solidarité et qu’il était temps de recommencer une discussion « sur la façon dont cette solidarité doit être exercée » dans l’UE.
Mais jeudi, elle s’est surtout concentrée sur Moria et a appelé à ne pas tirer de conclusions tant que les circonstances de l’incendie ne sont pas connues. Des affrontements entre migrants et police en réaction à de nouvelles mesures de quarantaine pourraient en être à l'origine, alors que d’autres médias évoquaient un problème électrique avec des groupes électrogènes défectueux.
La Commission a pris en charge le transfert de 400 mineurs isolés vers le continent et « il ne reste presque plus d'enfants ni de femmes enceintes » a-t-elle dit. La commissaire a aussi réitéré son offre d’assistance à la Grèce, qui, jeudi après-midi, n’avait toujours pas demandé l’activation du mécanisme de protection civile. Le PE se saisira à nouveau du sujet le 17 septembre, lors d’un débat en plénière. (Solenn Paulic)